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Histoire d’amour des livres à Redu

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Je trépignais d’impatience de voir arriver Fabien à la gare de Charleroi. C’était il y a un an. Un an jour pour jour. Et je souris en revoyant la scène, car dès la minute où il a été là, l’impatience m’a quittée. Le reste de la journée n’a été que lenteur, paysages et amitié. Le temps n’avait plus cours. C’était notre journée à nous, juste à nous, dans ce périple belge qui m’alimente depuis.

La seule destination au programme de cette longue promenade à travers la Belgique était Redu. Of course. Parce que les livres, les auteurs et la poésie avaient entretenu notre amitié depuis des mois. Elle devait conséquemment nous mener au village du livre, nous voir flâner côte à côte d’une librairie à l’autre.

Ce jour-là, devant les étals de livres, entre deux rayons surchargés, au hasard de tables grossièrement dressées et elles aussi surchargées, j’ai vu s’allumer dans le regard de Fabien la passion des livres qui me suit depuis toujours. Et pour ça, je sais que plus jamais je ne serai seule. Il y a quelque part quelqu’un qui, au contact des livres, en les feuilletant, en les examinant, sait comme moi les caresser et les aimer.

Séduite par Helene Schjerfbeck

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Il fallait une carte postale venue de Finlande pour que je découvre Helene Schjerfbeck grâce à une toile intitulée Saunan edessä (Au sauna). L’artiste finlandaise, l’une des plus remaquables peintres d’Europe du Nord, n’avait pas encore croisé ma route.

Farouche, libertaine, n’adhérant à aucun moucement politique ou artistique, celle qui s’est éteinte à 83 ans, en 1946, a choisi de se mettre en scène délibérément, et ce dès l’âge de 16 ans. De nombreux autoportraits jalonnent son long parcours et c’est, quand on lit sur Helene Schjerfbeck, ce qu’on remarque d’emblée. Et aussi le fait qu’elle ait toujours fait bande à part, refusant de jouer le jeu des convenances et du féminisme en pleine éclosion.

« Je suis contre ‘Exposition de peintres femmes’, car à ma connaissance, il n’existe pas d’expositions ‘seulement pour hommes’. Les œuvres d’art ne devraient-elles pas fournir leur propre justification! » Ainsi s’exprime celle qui, de santé fragile, quittera l’enseignement à 40 ans, pour s’installer loin de la capitale et du monde des artistes pour entrer dans une phase d’expérimentation qui durera plus de 40 ans. Une des périodes les plus productives de sa vie a d’ailleurs été celle de ses 75 à 83 ans.

Tout ce que je découvre ce matin sur cette artiste finlandaise me séduit et me donne le goût de découvrir davantage les peintres du nord de l’Europe que je ne connais pratiquement pas.

Il suffisait d’une carte postale pour que je découvre Helene Schjerfbeck et bien entendu, une nouvelle lectrice.

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Moment de communion pour une lectrice

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Et je retourne à toutes ces toiles qui parlent de moi, dans lesquelles je me retrouve encore plus que lorsque je me regarde dans la glace. C’est souvent dans des poses figées – comme ici – que je me vois et me perçois véritablement. Peut-être parce que dans ces toiles et particulièrement cette toile de Kurt Solmssen, il y a ce recueillement que je ne trouve que dans la lecture et auprès d’un livre. Un recueillement que n’affiche pas la glace quand je brosse ma tignasse. Un recueillement, un instant de plénitude que je ne présente pas d’entrée de jeu au même titre que mon large sourire.

Seuls des gens – ils ne sont pas nombreux, je crois – qui m’ont vue plongée dans un livre ont pu voir de moi ce petit quelque chose qui ressemble à une communion et que je vois ici dans cette concentration de l’enfant. Il y a décidément quelque chose de moi dans ce menton calé dans la main.

Moment de bonheur pour la lectrice de la toile, pour celle qui s’y retrouve et pour son double qui la regarde.

Jazzer à Montréal

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Avec les orages à répétition qui ont pris d’assaut le ciel de Montréal, je ne suis pas allée au Festival de Jazz. Je le regrette un peu, mais j’ai encore trois jours pour me mettre au diapason.
Je n’ai pas envie de salle mais d’extérieur, aucune envie de m’asseoir mais plutôt de danser dans la rue au son d’orchestres qui rappellent la Louisiane. Il y a sûrement quelque chose pour moi sur une des scènes. Je crois qu’il est temps que j’examine enfin le programme… Oui, plus que temps !
Et si jamais la chaleur me retient loin de ce vaste rassemblement, que ceux qui y sont, comme mon amie Francine, en profitent !

Un an et quelques heures avant Bruxelles

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Je préparais mon itinéraire. Trop de choses à voir dans la capitale en une seule journée. Je le savais, mais je prenais plaisir à la parcourir avant même d’arriver à la gare. Et je crois bien que je chantais Bruxelles de Brel. C’était il y a un an.

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Dans quelques heures, j’allais voir la grand’place et le Manneken-Pis. Et manger une gaufre. Et me gaver d’images, car chaque rue empruntée offre un nouveau paysage. Et c’est à ces images que je vais rêver cette nuit. Envie que de celles-là, à défaut d’être sur place.

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Voyager par les cartes postales

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La petite trouvaille de ma filleule me ravit.
Cette idée qu’a eu un Portugais de bâtir un site qui permet d’échanger des cartes postales avec des gens de partout au monde me plaît décidément beaucoup. Faire découvrir Montréal à des gens qui vivent en Finlande, aux Pays-Bas, en Californie, au Brésil, en Allemagne et en Afrique du Sud a de quoi me faire briller les yeux.

Quand j’écris quelques mots pour parler un peu de Montréal, je me sens ambassadrice de cette ville que j’aime tant et en même temps en voyage dans celle-ci, puisque j’envoie des cartes postales. J’aime décidément cette idée d’être une éternelle voyageuse, même dans ma propre ville.

Il en a été presque de même quand j’ai écrit à des copines. Un peu de moi, parce que mes mots d’amitié allaient traverser l’océan, allait voyager et aller jusqu’à elles. Il n’est pas de voyages que je n’aime pas. Ceux que j’ai faits, que je ferai, ceux auxquels je rêve, ceux dont je me souviens, ceux qu’on me raconte, ceux dont il reste des photos et des cartes postales, les miennes comme celles de mes amis.

Et ce nouveau voyage par la poste me rappelle tant ceux d’autrefois, ceux de l’époque où j’échangeais des cartes postales et où je correspondais activement. C’est comme si un pan de ma vie d’autrefois s’ouvrait à nouveau. Pour ouvrir sur de nouvelles pages qui s’annoncent pleines d’échanges comme autant de moments de bonheur…

Quand les montagnes deviennent des collines

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Ce n’est pas en faisant des piles que je vais venir à bout de toute la paperasserie accumulée. Je le sais, j’ai essayé. Il n’y a qu’un moyen: prendre chaque bout de papier, chaque facture, chaque chemise du classeur, chaque carnet, un par un. Et voir ce qui est encore utile et ce qui n’est qu’une traînerie de plus.

Et j’ai fait cela pendant plus de trois heures, rempli deux sacs à ras bord, l’un pour le recyclage et l’autre pour le déchiquetage. Les piles sont moins hautes, le classeur se vide lentement des factures payées depuis belle lurette et les catalogues périmés serviront à autre chose.

J’avais vraiment ce soir envie d’éliminer un peu d’inutile, un peu de tout ce qui encombre l’espace et la mémoire, un peu de ce qui fait que je me sente envahie par ce qui n’a plus de raison d’être. Et pourtant, c’est moi et personne d’autre qui ai laissé ces montagnes gruger mon espace vital. Et pourtant c’est bien moi qui n’ai pas pris le temps, préférant le rêve, les livres, la musique et les conversations à ce rangement de papiers plus que nécessaire. À quoi pourrait en effet servir une facture de 2002 d’une carte de crédit que je ne possède plus ? Et ce bout de papier avec un numéro de téléphone et pas de nom ?

Il était temps. Mais je n’ai pas fini. Je n’arrêterai que quand seul ce qui est vital aura gagné le classeur vidé de l’inutile. Mais pour ce soir, ce sera assez, je ne possède pas assez la passion du ménage pour continuer. Même si je suis contente quand les choses sont à leur place. D’ailleurs, au travail, elles le sont toujours, c’est chez moi que je ne possède aucune discipline – enfin, pas assez -, parce qu’il y a trop de tentations dans mon appartement, toutes plus invitantes les unes que les autres. Voilà le hic.

Mais bon, je suis fière de moi. Ce qui est fait n’est pas à refaire et je vais tenter de démêler chaque jour un peu de ces montagnes qui jonchent mon bureau et le salon. Tant que ce n’est pas fait, ça a toujours l’air affolant. Et puis, quand on a fait le tour, on se rend compte qu’au fond, ce n’était pas si terrible que ça. Curieux, tout de même.

Rêver de Chastre et de Belgique

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Il y a un an, je me réveillais à Chastre. Je revois encore les rues, le village, la route jusqu’à Louvain-la-Neuve. Et le sourire de Christian.

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Mais je n’ai plus de nouvelles de l’homme de Chastre avec qui j’ai vu Bruxelles, avec qui il était bon d’écouter de la musique, de parler et de rire. C’est dommage que le jour où il est devenu amoureux il ait coupé les ponts avec ses amis, sans rien dire. Mais je me dis qu’un de ces quatre, je le verrai à nouveau débarquer sur MSN, ou alors que je lui téléphonerai.

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Ce soir, je rêve aux maisons de Chastre, à la route de Blanmont, aux arbres et aux fleurs du jardin de Christian. Ce soir, j’ai une fois de plus la tête en Belgique. Est-ce un refuge ou un rêve ? Un besoin ou une évidence ? Je sais seulement l’omniprésence de la Belgique dans ma vie, le besoin de ces amitiés belges, le désir de retourner là-bas. Le goût pour les livres et les musiques de là-bas.
Ce soir, il me tarde d’être à un an d’ici. Ce soir, j’ai envie de ces paysages et de ces amitiés. Ce soir, j’ai à nouveau une envie très forte de Belgique, même si elle est inscrite à même ma peau. Alors, je regarde des paysages et je rêve…