Quand elle retrouve sa tanière, son espace loin du monde, son petit univers clos de notes et de mots, après un passage obligé dans la civilisation, elle se dit parfois qu’il lui faudrait apprendre à se taire. Qu’il lui faudrait ne pas toujours se laisser aller à dire tout haut ce qui lui passe par la tête sans censurer de temps en temps ses phrases, ses impressions.
Or, elle est si peu habituée à le faire, puisque, s’il lui arrive de parler tout haut, comme c’est le propre de nombreuses personnes seules, jamais elle ne voit un sourcil se froncer au détour du cynisme qui est le sien et de cette dérision qui s’adresse autant à elle qu’aux autres.
C’est ailleurs, des jours comme aujourd’hui, qu’elle se rend compte à quel point elle devrait apprendre à se faire muette et à tourner sa langue dans sa bouche sept fois avant de parler. Pour éviter que ses propos soient interprétés ou jaugés, voire jugés, alors qu’ils ne sont à ses yeux que quelques pointes d’humour sans conséquence.
Du moins, le croyait-elle. Du moins, avait-elle cette impression qu’il en était ainsi.
Mais, dans sa petite forteresse où si peu entrent, la lectrice de Haywald Veal sait consciemment qu’il lui faudra désormais apprendre à garder pour elle, alors que le fil de sa journée se déroule pour la énième fois dans sa mémoire, des images, des mots. Parce qu’on ne peut pas être impunément soi, sans restriction, dans un monde de convenances.
3 réponses
Il m’est arrivé à plusieurs reprises, cette même impression, d’avoir exprimé trop directement mes sentiments ou mes idées et de le regretter par la suite. S’en suit souvent un ressentiment de frustration et d’incompréhension, que ce soit pour des choses anodines ou plus profondes.
Mais il est aussi bon parfois de se laisser aller à la sincérité même si elle risque de choquer ou de ne pas être comprise.
Oh lala! Dans notre société, la spontanéité et la franchise çà se paie très cher! Les jeux de mots et les bonnes blagues aussi!
Mais je suis persuadée que les gens en général admire ce trait de caractère. Ceux qui sont froissés au passage doivent faire une petite introspection.
Le danger pour nous c’est de se faire rabrouer et de se faire dire que toute vérité n’est pas bonne à dire; alors on rentre dans sa tannière toute penaude, toute honteuse et on se dit que bien malin sera celui qui nous en fera ressortir.
Et nous voilà retournée à la case départ du rejet: chaque fois qu’on est « soi-même » c’est-à-dire: naturelle et spontanée il y a des rabats-joie pour nous faire la leçon et nous faire rentrer dans le rang.
On a le droit d’être ce que l’on est : libre, heureuse et tant pis pour ceux qui ont des problèmes avec çà!
Bonne journée Lali! De tout coeur avec toi!
Flairjoy
Ah oui ! on connait ! Mais voilà , on ne peut pas plaire à tout le monde ,et si ce qu’on dit est sincère je préfère ça. J’ai la même chose et voilà, finalement je n’apprendrai pas à me taire, non pas parce que j’ai toujours raison, mais parce que j’estime que c’est une liberté qu’on a, c’est la parole, et si on apprends à ne pas blesser autrui gratuitement et à choisir son moment il est bon de parler. C’est comme un jeu de balle, on en lance une et c’est le choix et la liberté d’autrui qui fait que le jeu continu et que la communication s’installe…sans rangs. Ou alors , il garde la balle et se trouve avec un gros tas de balles autours de lui, et ça , ça peut être vraiment frustrant !