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Projet: le parc de la Dodaine

dodaine

C’était la fin de semaine des appels téléphoniques de Belgique, comme je suis presque toujours hors ligne sur MSN, trop occupée par mes lectrices et à écrire pour prendre le temps de clavarder. Du coup, où est passée Lali ? Vendredi, c’était Carine; aujourd’hui, Seb. Les voilà rassurés: je suis toujours en vie, je veux toujours autant aller en Belgique et je passe mon temps à écrire.

Et Seb me rappelait qu’on va fêter ses 30 ans le 1er juillet et qu’il espère que je serai là. Qu’il m’a promis pour la suite de mes aventures belges commencées en 2005 le parc de la Dodaine, à Nivelles, pour une longue promenade. Je suis partante, parce que ce parc est paisible et d’autant plus partante depuis que je sais qu’on y trouve des gargouilles.

Et grâce à Seb et à Carine, je me suis remise à rêver, à imaginer ce voyage auquel je veux croire. Et je veux le préparer avec la même énergie que je préparais celui d’il y a deux ans, avec des objectifs mais surtout beaucoup d’improvisation, parce que l’amitié est bien plus importante que les paysages.

La lectrice de Dante Gabriel Rosetti

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Elle va de livre en livre, mais aucun n’arrive à animer la lectrice de Dante Gabriel Rossetti. Peut-être devrait-elle lire autre chose que ces poètes qui écrivent des choses aussi tristes qu’enflammées ? Je ne peux imaginer que ces lectures pour la laisser aussi mélancolique, le sourire absent, les yeux songeurs.

Elle est faite pour danser, pour rire, pour embrasser. Pas pour se laisser mourir ainsi.

Comme je voudrais pouvoir le lui glisser à l’oreille, moi qui, à 20 ans, me complaisais à attiser ma tristesse en la nourrissant de poèmes. Comme je voudrais lui dire que la vie est ailleurs. Mais elle l’apprendra à son heure. La tristesse finit toujours par passer.

Aucun livre ne le lui dit

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Et parfois, elle rêve encore que celui qui l’a sortie de ses livres et qui lui écrivait, l’éloigne à nouveau de tout ça, des bouquins, des lettres accumulées. Et d’autres fois, la lectrice de Federico Andreotti préférerait qu’il ne l’ait jamais sortie de son univers. Qu’il ne lui ait pas vivre quelque chose dont elle ne pouvait sortir intacte.

Comment vit-on après la passion? Comment retourne-t-on à cette vie d’avant l’autre? Aucun livre ne le lui dit. Aucune lettre ne lui donne un indice.

La liseuse de Fragonard

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Si on devait associer les mots lectrice et peintre et choisir une toile pour représenter ce jumelage, je crois bien que c’est la classique des classiques de toutes les toiles qui serait mentionnée. La lectrice de Jean-Honoré Fragonard, la première des quatre ici présentées, la plus connue. Matisse, Renoir et Picasso se partageraient les autres mentions, mais la douce lectrice serait loin devant.

Pourquoi celle-ci plus qu’une autre ? La douceur qui se dégage de la toile ? Le profil de la lectrice ? Ce jaune lumineux ? Il se dégage de cette toile quelque chose qui ne se dégage des trois autres de l’artiste, illustrant des lectrices.

L’harmonie. Celle entre le livre et la lectrice. Celle entre la toile et celui qui la regarde.

Je partirais pour Québec (chanson bien connue)

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Aller à Québec – la ville – fait partie des expéditions de mon enfance. Dix minutes avant qu’on ne prenne la décision de partir, on n’y pensait pas. Du moins était-ce ainsi presque chaque fois. Il faisait beau, papa avait envie de conduire. Et si on allait diner à Québec? disait-il. Et c’était aussi simple que ça. Deux heures de route pour aller diner dans les rues du Vieux-Québec, pour aller voir les artistes de la rue du Trésor, pour regarder le fleuve et les bateaux. Et nous repartions: encore deux heures de route.

J’aime cette ville et j’aime particulièrement cette fresque qu’on trouve dans le Vieux-Québec, tout près de l’église Notre-Dame-des-Victoires. C’est un morceau d’Histoire au cœur d’un des coins les plus historiques de cette ville qui aura 400 ans en 2008. D’autres fresques décorent ainsi les vieux murs de la ville. Pas aussi nombreuses que les personnages de bande dessinée sur les murs de Bruxelles, mais tout aussi remarquables.

J’ai des envies de Québec cet après-midi. Des envies d’aller manger au Cochon dingue. Des envies de la rue du Petit Champlain au bout de l’escalier casse-cou, de ses galeries et boutiques. Un petit aller-retour s’impose. Surtout que s’y tient l’exposition Fernand Botero jusqu’à la fin avril.

La chercheuse

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La lectrice de la Torontoise d’origine finlandaise Yawn Temiseva porte des lunettes. À elle seule, cela la devrait la démarquer de la plupart. Mais je ne veux pas m’arrêter à ce détail. Je préfère plutôt retenir ses sourcils froncés, comme si ce qu’elle était en train de lire la surprenait ou la rendait perplexe. S’agit-il d’une découverte scientifique ? Je lis le doute sur son visage. Je l’imagine très bien se lever, aller chercher d’autres articles afin de faire le lien avec ce qu’elle lit.

Elle est ainsi. Toujours en elle ce besoin de comprendre les choses, d’aller plus loin, de mettre côte à côte toutes les données, de les analyser. Un court article de deux colonnes dans une revue risque de provoquer des heures et des heures de recherche. Parce que les livres et les articles qu’elle a lus ne lui suffiront pas, qu’elle aura besoin de chercher sur le net de l’information supplémentaire. Qu’elle va peut-être même y passer la journée. Mais qu’elle ne sera pas satisfaite si elle ne le fait pas.

Sous un ciel magnifique

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On se demande bien pourquoi la lectrice de Marco Manzella tient son livre ainsi. Ça ne peut pas être qu’une question de vent. Aurait-elle besoin de lunettes ?

Je me rends compte en effet que la grande majorité des lectrices – sûrement 90 % d’entre elles, sinon plus – qu’on retrouve sur les tableaux ne portent pas de lunettes. Étonnant, non ? Et pourtant, il me semble bien que celles que je croise dans l’autobus avec un livre, mes collègues et moi-même devons porter des lunettes pour lire… Ce n’était qu’une remarque, mais la prochaine lectrice aura des lunettes !

Ce que je retiens de celle-ci est ce ciel magnifique, le vent dans ses cheveux, le décor fabriqué pour elle. J’aime.

Un peintre metteur en scène

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Si Jacques Joseph dit James Tissot n’avait pas peint, il aurait dû être metteur en scène. En effet, chacune des lectrices qu’il a peintes donne l’impression qu’il s’agit là du résultat d’une histoire qui s’est tramée avant le tableau final.

Qu’elle regarde droit devant elle, séductrice; qu’elle joue les rêveuses faussement endormies; qu’elle s’amuse à la lecture d’un jeu de mots sous un chapeau démesuré; qu’elle ait posé derrière elle les livres; qu’elle se soit tout bonnement évanouie d’émotion à la lecture d’une phrase fatidique, toutes racontent une histoire différente. Toutes ont un côté dramatique propre au théâtre. Il fallait un peintre/metteur en scène pour ces actrices/lectrices.

Le livre fermé

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Elle a fermé le livre.

La lectrice d’Ann Brockman est songeuse face à l’issue choisie par l’auteur. Elle avait imaginé quelque chose de plus renversant, de moins banal. Elle attendait une chute qui n’est pas venue. Et pourtant, elle en avait imaginé plusieurs, se disant que dans le lot il y en aurait bien une qui allait être la bonne.

Mais non. L’auteur a choisi une autre voie. Et d’une certaine manière, elle est déçue. L’issue a trop de ressemblance avec sa vie à elle et si peu avec avec les envolées romanesques qui ont précédé celle-ci. Dommage.

La rencontre d’une lectrice

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Celui que la lectrice de Vittorio Matteo Corcos attend à la gare n’a rien d’un homme ordinaire. Enfin, pour d’autres peut-être, mais pas pour elle. Celui qu’elle attend est le compagnon de ses jours et de ses nuits depuis quinze ans, celui qui l’inspire, celui qui a dirigé sa vie sans le savoir vers des études littéraires, puis vers le métier de journaliste littéraire. Celui que la lectrice attend vit en ermite depuis vingt ans, ne voulant rien savoir de la presse, des salons du livre et du vedettariat. Il n’a que des mots à offrir.

De plus, il n’aime pas ces psychanalystes de pacotille qui se disent chroniqueurs littéraires et qui préfèrent les anecdotes sur la vie personnelle des auteurs à la littérature elle-même, parce que ça se vend mieux.

Le sortir de chez lui est sûrement un exploit. Le résultat d’années de correspondance où il a lu son travail, où il a constaté qu’elle était d’une race à part. Or, elle n’a jamais demandé à le rencontrer. C’est lui qui l’a fait, curieux de donner un visage, une voix et des gestes à la plus fidèle de ses lectrices et sa seule correspondante.

Et la lectrice attend. Quelques-uns des livres qu’il a écrits sont posés là, pour qu’il la reconnaisse.