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Ferme les yeux…

moller

Ferme les yeux, et le monde devient celui que tu veux.[ Alain Berliner ]

Voici ce que j’ai envie de lui dire à celle allongée, le livre à la main. Voilà la phrase que j’ai envie de partager avec la lectrice d’Otto Möller. Peut-être parce que ses yeux sont presque fermés, qu’ils ne lisent plus les mots, alors que son esprit a commencé à vagabonder, à se laisser emporter par les rêves.

Lui dire que c’est la seule façon pour elle que le monde soit tel qu’elle le voudrait.

Elle sait qu’elle ne marchera plus ailleurs que dans sa tête.

Le regard troublé et troublant de la lectrice

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Elle a le regard troublé et troublant des lectrices qui quittent un livre avec tristesse. Parce que celui-ci, pendant un moment, a été le compagnon des jours et de certaines nuits, parce qu’il l’a emportée loin, très loin dans un pays imaginaire où elle s’est reconnue. Parce que, déjà, cette vie qu’elle vivait à travers le livre lui manque comme nous manque celui dont le départ est imminent, mais qui est encore assis au salon.

Elle sait pourtant qu’elle pourra un jour entrer dans le livre à nouveau, qu’il lui livrera quelque chose qu’il ne lui a pas raconté la première fois. Elle sait pourtant tout cela. Mais la lectrice de Vasili Zaitchenko aurait bien voulu que cette fois le livre ne se termine jamais.

Au bout de l’allée

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J’aime que ces voisins que je ne connais pas, car je vis dans un domaine fait de nombreux immeubles et de maisonnettes traversé une allée, prennent le temps d’embellir le petit coin qui leur est réservé. Chaque fois que je passe devant, je m’arrête pour jeter un œil sur l’évolution du lopin de terre, comme s’il s’agissait du mien. Et je souris.

Le malaise de la lectrice

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Elle sait qu’elle ne devrait pas agir ainsi, mais c’est plus fort qu’elle. Au moment de rencontrer des gens, plus souvent qu’autrement, elle se terre. Pour éviter qu’on entre dans sa bulle, pour éviter l’ennui, la déception. Tout en sachant que le contraire est pourtant possible, qu’elle pourrait s’ouvrir et que la rencontre pourrait s’avérer agérable. Mais quelque chose la retient, outre ses livres. Mais quelque chose l’empêche de bouger et la laisse là, prostrée. Ce n’est pas que la lectrice de Pedro Sanz n’aime pas la compagnie. Ce n’est pas ça. C’est plus profond que ça, je crois. Un malaise incontrôlé et incontrôlable qui lui arrive ponctuellement. Certains diraient qu’il s’agit d’un état de panique. Mais je ne possède pas cette science qui explique les malaises. Je ne peux donc donner un nom à ce frein qui l’empêche d’avancer et qu’elle-même ne comprend pas, mais qu’elle oublie quand elle lit.

Petit matin sans me précipiter

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Elle n’a pas envie de se précipiter. Pas plus que moi, en fait.

J’ai écouté les oiseaux bien avant que le soleil ne daigne se montrer, puis j’ai juste rêvé. Aucune urgence en moi. Nulle envie de faire autre chose que de manger de la confiture de tomates à la portugaise en buvant mon café. Bien sûr, comme la lectrice de Kristin Grevich, j’ai un livre entamé pas trop loin. Le reste s’improvisera. Parce que la vie, c’est aussi et bien souvent surtout ça : se laisser guider par l’inspiration.

Les lectrices de contes de fées

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Il y a des gens si élitistes, si embrigadés dans leurs convictions, si engoncés dans le qu’en-dira-t-on, qu’ils n’avoueront jamais qu’ils écoutent en cachette des comédies sans prétention pour ne pas détruire leur image d’intellectuels, versés dans le cinéma de répertoire. Il y en a aussi qui connaissent le nom et le goût de tous les plats compliqués, mais qui ne diront jamais, surtout pas, que parfois des frites mayo, c’est tout ce que ça prend pour être heureux. Et d’autres aussi qui ne jurent que par les grands auteurs et qui ne lisent que ce que la critique louange. Tous des gens compartimentés, qui boudent leur plaisir, et qui oublient de vivre tout court. Qui ont oublié qu’une glace à la vanille qui dégouline sur les doigts vaut bien – et souvent plus – que tous les plats savamment préparés. Qui ne croient pas que l’art est ailleurs que dans les musées et que s’il n’est pas cautionné par les spécialistes, il n’a aucune valeur.

Comme ils se privent! Comme ils taisent en eux la vie. L’art est dans les musées, oui. L’art est aussi dans les premiers dessins d’un enfant. L’art est aussi dans ces lectrices de contes de fées de Carmen Keys qui rappellent notre enfance.

Tant pis pour ceux qui sont revenus de tout et qui boudent leur plaisir. Dommage pour leur regard qui se ternit. Je ne serai jamais de ceux-là.

Le rosier sauvage

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Personne ne l’entretient. Il est là, sauvage, adossé à l’immeuble voisin. Peut-être même que certains ne l’ont pas remarqué. Pourtant, le rosier est en fleurs, et pour un moment, puisqu’il en plus des fleurs écloses, des boutons, cachés sous les feuilles ou cherchant le soleil, laissent supposer les roses à venir. Je dédie ces photos à Géraldine, qui aime tant les fleurs. Puissent-elles l’aider un peu à traverser ces jours où la santé n’est pas au beau fixe.

Ma pause Armando qu’on pourrait appeler pause bonheur

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À côté du bol de café, la boîte de biscuits offerte par Armando. Pour toute ambiance – et quelle ambiance! – Jasper Steverlinck, un autre cadeau d’Armando, dont je savoure chacune des chansons avec plaisir. Un album empreint de douceur, une voix dont on s’imprègne et des arrangements au piano qui ont une telle saveur que j’y reviendrai souvent.

Though you are far away est déjà de tous les titres admirablement bien interprétés celui qui a gagné mon cœur. Je crois que le titre y est tout de même pour quelque chose…

Courrier du jour

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Elle aime, bien avant que le jour ne soit tout à fait là, lire le courrier de la veille au milieu des coussins. C’est sa manière bien à elle de commencer sa journée. Là où d’autres se précipitent sur les lettres, parfois même dans l’escalier et avant d’entrer chez eux, elle agit bien autrement. La lectrice d’Anne Farrall Doyle préfère attendre au lendemain. Ne pas lire les lettres dans la précipitation, mais bien dans le calme, en les dégustant, comme elle dégustera aussi son café. Parfois, il y a de longues lettres : certains de ses amis aodrent tout raconter sans négliger le moindre détail. D’autres fois, ce sont des cartes postales parties de l’autre bout de la planète. Certains jours, des photos.

Pour moi, un peu de tout cela, si je compte les courriels en plus des missives et des cartes. Et au menu du jour, de magnifiques photos prises par Denise, ma lectrice suisse. Si elle le veut bien, j’installerai ici une de ses photos pour partager avec vous un peu de cette Bretagne qu’elle a tant aimée.

Quelques feuilles sur la table

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Les quelques feuillets sont restés sur la table. Il sait bien qu’il ne devrait pas les lire, qu’il la trahit en agissant ainsi. Mais c’est plus fort que lui. Les pages sont là comme une invitation. Plus encore : une incitation à les lire. Le lecteur de Tamme Hoelstra ne peut donc que répondre à cet appel des mots qui dansent sur le papier, des mots qui parlent d’elle, d’un côté d’elle qu’il ne connaît pas. Du moins, est-ce ainsi qu’il perçoit ce qu’il parcourt. Il s’agit d’elle, mais pas vraiment. L’héroîne a ses traits, mais elle est beaucoup plus téméraire qu’elle ne l’a jamais été. Et il va d’une page à l’autre. Inquiet de si peu la connaître.

Les quelques feuillets sont restés là, sur la table. Mais le lecteur indiscret n’a pas compris. Ce qu’elle a laissé traîner à son intention n’est pas un flot de feuilles qui parlent d’elle, mais le début d’un roman.