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Celle qui avait froid

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Elle avait froid. Si froid qu’elle s’est levée et est allée chercher une couverture supplémentaire. Mais le sommeil a fui par la fenêtre ouverte avant qu’elle ne la ferme à moitié.

Il ne reste à la lectrice de Ronnie Fitzgerald qu’une option, celle de tourner les pages jusqu’à ce qu’elle ait moins froid, jusqu’à ce que son lit l’appelle à nouveau.

Des moments qu’on ne peut modifier

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Elle aime que tout soit étalé devant elle, la cafetière, la tasse, les fruits, comme les livres. Ainsi, la lectrice de Nell Blaine n’a plus à bouger et elle peut lire jusqu’à ce qu’il faille partir. C’est chaque matin le même rituel, la même envie que tout soit là afin qu’elle puisse rester là une heure, parfois davantage s’il lui a été possible de se sortir du lit assez tôt pour ça. Elle n’y échappe pas, ne veut pas non plus en changer. Il y a comme ça des moments qu’on ne peut modifier. Qu’on ne veut à aucun prix remplacer par autre chose.

Univers feutré

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Il y a des livres, des lettres, des magazines, des tableaux et des lectrices rêveuses dans l’univers feutré de l’artiste Delphin Enjolras. Des éclairages qui illuminent les visages radieux de celles qui lisent. Des instants de bonheur qu’elle a saisis. Des minutes qui ne se décrivent pas, mais qui se vivent.

L’accompagnateur de mots

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Il lui a souvent demandé si ça ne la dérangeait pas qu’il répète tôt le matin, il avait isolé la pièce, mais il n’était pas certain que quelques notes ne viennent perturber son sommeil.

S’il savait qu’elle entend à la perfection chaque coup d’archet et qu’elle a calqué son horaire au sien pour profiter des notes qui sortent la nuit de sa torpeur. S’il savait qu’elle écrit en l’écoutant et que cette musique qui franchit le mur est même la seule qu’elle écoute désormais. Mais elle ne dira rien.

L’écrivaine de William E. Plimpton ne voudrait pour rien au monde que cesse cette musique qui accompagne ses moments d’écriture, que ses tentatives à lui cessent d’être ses balbutiements à elle, que chacune des mesures soit autre chose que ses paragraphes à elle.

Si jamais tout cela cessait, elle ne pourrait peut-être plus écrire, tant son horaire d’écriture est devenu celui des pratiques du violoniste. D’ailleurs, les jours de tournée où il est hors de la ville, elle n’y arrive pas. Aucune autre musique ne peut remplacer celle de celui qui entre en elle chaque matin pour la faire sienne, comme elle entre dans les mots pour se les approprier.

Les liseuses de la mer du Nord

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Et parfois mon esprit se perd dans des souvenirs de mer du Nord dont j’avais tant rêvée, dans des toiles de peintres belges. Et parfois, je rêve si bien que je deviens les lectrices d’Albert Claes-Thobois. Comme un jour de juillet 2005.

Il me tarde d’entrer dans les tableaux à nouveau. À Ostende ou ailleurs. D’ouvrir un livre et de me laisser bercer par le bruit des vagues.

Bonheur paisible

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Parfois, j’ai cette impression que certains mots ne peuvent s’écrire qu’à la lumière encore imprécise du petit jour. Je ne pourrais, il va de soi, donner aucune explication à ce fait, mais il en est ainsi. Ces mots, ce sont souvent ceux de la vie qui s’anime, du café qu’on sirote, des rires des enfants sur le chemin de l’école qui, dans peu, vont se faire entendre jusqu’ici. Les mots du bonheur ressemblent à l’heure où la vie reprend le pas sur la nuit.

L’écrivaine d’Anna Boch a-t-elle les mêmes pour écrire à l’ami au loin qui la connaît si bien? Se réjouit-elle aussi de la lumière qui gagne chaque minute davantage d’espace? Y a-t-il une odeur de café dans la pièce? Peut-être. Je sais seulement que se dégage d’elle un bonheur paisible. Le même que le mien.

À la galerie

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Il n’aurait pas dû. Non, il n’aurait vraiment pas dû s’aventurer à dire que les toiles de la galerie visitée n’étaient que de vulgaires barbouillages. Ni continuer en ajoutant que LUI, il aurait pu faire mieux. Car c’est exactement à cette minute précise qu’il a cloué son propre cercueil sans le savoir. Exactement à cette minute qu’elle a su que ça n’irait pas plus loin.

Elle peut pourtant laisser passer bien des choses, faire outre de choses agaçantes chez l’autre, mais pas ça. Pas ces affirmations péremptoires devant le travail des artistes, pas ces jugements catégoriques.

Elle l’a laissé continuer. Elle n’entendait pas. La lectrice de Gertrud Braun était ailleurs, bien loin de celui dont elle voyait les lèvres bouger. Dans son monde à elle où les livres prennent la place de ceux qui ne savent pas s’émouvoir.

Le lecteur endormi

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Elle est sortie faire des courses. Elle ne devait pas partir longtemps, une heure peut-être. Mais il faisait si beau et il y avait toutes ces fleurs à regarder. Et il y avait dans l’air cette douceur qu’on ne trouve qu’au mois de juin et qui fait qu’on s’attarde partout en chemin. Parce que le boulanger est plus souriant que d’habitude. Parce qu’on a envie d’enlever ses sandales dans le parc et de laisser ses orteils caresser l’herbe. Parce que la terrasse du café était invitante. Parce que son visage était si radieux que des enfants l’ont fait sauter à la corde juste derrière la maison.

Elle a souri dès qu’elle est franchi le seuil. Le lecteur de Monique Richard s’est endormi, le livre ouvert à côté de lui. Il n’a vu du soleil du jour que celui qui s’est glissé par la fenêtre et posé sur sa joue.

Des chansons jazzées à la bonne mesure

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Le temps est lourd, comme avant la pluie, avec cette humidité qui fait perler la peau et qui donne envie de ne plus bouger et de se laisser bercer par la musique. Par la douceur qu’on trouve dans certaines chansons jazzées à la bonne mesure, sans cet éclat inutile de la démesure qu’on leur donne parfois, toutes en nuances. Par la chaleur et la voix généreuse de Chantal Chamberland dont les interprétations, entre autres, de Summertime et de Fever – découvertes grâce à Denis – sont de purs bijoux dans l’espace musical. Des découvertes auxquelles se sont ajoutés des titres comme Time after time, How deep is your love et Giorgia on my mind.

La voix de Chantal Chamberland est agréable en tout temps. Mais ce soir exactement ce dont j’avais envie.

En vos mots 8

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De dimanche en dimanche, l’aventure continue. Une aventure qui existe parce qu’elle est la vôtre et si peu la mienne, puisque je n’ai qu’à installer la toile et la laisser à vos soins. Une aventure double, celle de ceux qui écrivent, celle de ceux qui lisent. Une aventure multiple, puisque chacun a le choix d’aborder la toile comme il lui plaira, en ses mots. Ou dans ceux des autres, par une chanson, une citation. Il n’y aura jamais de règles ici.

La lectrice de ce dimanche, celle de Sidney Edward Dickinson, attend vos mots pour s’animer, pour sortir de la toile, pour avoir une vie hors de celle-ci. Je vous la confie pour sept jours et sept nuits. Libre à vous de la faire vivre, de tourner les pages de son livre, de lui proposer votre épaule, de l’habiller ou de la laisser rêver. Elle est à vous. Rien qu’à vous.