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À quoi bon me creuser la tête ?

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La lectrice d’Eider Astrain est aussi concentrée et appliquée que je le suis en cette minute, à quelques heures de valider les sept billets arrivés racontant le poète de Michael Wheelan, à quelques heures de choisir une nouvelle toile pour la catégorie En vos mots.

J’hésite. Une toile romantique ? Une lectrice, un lecteur, des enfants lisant ? Une illustration humoristique ? Un tableau connu ? Toutes ces idées me semblent bonnes.

À quoi bon me creuser la tête ? Il y a encore bien des dimanches à venir. Et si je privilégie un tableau en mettant de côté un autre, ce n’est que partie remise.

Je vais donc suivre mon inspiration. La toile choisie trouvera bien parmi vous quelqu’un pour lui inventer une histoire. Et sûrement plus d’un!

À l’île de la Visitation, un samedi de juin

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Et le bonheur, c’est parfois juste ça, un pont qui traverse la rivière des Prairies et qui mène au parc de la Visitation. Des arbres, des oiseaux, un belvédère où regarder le barrage, encore des arbres, des sentiers, des tables où s’arrêter si le cœur nous en dit. Encore des oiseaux, même si on n’arrive pas à les fixer sur la pellicule, pas plus que les escargots sur les tiges, nombreux, avec des coquilles de toutes les couleurs. Et des fleurs dont on ne sait pas le nom. Un écureuil pas du tout intimidé. Et des sentiers, un sous-bois, un raccourci, des arbres, encore des arbres.

Et tout ça en ville. Quelque part près du pont Papineau. Une île. Entre celles de Montréal et de Laval. Une île protégée. Une île avec des arbres et une petite brise. Et les rires des enfants.

Elle écoute pousser les fleurs

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Elle a laissé le livre ouvert, elle a tout le temps de le lire, la journée est encore jeune. La lectrice de Bernard Charoy a choisi d’écouter pousser les fleurs. Chut, ce n’est pas le temps de lui demander ce qu’elle lit…

Les bandes dessinées du samedi matin

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L’illustration de John Gannam a tout des samedis matin de mon enfance, si j’exclus le vernis à ongle, qui fait partie de ces détails esthétiques auxquels je n’ai jamais adhéré. Démêler ma tignasse est bien suffisant.

Quels souvenirs que les bandes dessinées de La Presse et du Montreal Star du samedi. Je me jetais littéralement dessus.

Oui, décidément, il y a des toiles qui ont un pouvoir évocateur très fort et qui nous font remonter dans le temps. Et sourire jusqu’aux oreilles.

L’écrivain qui dessinait

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Était-il un écrivain qui dessinait ou un dessinateur qui écrivait? Difficile de trancher quand il s’agit de Camille Lemonnier, à qui on confère davantage le titre d’écrivain — à juste titre — que celui de dessinateur. Or, son œuvre picturale, méconnue, est loin d’être inintéressante.

Camille Lemonnier est peut-être venu à l’écriture et au dessin au détour de son premier métier qui a été celui de critique d’art. Lui qui, de père wallon et de mère flamande, lui dont la maison à Ixelles est aussi la Maison des Écrivains de l’Association des écrivains belges et abrite le musée qui porte son nom, a dessiné, entre autres une bien jolie lectrice, a beaucoup écrit. Est-ce sa première lectrice qu’il a peint ainsi, celle qui le lisait avant qu’il ne soumette ses textes? Elle a un peu ce regard critique qu’ont celles à qui on demande une opinion.

Cette lectrice me rappelle aussi que je devrais lire Camille Lemonnier, lire plus que les quelques textes dans des anthologies. Ces textes à la plume fine, agile, parfois incisive que j’avais appréciés. Et hop, encore un signe que je devrai vivre jusqu’à 102 ans et demi.

Gouttes de rosée

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Il n’était pas encore 6 h. La rosée avait laissé quelques gouttes sur les feuilles. Et je regardais ces traces en me disant que la nature est parfois artistique. Je n’ai pu m’empêcher de conserver des images de ma promenade montréalaise matinale. D’où j’ai aussi rapporté un chausson aux pommes. Il y a des samedis comme ça, où le bonheur est tout simple.

L’écrivain et ses lectrices

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Il écrit. Elles lisent. L’écrivain pense-t-il à ses futures lectrices quand il écrit ou s’il ne pense qu’à lui? Imagine-t-il d’avance l’émotion qu’il va susciter ou ne s’en préoccupe-t-il aucunement? Et les lectrices imaginent-elles une vie à l’écrivain? Les toiles d’Edward Coley Burne-Jones ne nous disent rien de tout cela et au fond, ce n’est pas important. Elles existent pour que nous puissions rêver et inventer.

Et si les lectrices se plaisent à imaginer l’écrivain et l’écrivain à rêver de ses lectrices, pourquoi pas?

Ceux qui lisent le même livre

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L’un est encore en train de lire alors que l’autre a refermé son livre. Vont-ils, quand le premier aura lui aussi terminé sa lecture, échanger sur ce qu’ils viennent de lire? Peut-être même ont-ils lu le même livre et vont-ils passer la nuit à en débattre? J’aime imaginer que les lecteurs de Victor Pasmore ont lu le même livre et que ce n’est pas la première fois, qu’ils aiment de plus le faire. Comme j’aimerais aussi le faire un jour avec quelqu’un.

D comme Dewaere

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Parce que quelqu’un me parlait il y a quelques jours de Patrick Dewaere alors qu’il venait de s’offrir le DVD Un mauvais fils de Claude Sautet – qui fut un des plus grands rôles de l’acteur – et parce que j’avais depuis des mois envie de parler de lui, ce sera aujourd’hui. Peut-être bien parce qu’à Cannes, on a rendu hommage à Romy Schneider qui quittait la scène il y a 25 ans, la même année et de la même manière que Patrick Dewaere de qui on aurait pu aussi rappeler le souvenir. Et qu’on a tu.

Celui dont le dernier film, Paradis pour tous, sorti sur les écrans quelques semaines après son suicide, était en cet été 1982 et sans le savoir une source d’inspiration… Stéphane et moi avions 20 ans. Il aimait Adjani, j’aimais Dewaere, nous allions leur écrire un scénario. Oui, nous avions 20 ans. Car ce n’est qu’à 20 ans qu’on peut croire que des projets aussi ambitieux peuvent se concrétiser. Après, on se rend compte que les choses ne se passent pas vraiment comme ça.

Mais cet été de 1982, avant le fatidique jour de juillet, nous concoctions pour le pianiste de Beau-père, pour le héros romantique de F comme Fairbanks, pour le rêveur de Biarritz de L’hôtel des Amériques, pour le paumé de Psy, un film avec Isabelle Adjani.

Nous avions vu presque tous les films, étudié la voix, les gestes. On l’imaginait dans un rôle tout simple mais plein d’émotion. Un peu comme celle que recèle Un mauvais fils. Une émotion intense. De celles dont était capable ce grand acteur. Oui, je dis grand. Car il l’était. Même s’il nous a quittés trop tôt pour nous montrer la vraie mesure de son talent.

Il est des acteurs qui passent dans le ciel cinématographique comme des étoiles filantes. Il fut une de ces étoiles. De celles qui filent sans qu’on ait le temps de faire un vœu. Peut-être est-ce pour cette raison que certains l’ont oublié.

Mais au royaume des cinéphiles, Patrick Dewaere vit toujours. Demandez à ceux qui ne l’ont pas oublié.

À sa place

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Elle a apporté son souper dehors et elle va lire jusqu’à la tombée de la nuit. Ce que je ferais volontiers si j’avais une cour pour me permettre un tel plaisir. Oui, j’avoue : j’envie ce soir la lectrice de Paul Hoeniger. J’aimerais être à sa place presque tous les soirs de beau temps.