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Le peintre des lectrices du parc

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Je l’imagine, dès février, en train de préparer son chevalet et ses pinceaux. Je l’imagine, rêvant de jours plus doux où il pourra retrouver son parc. Je l’imagine, rêvant de toutes les lectrices qu’il peindra, dès le début avril et jusqu’aux journées plus fraîches de septembre. Oui, j’imagine avec aisance le peintre Ivan Chechilanov en train de rêver à celles qu’il peindra, en train de regarder celles qu’il a déjà peintes, et à jouer dans sa tête avec la lumière qui se posera délicatement sur leurs épaules ou les pages d’un livre.

Elle sait qu’il est heureux

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Il était là, exactement là, assis de même manière, devant ses piles, à écrire, à chercher dans les livres, lorsqu’elle est partie dormir.

Il est là. Toujours là. Comme s’il n’avait pas bougé de sa table de travail de toute la nuit. Et pourtant, l’écrivain peint par Temistocle Lamesi a dû tenter de dormir puisque la trace de son corps est restée imprimée aux draps et qu’elle a le souvenir vague de quelqu’un qui la serre contre elle.

Il est là, là où il était hier. Là où il sera ce soir. À écrire. Elle sait qu’il est heureux. En harmonie avec lui. Et loin de la phrase de Pinter : Quand on se sent incapable d’écrire, on se sent exilé de soi-même.

Le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre

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À peine est-il éveillé qu’il ouvre un livre. Matin après matin, inlassablement. Et pourtant, il ne sait pas encore lire. Il ne peut que repérer les lettres de son prénom, IAN, mais celui lui suffit pour se raconter mille histoires. Il y a tant de mots avec ces trois lettres. Et il y a tant d’aventures qui surgissent des illustrations. Et le petit lecteur de Mike Leonen est heureux. En une heure, il a parcouru le désert sur le dos d’un chameau, il a traversé l’Atlantique à la nage et il a sauvé une princesse d’un vilain dragon.

« Et j’ai aussi décroché la lune pour toi. Mais elle est retournée dans le ciel. Elle dit qu’elle ne peut appartenir à une seule personne », dit-il à son père.

Et celui-ci le regarde les yeux écarquillés, ébloui, attendri. Mais où va-t-il chercher tout ça?

Et il va à la cuisine préparer le petit déjeuner. Découper des fruits pour en faire des animaux. Faire un sourire aur le pain grillé avec de la confiture.

Le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre.

Des mélopées séduisantes

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Il y a tant de CD à la grande bibliothèque que je n’aurai pas assez de plusieurs vies pour tout écouter. Je suis donc allée au hasard. Bien évidemment, dans les bacs et les tiroirs réservés à la musique du monde. Pour nourrir mon esprit curieux. Pour ouvrir l’horizon.

La jolie robe que porte la Camerounaise Sally Nyolo sur son album Tribu a retenu mon regard. Pour le reste, je verrais ou plutôt j’entendrais.

Et j’ai plus qu’entendu. J’ai écouté avec ravissement l’album de Sally Nyolo, auteure/compositeure dont vous pouvez aussi écouter des extraits ici.

Elle qui a quitté son Cameroun natal pour Paris, elle qui a été choriste pour Jacques Higelin et Nicole Croisille, elle qui a reçu le prix Découverte de Radio France Internationale en 1997, elle qui a fait partie du groupe Zap Mama aux côtés de Marie Daulne, chante sur Tribu en Eton (sa langue natale) des mélopées toutes plus séduisantes et envoûtantes les unes que les autres.

Si d’aventure vous avez déjà un intérêt pour la musique africaine, vous ne pourrez qu’être emballés. Et si elle vous est totalement inconnue, voilà un joli plat de résistance. Vous ne pourrez que balancer les hanches au rythme de son bikutzi.

C’est peut-être aussi ça le bonheur

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Et si la grande toile qui constitue mon univers quotidien, mon lieu de recherche et d’échanges, n’était pas aussi riche, aussi diversifiée, aussi invitante, aussi stimulante, probablement passerais-je à côté de tellement de choses qui ne me seraient pas accessibles. Comme ces tableaux du peintre Aung Kyaw Htet, natif de Rangoon, qui ne seraient jamais venues jusqu’à moi et dont l’univers a réveillé em moi un souvenir de lecture qui date d’un peu moins de six ans. Une époque où je tentais par tous les moyens du monde de me reconstruire et de retrouver le fil de ma vie.

« Le vrai bonheur ne dépend d’aucun être, d’aucun objet extérieur. Il ne dépend que de nous… », a écrit le Dalaï-Lama, dont le nom signifie Océan de Sagesse. Était-ce dans L’art du bonheur ou ailleurs? Je sais seulement que ce livre m’a fait comprendre beaucoup de choses. Entre autres, le fait que j’avais le droit au bonheur, que je devais rechercher le bonheur, que le bonheur était essentiel était à la vie. Et qu’il ne servait à rien de chercher le bonheur des autres si on ne pensait à son propre bonheur, ou même pire, au détriment de son propre bonheur. Et curieusement, les phrases du Dalaï-Lama que j’ai lues en ce mois de mars 2002 cautionnaient une décision récente : celle d’être heureuse. Et même si certains jours le parfait bonheur ou celui avec un grand B semble inaccessible, je me dis que la paix avec soi et l’addition de petits bonheurs, c’est peut-être aussi ça le bonheur.

Le lecteur de Maupassant

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Il y a longtemps que je n’avais croisé dans l’autobus ou dans le métro quelqu’un d’aussi concentré sur les pages d’un bouquin. Si concentré qu’il en avait oublié où il était et sa destination. Si bien que le lecteur du 18 Beaubien a couru pour ne pas rater son arrêt. Et moi, je le regardais, curieuse. Il ressemblait au lecteur de Ro Lohin dans quelques années. Et moi, je le regardais. Je voulais tant savoir le titre du livre qui captait autant son attention que rien d’autre que les mots d’un auteur ne semblaient compter en cette din d’après-midi. Et j’ai souri quand il s’est précipité vers la sortie. Il lisait Bel-Ami.

Belles surprises

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Belles surprises que celles du ciel encore bleu en sortant du travail, que ce courriel de Béatrix, que cette carte postale que m’a fait parvenir Jean-Claude. J’ai de quoi sourire, tout comme sourit celle peinte par Steve Hinton, qui se réjouit de trouver autre chose que des factures dans sa boîte aux lettres…

Ce que mots vous inspirent 17

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Bien écouter, c’est presque répondre.[Marivaux]

Parlait-elle trop pour qu’on rappelle à la lectrice de Filippo Agricola cette phrase de Marivaux? Mettait-elle toujours son grain de sel dans tout alors qu’elle aurait mieux fait de se taire?

Et depuis qu’elle écoute, ou plutôt qu’elle écoute bien, suite à cette remarque, elle semble moins avoir besoin de parler. Les mots de Marivaux seraient-ils vrais?

À vous de nous dire ce que vous en pensez. Ce que mots vous inspirent est là pour vous, vos idées, vos réflexions. Et de plus, vous avez toute la semaine pour y penser!

Bon mercredi. Et que mots vous inspirent.

Le visage rayonnant d’une lectrice

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Il y a de la grâce dans cette lectrice dont on ne trouvera probablement jamais la trace nulle part, parce que le tableau n’est pas signé. On ne saura rien de l’artiste qui l’a peinte avec application, peut-être même avec tendresse. On ne saura que ce regard lumineux à parcourir les pages. On ne saura que le décor dans lequel elle baigne. Peut-être pourra-t-on savoir sur quels murs elle a été accrochée et pendant combien d’années avant qu’elle ne se retrouve aux mains d’un encanteur en 1998.

Mais il nous manquera d’en savoir davantage sur l’artiste, non pas les détails de sa vie intime, mais son parcours. Et il nous manquera aussi de découvrir ses autres toiles et de voir si cette lumière était le fil conducteur qui va de l’une à l’autre. Nous n’aurons de lui – d’elle? – que cette lectrice et son visage rayonnant.

Parce que certains mots sont faits pour s’envoler

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Dans la noirceur qui précède le jour, elle retrouve ses repères, ses feuilles et ses cahiers. Et elle reprend sa plume, abandonnée la veille, pour retrouver les chemins qui mènent parfois à elle et plus souvent vers les autres. Il y a tant à dire, mais parfois en elle la peur de se répéter, de toujours dire les mêmes choses. Puis, elle chasse cette idée de quelques mots qui, alignés de telle manière, lui semblet nouveaux, inédits, même s’ils ne le sont peut-être pas. Et peu importe. Celle qui écrit, peinte par Morgan Weistling, a tant à écrire que c’est cela chaque matin qui la pousse hors du lit. Et sûrement que je lui ressemble un peu avec en moi cette envie furieuse d’écrire, d’écrire, d’écrire. Dans la noirceur comme dans la clarté. À la plume comm devant un écran. Et parfois même dans le ciel du bout des doigts parce que certains mots sont faits pour s’envoler.