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Il y a en chacune d’elles

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Il y a en chacune d’elles une lectrice de billet doux peinte par Auguste Toulmouche. Je parle ici de quelques-unes de mes collègues. Oui, je vous assure. Pas besoin de robe d’une autre époque ni de billet écrit à la main pour être encore plus romantique que cette lectrice. Un message texte, un appel sur un téléphone cellulaire, un courriel, et les voilà qui rougissent et qui sourient. Et les voilà qui rêvent. Des étoiles dans les yeux. Elles chuchotent des mots comme l’homme de ma vie. Pas trop fort. Les femmes indépendantes d’aujourd’hui ne disent pas ces mots. Quoique. Celles-ci ont dix ou quinze ans de moins que moi. Je suis presque un dinosaure pour elles.

Ont-elles laissé sur les barricades dressés par leurs aînées des mots comme indépendante et libre? Ont-elles décrété que celles-ci en avaient peut-être trop fait et qu’il n’y avait aucun mal à être romantiques comme les femmes d’autrrefois?

Je n’ai pas la réponse.

Je vois leurs yeux s’allumer, je vois leurs joues s’empourprer. Je les vois rêver. Et je me dis que leurs trente ans n’ont pas effacé leurs quinze ans. Et je crois que je suis heureuse de les voir heureuses. Ce ne sera pas moi qui jouerai à noircir leurs rêves. Non. Pas moi.

L’un et l’autre

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Pour l’un, la chose est aride. Il lui faut réfléchir longtemps, ouvrir parfois le dictionnaire des rimes ou celui des citations pour qu’il soit lancé. Et encore. Pas toujours. Il est souvent là, prostré, à attendre en vain sa muse. Avec des mots sur le bout de la langue, sur le bout du cœur, sur le bout de sa plume. Mais l’éclair ne jaillit pas.

Pour l’autre, les mots vont presque trop vite pour sa plume, pour son esprit, pour le texte longtemps cogité. Il n’a jamais de moments où la page blanche se refuse à révéler ses secrets. Ou si ça arrive, il ne reste pas prostré devant elle à attendre. Il fait autre chose. Il n’écrit que quand il a envie d’écrire, quand les mots sont déjà là, dans sa tête, prêts à noircir le papier.

Et pourtant, les écrivains de Gregory Eanes se ressemblent. Plus qu’ils ne le croient. Non pas dans leur façon de faire. Mais dans leur passion pour les mots, dans leur besoin de dire. Ce genre de choses qui ne s’explique pas toujours, mais qui prend beaucoup de place dans la vie des deux écrivains.

Ça finira bien par arriver

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Ça finira bien par arriver. Nos rivières vont bien un jour dégeler et elles ressembleront à celles d’ailleurs, de Suisse particulièrement. Heureusement que Denise est là pour me le rappeler!!

Le bonheur est-il moins vendeur que le malheur?

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Chaque matin, cette évidence lui éclate à la figure. Les journaux ne sont bourrés que de mauvaises nouvelles. Le lecteur de Raguz a beau tourner les pages, commencer par la fin ou prendre une page au hasard : il n’y a décidément que des nouvelles qui ne réjouissent que ceux qui se réjouissent du malheur des autres dans toutes les pages de son quotidien. Et comme chaque matin, il se demandera pourquoi personne n’a pensé à créer un Journal des bonnes nouvelles. Il serait le premier à l’acheter. Mais le bonheur est-il moins vendeur que le malheur? À cela, il n’a pas la réponse… Surtout qu’il a été le seul à se précipiter pour aider quelqu’un qui avait fait une chute sur le trottoir alors que quelques pâtés de maisons plus loin, un attroupement s’était fait devant un immeuble en feu…

Un mince rayon de lumière

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Il a suffi d’un mince rayon de soleil pour que jaillisse le feu du ciel, pour que la lumière se glisse dans l’esprit du poète de Carl Balsgaard. D’un mince rayon de soleil pour qu’il entende des mots comme flamme, brûlure, embrasement, rouge et que sa plume lui dicte une ode au soleil. Un ciel d’orage l’aurait-il inspiré autant ou fallait-il un mince rayon de lumière?

L’erreur de la cigogne

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Indubitablement. Assurément. Sans aucun doute. Fort probablement. Décidément. Ça ne peut être que ça. Je ne suis pas née dans le bon pays. Je suis faite pour les jupes fluides et les pieds nus, au pire dans des sandales. Pas pour les bottes ni les -15 degrés.

Je n’ai aucun talent pour le ski, je n’en ai guère plus pour la raquette. À la rigueur, marcher dans la neige va encore. Au début. Quand c’est tout neuf. Quand c’est tout beau. Pas quand on gèle.

Je décrète donc une erreur de la part de la cigogne. Elle ne m’a pas déposée où elle devait. J’étais faite pour être un modèle de John Michael Carter.

Le bonheur de l’apprentissage

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Y a-t-il plus grand émerveillement que celui des balbutiements de jeunes lecteurs? Y a-t-il plus grand bonheur que ces premières phrases qu’on arrive à écrire d’une écriture un peu brouillon? Pour les lecteurs d’Eugène Carrière, je ne crois pas.

Ils sont dans le bonheur de l’apprentissage. Dans le bonheur de la découverte. Dans le bonheur des mots.

Ils découvriront bien petit à petit tout ce que cela signifie.

Assis face à face

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Les lecteurs d’Henry Moore sont peut-être face à face, comme le sont les tombeaux de Pedro et d’Inès de Castro pour que, le jour où ils se réveilleront de leur grand sommeil, le visage de l’aimé(e) soit la première chose qu’ils verront.

Les lecteurs d’Henry Moore n’écriront peut-être pas une grande page de l’Histoire, ni une des grandes pages des histoires d’amour de tous les temps, mais s’ils sont face à face, on peut penser que quand leurs yeux quittent leur livre, c’est pour se porter sur le visage de l’autre.

Il y a plus de six mois

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Ils y sont entrés à quelques minutes de différence. Elle la première? Plus personne à la librairie ne peut le dire. On sait qu’ils se sont croisés de rayon de rayon. Et que les lecteurs de Darren Thompson ne cherchaient pas du tout la même chose.

Les quais n’étaient pas loin. Ils y étaient peut-être avant. Mais c’est dans la librairie que tout s’est joué. On pourrait presque les prendre pour les personnages d’une chanson de Vincent Delerm.

Une librairie. Un samedi. Il y a plus de six mois…

23 juillet, Paris s’éteint
Et sur le Quai des Grands Augustins
Nous tournons les pages à l’improviste
Devant l’étalage d’un bouquiniste
Je ne vous connais pas, je vous frôle,
Là sur le Quai, épaule contre épaule.
Nous jetons en même temps un œil sur
Les quatrièmes de couverture.
Une biographie de Signoret
Voilà le genre de choses qui vous plaît.
Un storyboard de Fellini
Le genre de truc qui vous fait lever la nuit.
Je vous devine à Juan-les-Pins
Un Presses Pocket entre les mains
Emportez-vous à Maisons-Laffite
Ce Boris Vian en 10/18?
Je connais bien votre poignet
Je connais vos mains, votre bracelet.
J’aime la manière dont vous reposez
Tristan Corbière sur le côté
Qu’allez-vous donc penser de moi si
J’attrape en rayon « Les années Platini »?
Finalement, je préfère me rabattre
Sur la NRF de 54
300 pages sur la guerre d’Espagne
Le genre de chose qui nous éloigne
Un vieux Sempé en Livre de poche
Le genre de truc qui nous rapproche
Guide du Routard du Sri Lanka
Dieu soit loué, on ne se connaît pas.
Hitchkock-Truffaut : les « Entretiens »
Nous avons tant de choses en commun.
23 juillet, Paris s’éteint
Et sur le Quai des Grands Augustins
Nous tournons les pages à l’improviste
Devant l’étalage d’un bouquiniste
Je ne vous connais pas, je vous frôle,
Là sur le Quai, épaule contre épaule.
Sur les quatrièmes de couverture
Nous cherchons la même aventure.
Sur les quatrièmes de couverture…

Tandis que grand-maman lit

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Je possède, paraît-il, une mémoire hors du commun. Je n’y peux rien, mon grand-mère paternel avait ce don, ma mère et mon père l’ont aussi : ça doit venir de mes gènes. Mais malgré cette mémoire exceptionnelle, je ne retrouve aucune image qui puisse ressembler au tableau de Stephania Werner. Pas une. Pourtant, maman a dû, un jour ou l’autre, me lire des histoires. Ou alors aurait-elle laissé sa place à sa mère pour que celle-ci ait cette joie?

Je sais, et on me le répète encore aujourd’hui, que je menais ma grand-mère par le bout du nez. Rien n’était trop beau pour sa Cricri. Et je lui faisais monter les quatorze marches pour un oui ou pour un non, pour un verre d’eau, pour une chanson ou une histoire. Je crois aujourd’hui que ça devait plutôt être pour sa présence et les câlins.

N’empêche qu’il n’y a pas de maman lectrice d’histoires dans mes souvenirs. Mais une maman qui nous joue une valse de Brahms, une polonaise de Chopin, Für Elise ou du Mozart au piano tandis que grand-maman lit. Oui, je sais, j’ai été choyée.