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La lectrice et l’oiseau

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Elle a quitté le livre un instant. Pas longtemps. Juste le temps d’écouter quelque oiseau lui conter ses aventures. Du moins, aime-t-elle imaginer que c’est à elle qui ne comprend rien à son langage mais qui en aime le doux murmure, qu’il a choisi de livrer ses impressions.

Et cela l’amuse de penser ainsi. De croire que le geai bleu sur le bord de sa fenêtre est là pour elle. De croire qu’il lui dit qu’il est temps qu’elle quitte son nid et prenne son envol. Ce matin, la lectrice de René Graetz a peut-être des ailes. Ou plutôt : ce matin, la lectrice se rend compte qu’elle en possède peut-être et qu’il est grand temps de les utiliser.

Mélange de vrai et de faux

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La plupart du temps, elle invente de A à Z. Mais pas toujours, car de temps en temps, elle s’amuse à se glisser dans la peau des personnages, transforme le je en elle et se transpose. Mais pas aussi souvent que ses lecteurs pourraient le croire.

D’autres fois, elle laisse entrer les gens de sa vie quotidienne dans son monde d’histoires inventées. Elle les raconte, transforme les lieux. Leur prête des gestes qui appartiennent à d’autres. Leur fait vivre des situations qui n’ont rien à voir avec celles qu’ils vivent habituellement.

Et c’est ce mélange de vrai et d’imaginaire qui plaît tant à Lali, et sûrement à la lectrice de Lucien René Mignon qui, ce soir, comme presque tous les soirs, ont toutes deux troqué leurs bouquins contre des pages blanches à noircir.

La lectrice et ses prétendants

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Parfois, c’est un messager qui lui apporte une missive. D’autres fois, les phrases sont si jolies qu’il faut qu’elle les partage. Le reste du temps, la lectrice de Gerard ter Borch écrit ou lit des lettres. C’est pratiquement sa seule occupation.

Vous aurez compris qu’elle n’a pas encore choisi lequel de ses correspondants gagnera son cœur. Ses prétendants ont tous deux une si belle plume.

Mais chut, ne parlons pas trop fort, je crois que l’un comme l’autre ne sait pas qu’il a un compétiteur.

Le journal déposé sur la table

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Il a plié le journal et l’a déposé sur la petite table. Comme certains soirs où il a envie de se brancher à nouveau sur le monde, et plus précisément sur l’actualité. Et comme chaque fois qu’il a fini de lire en diagonale certaines rubriques, de lire avec plus d’application certains articles, il abandonne le journal. Insatisfait. Trop peu, toujours trop peu de renseignements et aucun article de fond comme autrefois. Le lecteur de Wyndham Lewis éprouve une certaine nostalgie pour cette époque où le mot scoop ne faisait pas la loi, où il apprenait quelque chose à parcourir page après page le journal quotidien. Mais tout cela n’est plus. Et les yeux clos, le lecteur se laisse bercer par ses souvenirs.

Fleurs sans nom dans la lumière

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Je ne sais pas leur nom. Je sais juste qu’elles étaient belles dans la lumière quand je suis sortie du bureau. Plus belles, sûrement, que ce matin, quand je suis arrivée. Si bien qu’il a fallu que je les immortalise en ne perdant pas de vue les aiguilles de ma montre pour ne pas rater l’autobus. Au fait, je serais ravie de connaître les noms si jamais quelqu’un savait…

Certains jours, j’entrerais dans une toile

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Certains jours, j’entrerais dans une toile pour n’en plus bouger. Je la choisirais probablement douce et paisible, peut-être pour son ambiance, d’autres fois pour ses couleurs vives, sa lumière. Je la choisirais au gré de mon humeur, selon l’inspiration du moment, sans chercher à savoir pourquoi celle-là.

Certains jours, aujourd’hui par exemple, j’entrerais dans la toile de Pascal Giroud et y resterais.

Celle qui devra apprendre à se taire

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Quand elle retrouve sa tanière, son espace loin du monde, son petit univers clos de notes et de mots, après un passage obligé dans la civilisation, elle se dit parfois qu’il lui faudrait apprendre à se taire. Qu’il lui faudrait ne pas toujours se laisser aller à dire tout haut ce qui lui passe par la tête sans censurer de temps en temps ses phrases, ses impressions.

Or, elle est si peu habituée à le faire, puisque, s’il lui arrive de parler tout haut, comme c’est le propre de nombreuses personnes seules, jamais elle ne voit un sourcil se froncer au détour du cynisme qui est le sien et de cette dérision qui s’adresse autant à elle qu’aux autres.

C’est ailleurs, des jours comme aujourd’hui, qu’elle se rend compte à quel point elle devrait apprendre à se faire muette et à tourner sa langue dans sa bouche sept fois avant de parler. Pour éviter que ses propos soient interprétés ou jaugés, voire jugés, alors qu’ils ne sont à ses yeux que quelques pointes d’humour sans conséquence.

Du moins, le croyait-elle. Du moins, avait-elle cette impression qu’il en était ainsi.

Mais, dans sa petite forteresse où si peu entrent, la lectrice de Haywald Veal sait consciemment qu’il lui faudra désormais apprendre à garder pour elle, alors que le fil de sa journée se déroule pour la énième fois dans sa mémoire, des images, des mots. Parce qu’on ne peut pas être impunément soi, sans restriction, dans un monde de convenances.

Livres ouverts

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Les livres vont rester ouverts. Je les retrouverai au retour de cette longue journée de réunion suivie d’un souper qui s’annonce déjà souriant, gai, plein de douceur et d’émotions, parce qu’au nom de l’amitié.

Les livres peints par Ahmed Alarefi vont rester ainsi. Tout va bien : il y en a un dans mon sac.

La lectrice du parc

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Elle sait bien que ce n’est pas raisonnable de s’asseoir là, sous cet arbre, précisément. Celui-là et pas un arbre. Celui qu’il voit quand il est sur son balcon. Mais il n’est pas là. Et il vaut mieux qu’il en soit ainsi.

C’est par hasard que la lectrice de C.K. Purandare s’est retrouvée dans ce parc. Enfin, presque par hasard. Elle avait rendez-vous à quelques rues de là et quand elle est sortie de l’immeuble, elle a marché vers le nord. Sans se rendre compte que ses pas la menaient là. Précisément là. Devant ses fenêtres.

Et peut-être était-ce une bonne chose, finalement. Son cœur ne bat pas la chamade. Elle est dans un parc, pas dans leur parc.

On ne laisse pas de traces de pas dans la neige en été. Et celles de décembre se sont effacées depuis longtemps. Même celles sur sa peau.

La lune pour veiller sur elle

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Il y a la lune pour veiller sur elle. Et tant qu’elle sera là, la lectrice de Marlina Vera tournera les pages.

Certaines aiment la lumière du jour, d’autres les éclairages de la nuit. D’autres encore, les deux. Je crois bien que je fais partie de ces dernières. Et de toutes les lumières, je crois bien qu’il n’y en a pas de plus belle que celle qui vient après le silence de nuit et qui, petit à petit, englobe tout. J’aime me lever pour en profiter. Je crois que c’est pour ça que je dors moins en été qu’en hiver…