
Longtemps, j’ai lu des livres qui ne m’intéressaient dès la première et ce jusqu’à la dernière. Parce que je me sentais coupable si je ne le faisais pas. Même si le livre me tombait des mains, si je n’en aimais pas l’écriture, si je trouvais le personnage principal antipathique, si j’estimais que rien ne tenait debout, s’il y avait un nombre impressionnant de coquilles, même si, quoi.
Et puis, un jour, j’ai dit assez. Est-ce que je mangeais un plat trop salé ou une viande pas suffisamment cuite; est-ce que je buvais du lait qui avait tourné; est-ce que je tolérais des musiques qui m’agressaient; est-ce que je déposais ma main sur un rond allumé? Non, je ne faisais rien de tout cela. Pourquoi alors devais-je aller au bout d’un livre alors que si celui-ci avait été un CD je l’aurais rangé après trois chansons? Pourquoi devais-je gober sans ronchonner toutes ces erreurs de dates alors que ça me donne de l’urticaire au cerveau? Pourquoi devais-je en voir la fin? Pour dire ouf? Pour dire enfin? Non, la vie est bien trop courte pour cela.
Je ne suis pas coupable. Ni de ne pas tout aimer ni d’abandonner un livre avant la fin.
*toile de Pierre Lohner
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