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Rue Saint-Jacques

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Et demain, Montréal se couvrira de neige. Certains affirment que la tempête va s’étendre sur douze heures, d’autres parlent de vent. Et l’accumulation prévue varie entre 20 et 50 cm. Autrement dit, nous serons fixés sur l’étendue des « dégâts » jeudi matin.

Bref, la rue Saint-Jacques aura demain des airs de celle peinte par Claude Moulin. Longtemps considérée comme étant le lieu où se brassait les affaires, à cause du nombre de sièges sociaux de grandes banques ou d’études de notaires, la rue Saint-Jacques n’est plus ce qu’elle a déjà été sauf pour son architecture, qui est demeurée presque inchangée au fil des ans sauf pour quelques façades qu’on a refaites et qui en avaient bien besoin.

C’est à dire vrai un secteur de la ville que je ne fréquente pas beaucoup. Pourtant, ces vieilles bâtisses solides ont de tout temps eu l’heur de me plaire. Et puis, j’aime penser quand je me promène dans le quartier que ma grand-mère s’y promenait il y a longtemps, probablement entre 1910 et 1915 où, jeune secrétaire, elle fréquentait peut-être les boutiques du quartier, avant de diriger jusqu’en 1925 une équipe de douze secrétaires pour la plus grosse étude de notaires de Montréal. Et pour finir, elle a épousé un fils de notaire qui ne venait pas du quartier. Destin ?

Qu’y avait-il rue Saint-Jacques à cette époque en dehors des brasseurs d’affaires et des usines ? Pouvait-on déjà imaginer que certains immeubles deviendraient plus tard des lofts ? Le destin de la rue Saint-Jacques était-il lui aussi tracé ?

Je sais seulement que demain, là comme partout en ville, la neige se posera et que jeudi les flocons seront devenus des bancs de neige.

La lectrice au demi-sourire

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Que lit ainsi la lectrice d’Isidre Nonell i Monturiol ? Les pages d’un carnet dans lequel elle a noté au fil des ans quelques réflexions ? Un roman qu’on lui aura offert et dont la lecture la laisse dubitative ? Il y a bien un demi-sourire sur ses lèvres qui laisse croire que la lecture n’est pas désagréable, malgré le fait qu’il y ait dans la pose de la liseuse une certaine rigidité et peu d’abandon. Pourtant, il y a quelque chose de lumineux dans ce jaune et dans le flou du trait. Sûrement le regard admiratif de celui qui la peint.

C’est quand l’été ?

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Autant la neige est belle quand elle tombe, autant ce froid qui perdure et qui transperce les vêtements est désagréable. Même habillée en oignon, c’est-à-dire pelure par-dessus pelure, je n’arrive pas à atteindre le confort depuis que le froid s’est installé. Et ce soir, alors que le mercure est encore en train de chuter, c’est le tour du toit de subir les affres du froid. Depuis bientôt deux heures, je l’entends qui craque avec fureur comme si on s’en prenait à lui. Ou alors peut-être est-ce de temps en temps un clou qui s’emballe jetant dans le calme de mon chez-moi sa rage ? Je sais juste l’effet chaque fois, le sursaut, le malaise. Je n’aime pas ces bruits alors que le tonnerre ne me dérange pas, pas plus que les éclairs. Je n’aime pas l’idée que le froid tente de s’introduire de toutes les manières, pas plus que je n’aime constater que même sous deux gros lainages et le thermostat élevé, je n’arrive pas à me réchauffer.

Ce soir, le plancher reste glacial et le plafond gémit. J’ai beau regarder dehors la neige accumulée, je n’y trouve pas de plaisir quand j’ai ainsi froid. Dites, c’est quand l’été ?

Le pouvoir des mots

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Il suffit parfois d’une simple phrase dans une lettre pour qu’une journée soit belle. La lectrice de Frank Galuszka le sait bien, elle qui s’abreuve aux mots qui arrivent presque quotidiennement et qui lui font oublier l’abrutissement dans lequel le travail et les obligations la plongent parfois.

Et ces lettres qui arrivent, avec ces courtes phrases qui la font sourire ou quelquefois rougir la rendent radieuse. Le pouvoir des mots est souvent plus fort que tout.

La mesure de l’amour

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La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure.
[ Saint Augustin ]

Et peut-être que quand elle sentira qu’elle aime avec mesure, la lectrice de Louis Ridel choisira de ne plus aimer, parce qu’elle n’est bien que dans la démesure, là où on ne compte pas, là où la tiédeur est absente.

Car peut-être qu’aimer ne peut se faire que sans mesure, puisqu’aimer, au fond, n’est ni rationnel, ni raisonnable.

Au pays des derniers jours de Van Gogh

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Certains lieux qui nous appellent le font pour diverses raisons. Ainsi, le village d’Auvers-sur-Oise où a vécu Van Gogh, après son époque arlésienne, cet endroit qui lui a inspiré une quantité de tableaux qui ont depuis fait le tour du monde. Un lieu qui en est presque un de pèlerinage, tant tout mène à celui qui a vécu là les deux derniers mois de sa vie. Repères ici et là ne manquent pas pour bien nous indiquer là où il a vécu, là où logeait le docteur Gachet, l’église, une de ses toiles les plus connues, jusqu’au cimetière où il est enterré aux côtés de son frère, le lierre couvrant désormais les deux tombes et les unissant à jamais.

Les deux fois où je suis allée là-bas, en 1994 et en 1997, le soleil était brûlant et donnait au village cette lumière que Van Gogh, précurseur de l’expressionnisme, a su transmettre. Et les deux fois, je me suis baignée de cette atmosphère, de ces maisons qui faisaient son quotidien, de ces champs qu’il a parcourus et peints. Jusqu’à cette ultime fois, ce dernier champ, où il a choisi d’en finir avec la vie.

Un jour, un écrivain a imaginé un personnage qui voulait assister au suicide de Van Gogh. Mais celui-ci arrive trop tôt et surprend le peintre qui le questionne. Et cette rencontre imaginée par Jean Pelchat donne ce roman intitulée La survie de Vincent Van Gogh, qui dresse le portrait d’un Van Gogh qui connaîtra un autre sort que celui qu’on lui connaît. Un Van Gogh qui croisera les chemins de Cézanne, Jarry, Apollinaire et Picasso. Un Van Gogh qui s’inscrira autrement que l’on sait dans le monde de l’art. Un Van Gogh tout à fait plausible auquel l’auteur fait vivre des événements historiques vérifiables auxquels il le fait participer.

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La survie de Vincent Van Gogh est de ces romans qui nous font visiter l’Histoire sous un autre regard, quand la fiction se mêle au réel, quand le cours de l’Histoire se trouve modifié. À lire à Auvers-sur-Oise ou ailleurs. À lire si Van Gogh et la peinture vous attirent. À lire si on aime ces livres qui répondent à la question Et si

Des lectrices en couleurs

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Parce qu’il fait toujours aussi froid, parce que le ciel est blanc et que tout dehors semble fade sans lumière, mon envie de soleil et de couleurs est encore plus grande. Pas étonnant donc que j’envie les lectrices d’Elise Tomlinson, la première pour les couleurs qui se déploient autour d’elle, la seconde pour le soleil sur sa peau nue.

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Et pourtant, je n’ai aucune idée de ce qu’est lire nue dehors. J’ai juste cette impression que ça doit être bon de parcourir les pages d’un livre avec le ciel pour complice.

Une lectrice qui attend

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La lectrice de Wu Jun, peintre probablement chinois, mais pour lequel je ne trouve aucune piste, semble regarder l’heure sur une horloge. La bretelle de la robe est tombée, elle est en à sa troisième revue et a troqué ses escarpins contre des pantoufles. Il ne viendra plus, se dit-elle.

Combien attendent ainsi ? Trop, sûrement. J’ai été de celles-là à une autre époque de vie. Je sais les préparatifs, je sais l’excitation, je sais les déceptions qu’elles traversent. Mais comment leur dire de prendre ce que la vie leur donne sans attendre des autres ? Comment ?

Les odeurs d’Aigues-Mortes

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Il n’y a rien comme penser à des endroits où on a eu très chaud pour contrer le froid. Je ne comprends pas comment le mécanisme du cerveau fonctionne à cet égard, mais curieusement, ça fonctionne à tous les coups. Rien que la vitre givrée dans presque sa totalité m’indique qu’il ne fait sûrement pas agréable dehors.

Alors, je rêve. Je rêve à ce jour de juillet 1981, sous un soleil de plomb. Je rêve à Aigues-Mortes, dans l’Hérault, là où le Rhône rencontre la Méditerranée. Je rêve à ce village fortifié aux maisons de pierre ocre, aux rues étroites, aux enseignes d’un autre temps. Je rêve à tout ça et il fait soudain aussi chaud qu’il faisait ce jour-là. Et des odeurs me reviennent, imprécises, des odeurs de soleil, de ça je suis certaine. Peut-être celle du pain qu’on boulangeait dans une de ces rues, peut-être celle du sel des marais voisins, peut-être celle de la garrigue qu’on ne peut décrire en mots mais qui a son odeur bien à elle. Peut-être ce mélange, au fond.

Et il ne fait plus froid. Il fait bon et je suis là-bas, tout en haut à rêver.

La lectrice passionnée

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Les hommes passionnés aiment souvent, les femmes passionnées aiment longtemps. [Francis de Croisset]

Est-ce cette phrase qui semble avoir plongé la lectrice d’Alain Huette en pleine réflexion ? Elle, si passionnée, qui n’en a jamais tout a fait fini d’aimer les hommes qui ont traversé sa vie, qui a pour chacun d’entre eux une petite place au chaud dans son cœur, se demande-t-elle si elle n’est pas parfois un peu homme, elle qui aime souvent? Et pourtant, elle aime aussi, longtemps. Est-elle un cas à part ou si cette affirmation est en général vraie tout en ne s’appliquant pas à elle? J’avoue que ce genre de phrase me laisse dubitative. Je ne dis pas qu’elle est fausse, que des exemples ont dû servir à celui qui l’a écrite, mais peut-être un peu trop limitative. Il manque juste un petit quelque chose. En début de phrase. Je dirai, moi: En général, les hommes passionnés aiment souvent, les femmes passionnées aiment longtemps.