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Comment ne pas hésiter…

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Seront-ils lus, jetés, oubliés? Et s’ils sont lus, seront-ils triturés, déformés et transformés au point de ne plus ressembler au sens qu’ils portaient? Comment savoir, alors qu’avec tendresse les mots se posent sur le papier pour aller vers celui à qui ils sont destinés? Comment ne pas hésiter devant chaque mot pour que ce soit le bon, celui qui dit exactement ce qu’on veut exprimer et dont on ne pourra pas travestir le sens?

*toile signée Haynes King

Lectrice sous la pluie

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Ce ne sont pas quelques gouttes de pluie qui allaient l’arrêter, loin de là. Elle ne les voyait pas, ne les sentait pas. Il n’y avait que cette histoire qui comptait, si bien qu’elle a laissé son parapluie sous son bras alors que tout autour les gens avaient ouvert le leur. L’opération aurait duré une minute, mais cette minute était précieuse : elle équivalait à la lecture d’une page de son roman.

La suggestion du 10 avril 2009

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La lectrice de l’artiste Julie De Diego semble avoir besoin d’une couleur intense et chaude. Elle devrait la trouver ici, au risque de ne plus avoir envie d’en bouger!

Il ne faut surtout pas qu’il tache son habit

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Le journal est posé sur ses genoux. Il l’a peut-être déjà lu, ou il le lira tout à l’heure. Pour le moment, le lecteur croqué par Armando rêve… Et je me demande s’il ne rêve pas à cette époque où il était plus jeune et où il pouvait s’asseoir dans l’herbe sans penser aux traces de gazon sur son jean.

De toutes les couleurs

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C’était irrésistible. Ou plutôt, je n’ai pas été en mesure de résister devant une telle avalanche de couleurs. De quoi mettre l’eau à la bouche, non?

Sur un arbre perchés

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Denise s’est bien appliquée. Elle a examiné une à une et avec minutie les branches. Et aussi avec tendresse. Presque sans bouger. Ils devaient bien être quelque part, elle les entendait! Et ils y étaient…

Le recueil aux pages jaunies 6

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La lectrice d’Abel Buel Moore n’a rien dit. Et pourtant, je sais qu’elle a été émue par la lecture des vers de Saint-Denys Garneau. Il y avait quelque chose de trouble chez elle quand elle m’a rendu le livre ouvert à cette page :

Ma solitude n’a pas été bonne

Ma solitude au bord de la nuit
N’a pas été bonne
Ma solitude n’a pas été tendre
À la fin de la journée au bord de la nuit
Comme une âme qu’on a suivie
sans plus attendre
L’ayant reconnue pour sœur

Ma solitude n’a pas été bonne
Comme celle qu’on a suivie
Sans plus attendre choisie
Pour une épouse inébranlable

Pour la maison de notre vie
Et le cercueil de notre mort
Gardien de nos os silencieux
Dont notre âme se détacha.

Ma solitude au bord de la nuit
N’a pas été cette amie
L’accompagnement de cette gardienne

La profondeur claire de ce puits
Le lieu de retrait de notre amour
Où notre cœur se noue et se dénoue
Au centre de notre attente

Elle est venue comme une folie par surprise
Comme une eau qui monte
Et s’infiltre au-dedans
Par les fissures de notre carcasse
Par tous les trous de notre architecture
Mal recouverte de chair
Et que laissent ouverte
Les vers de notre putréfaction.

Elle est venue une infidélité
Une fille de mauvaise vie
Qu’on a suivie
Pour s’en aller
Elle est venue pour nous ravir
Dans le cercle de notre lâcheté
Et nous laisser désemparés
Elle est venue pour nous séparer.

Alors l’âme en peine là-bas
C’est nous qu’on ne rejoint pas
C’est moi que j’ai déserté
C’est mon âme qui fait cette promenade cruelle
Toute nue au froid désert
Durant que je me livre à cet arrêt tout seul
À l’immobilité de ce refus
Penché mais sans prendre part au terrible jeu
À l’exigence de toutes ces peines
Secondes irremplaçables.

Et quelle ombre au bord du parvis
Quelle ombre lumineuse amie
Attend les pas de nos déroutes
Que nulle pitié n’a suivie
Ni la nôtre.

cœur(s)

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il me met le cœur à l’envers
je mets le sien à l’endroit
c’est parfois l’hiver
ou feu de joie

or
pour accompagner ses pas
pour mélanger nos univers
je ferais le tour de la terre
une fois dix fois cent fois

il me met le cœur à l’endroit
je mets le sien à l’envers

(avril 2009)

*sur une toile de Betsy Castleman Damez

Chaque heure qui passe

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Et si un jour seul le sofa pour toute présence, les mots des livres pour toute caresse, le vent sur sa peau pour toute tendresse? Elle fermerait les yeux et écouterait les tic tac de son cœur. Chaque heure qui passe n’efface pas celles qui sont derrière soi.

*sur une toile d’Alexander Bartashevich

Le poème de Neruda

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Je regarde les monuments,
leurs vieilles pierres mouillées,
mais si je touche
cette cicatrice de pierre,
c’est ton corps qui me répond
et mes doigts soudain reconnaissent,
frémissants,
ta chaude douceur
.

(Pablo Neruda)

Elle connaissait ces mots. Elle les avait lus autrefois, elle se souvient. Et quand ils se sont installés dans les pages du roman de Francis Dannemark, La grève des archéologues, elle a su une chose, une seule chose : il fallait qu’elle les transcrive pour ne pas les oublier.

*sur une toile de Zhaoming Wu