C’est dans des moments pareils qu’Armando est heureux d’avoir son appareil photo sur lui. Quand deux mondes se mélangent le temps d’un clic.
C’est dans des moments pareils qu’Armando est heureux d’avoir son appareil photo sur lui. Quand deux mondes se mélangent le temps d’un clic.
Encore un peintre qui n’a pas su résister au charme des lecteurs et des lectrices, si bien que vous pourrez en trouver toute une série chez lui. Au fait, il s’appelle Julio Arriaga et il est espagnol.
Elle apporte un livre, elle ouvre un journal, elle arrive avec un chapeau ou sans, mais c’est toujours la même. Et aussi la même chaise.
Je me suis un jour assise à sa table. Je ne savais pas à ce moment-là qu’elle avait des habitudes que d’aucuns nommeraient maniaques. Ne sachant trop quoi faire, regardant autour d’elle toutes les places vides, perdue soudainement, du moins ai-je eu cette impression, elle s’est assise en face de moi.
J’étais un peu surprise, je l’avoue. Et plus encore quand elle m’a demandé si on ne pouvait pas intervertir nos places.
J’ai monnayé un peu. J’étais d’accord, mais à condition de savoir pourquoi.
Depuis ce jour, je m’assoie exactement au centre quand je prends place à une terrasse. C’est là qu’on peut tout voir. C’est de là qu’on entend le mieux des bribes d’histoire. C’était là le secret de l’écrivaine.
*illustrations de Barbara Griffel
Le livre de la lectrice de la peintre irakienne Afifa Aleiby semble manquer d’images. Ce dictionnaire visuel devrait la tenir occupée pour des heures et des heures!
Moi oui! Et je parierais qu’Armando aussi!
Je rangeais tous les livres. Je pouvais dire où chacun était sans même consulter l’ordinateur qui avait fait des libraires d’autrefois les vendeurs de livres d’aujourd’hui. Ceux-là qui restent cloués sur leur chaise quand vous leur demandez un titre et qui s’empressent de taper n’importe quoi pour vous répondre d’un ton sec Non, nous n’avons pas de livre d’Oliver Twist. Ça m’aurait étonné s’il en avait eu, mais de nos jours alors que les vrais libraires existent de moins en moins, il aurait pu en avoir. C’est si facile d’inverser le nom de l’auteur et le titre d’un livre en créant sa fiche informatisée quand on ne connaît rien à la littérature…
Ce sont les mêmes d’ailleurs qui, quand vous leur demandez s’ils ont des titres de Colette vous demanderont Colette qui? Mais le pire n’est pas là. Le pire est plus triste encore : ils sont de plus en plus nombreux.
Et dire que je pouvais trouver un livre sur les rayons sans pianoter…
*toile de Christopher Buoscio
L’écrivain peint par l’artiste néerlandais Gerrit van Honthorst serait-il en train de peaufiner le texte qu’il a écrit à partir de la toile de dimanche? Seriez-vous en train de faire la même chose? Suite demain, à la même heure.
Denise aurait fait comme le petit Poucet, elle aurait laissé des cailloux pour revenir sur ses pas dans quelques jours afin de voir la progression du printemps sur quelques promesses de bonheur dénichées lors de ses promenades…
Je n’ai rien su de la lectrice de Joanne Grieve. Je ne sais jamais rien d’aucune des lectrices du soir. Juste qu’elles sont au rendez-vous et qu’elles repartent dans la nuit en laissant derrière un texte qui vous est destiné. Comme celui-ci, signé Saint-Denys Garneau :
L’avenir nous met en retard
L’avenir nous met en retard
Demain c’est comme hier on n’y peut pas toucher
On a la vie devant soi comme un boulet lourd
aux talons
Le vent dans le dos nous écrase le front contre l’air
On se perd pas à pas
On perd ses pas un à un
On se perd dans ses pas
Ce qui s’appelle des pas perdus
Voici la terre sous nos pieds
Plate comme une grande table
Seulement on n’en voit pas le bout
(C’est à cause de nos yeux qui sont mauvais)
On n’en voit pas non plus le dessous
D’habitude
Et c’est dommage
Car il s’y décide des choses capitales
À propos de nos pieds et de nos pas
C’est là que se livrent des conciliabules géométriques
Qui nous ont pour centre et pour lieu
C’est là que la succession des points devient une ligne
Une ficelle attachée à nous
Et que le jeu se fait terriblement pur
D’une implacable constance dans sa marche
au bout qui est le cercle
Cette prison.
Vos pieds marchent sur une surface dure
Sur une surface qui vous porte comme un empereur
Mais vos pas à travers tombent dans le vide
pas perdus
Font un cercle
et c’est un point
On les place ici et là, ailleurs,
à travers vingt rues qui se croisent
Et l’on entend toc toc sur le trottoir
toujours à la même place
Juste au-dessous de vos pieds
Les pas perdus tombent sous soi dans le vide
et l’on croit qu’on ne va plus les rencontrer
On croit que le pas perdu c’est donné une fois
pour toutes perdu une fois pour toutes
Mais c’est une bien drôle de semence
Et qui a sa loi
Ils se placent en cercle et vous regardent avec ironie
Prisonnier des pas perdus.
Elle ne bouge plus. Elle ne tourne plus les pages. Ses yeux se sont posés là-bas. Sur lui. Sur la fenêtre ouverte. Sur un ciel si bleu qu’elle ne l’oubliera jamais. Sur une nuit d’étoiles qui brillent sur leur amour. Elle ne bouge plus. Elle enregistre des images pour les jours d’absence.
*sur une toile signée Yves Diey
© Lali 2025 – Tous droits réservés.
Fait avec amour (❤️) par WHC
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