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Poèmes du pays des pralines 6

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Elle est entrée dans Ici on parle flamand & français sans vraiment savoir ce qui l’attendait d’images et de réflexions. Ce qui l’attendait de mots contenus et de poésie pure. Et la lectrice d’Armand Guillaumin est restée là des heures. De longues heures. Avant de repartir sur la pointe des pieds en laissant pour nous un poème de Leonard Nolens.

Jalousie

La vie était futile ou grandiose.
Entre-temps je disparus
De dépit, d’extase, en tout cas
D’être dupe, je disparus.
La vie devint utile et morose.

Dehors, assise trois pas plus loin,
Tu lis un livre sur les jardins,
Tu apprends par cœur
Ce qui sera là demain,
Ni futile, ni grandiose, mais accompli.

Fleuri et puis flétri,
Fleuri sans dépit ni extase.
Rentre et lis-moi.
Lis-toi. Et lis-nous ensemble.
Et apprends-nous par cœur cette nuit.

Poèmes du pays des pralines 5

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La lectrice de Susan Isaac était là bien avant l’heure. Il faut mentionner que je lui avais dit beaucoup de bien d’Ici on parle allemand et français. Il me semble qu’elle a murmuré que le choix était difficile tant les textes lui parlaient. Mais elle a tout de même laissé le livre ouvert sur un poème de Carino Bucciarelli. Comme une invitation.

Une pensée me poursuit
depuis le jour où tu es venue me demander si l’obscurité
était une forme du savoir

je n’ai pu répondre
car nos semelles sur le parquet
produisaient un claquement désagréable

il faisait clair dehors
par la porte laissée ouverte un air frais est entré

Poèmes du pays des pralines 4

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Elle a ouvert le livre avec appétit. Il faut avouer que le recueil de Francis Dannemark regroupant nombre de poètes belges est appétissant avec ces pralines photographiées sur la couverture. Si bien que la lectrice de Wilson Henry Irvine n’a pas résisté. Elle a traversé Ici on parle flamand & français. Non sans laisser ouvert le livre sur un poème de Caroline Lamarche :

Chaque soir

Chaque soir depuis que j’ai décidé de ne plus t’écrire
et de brûler tes lettres dans l’évier
– la flamme était si haute que j’ai dû renoncer –
chaque soir depuis que je suis sortie dans la nuit
pour m’asseoir dans la nuit au bord de la rivière
chaque soir depuis que j’ai jeté tes lettres dans l’eau noire
couru le long de la berge pour les voir s’en aller
sauté sur le pont pour les voir reparaître
chaque soir depuis que le courant a emporté tes mots
qui ont jusqu’au dernier en cette noirceur paisible
perdu leur lumière
chaque soir depuis que j’ai regardé mes mains vides
et baigné mon visage
dans l’eau cendreuse de l’évier
chaque soir je t’écris

Chaque soir depuis que je t’écris chaque soir
chaque soir depuis que je déchire ma lettre du soir
chaque soir
je t’écris.

Poèmes du pays des pralines 3

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Ici on parle flamand et français est resté sur la table après le départ de la lectrice d’hier. Attendant celle qui allait la remplacer, celle qui allait faire son choix parmi les textes, qui allait nous séduire avec quelques vers. Le choix est celui de la lectrice de Robert Braithwaite Martineau, le texte de Miriam Van hee.

Hiver dans le sud

je m’imaginais le vent
sans buissons et sans arbres
et le soleil sans notre peau

je t’ai vu alors courir
les bras comme des ailes
comme si tu allais quitter la terre
comme si tu essayais le vent

derrière les collines la mer
se trouvait quelque part au loin
mais nous ne pouvions la voir

et j’ai pensé que tout devait être ainsi
le bleu profond du ciel
et nos ombres pourpres
par-dessus la neige

Poèmes du pays des pralines 2

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La lectrice de Patricia Rorie a dévoré le recueil comme elle l’aurait fait d’une boîte de pralines. Avec gourmandise. Avec appétit. Avec délectation. Savourant chacun des mots des poèmes regroupés sous le titre Ici on parle flamand et français. Un bonheur tel qu’il a été difficile pour elle de choisir un seul poème. De Paul Boagert.

Borde-moi

Dis-moi qu’il est temps, dis-moi que je suis
fatigué, ne cède pas aux protestations,
donne-moi un gant de toilette, le nounours familier,
montre-moi mon lit, borde-moi,

sens bon le savon, raconte-moi comment
dorment les princesses comme par enchantement
et disparais, ne va pas trop loin,
mets-moi au lit, borde-moi,

laisse-moi seul, ne me jette pas de poudre
aux yeux, ne chante pas de chanson,
ne me réconcilie pas avec la nuit,
fais comme je fais, borde-moi.

Poèmes du pays des pralines 1

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La lectrice de Michael Tschantz-Hahn est heureuse. C’est elle qui sera la première à touner les pages du recueil Ici on parle flamand & français. C’est elle qui sera la première à choisir, à se laisser porter par les mots. Et je crois qu’elle choisira ces vers de Maurice Carême :

Comprendrai-je jamais ici
Pourquoi je regarde le ciel,
Donne rendez-vous à la lune,
Érige des tours de Babel
Alors que je reste perplexe
Devant une chauve-souris
Qui met un accent circonflexe
Sur la coupole de la nuit.

La leçon de chant

lecon de chant

J’ai étiré mon plaisir. Le plus longtemps possible. Presque goutte à goutte.

Je ne voulais pas terminer le roman de François Emmanuel, La leçon de chant, tant j’ai aimé ce récit qui se lit comme on lit une partition. Au même rythme. Avec les mêmes envolées, les mêmes silences, les reprises.

Une femme, deux hommes. L’amant, le professeur de chant. Tous deux épris d’elle, Clara la mystérieuse qui traîne quelque lourd secret de son enfance en Argentine. Clara, l’écorchée vive, la muette, la tendre, prête à se briser parce que plus fragile que la porcelaine. Clara l’évasive, la fugitive. Clara plus présente par ses absences que sa présence. Clara qui élude pour qu’on élucide. Or, on ne saura peut-être jamais autre chose que des bribes. Jamais LA vérité. Et tout ça n’a aucune importance.

La fascination opère. Celle de celui ou celle qui lit face à la fascination que Clara exerce sur les deux personnages masculins. Celle de celui ou celle qui lit devant cette écriture fine, subtile, toute en nuances et tellement maîtrisée malgré toutes les ellipses que s’autorise François Emmanuel.

La fascination subsiste. L’impression aussi de sortir d’un livre qui change le regard et notre perception.

Bonheur d’un dimanche matin ensoleillé

volti subito

Nous venons de plus loin

de lieux
plus improbables que la loi

de temps
qui n’ont pas cessé d’être

où les dieux lémuriens de
nos âmes guettaient
la voix

la visiteuse sans présent
le poème sans emploi

et les chatons en fleurs de
l’infini

tombaient dans le silence
obscur

a écrit Werner Lambersy dans Volti subito.

Tout comme il a aussi écrit :

Nous n’avons pas quitté
le temps
de la création

ne sommes pas sortis
du souffle qui
fait sève

seuls les violons rouillés
de l’âme
ont souffert

n’être pas désiré demeure
insupportable

ô matière sans prénoms

voilà
pourquoi nous sommes nés

Et je tourne les pages. Et les vers me parlent et s’accrochent à mes mots, à mes envies de poésie. Bonheur de lecture. Bonheur d’un dimanche matin ensoleillé.

L’écrivain qui dessinait

lemonnier

Était-il un écrivain qui dessinait ou un dessinateur qui écrivait? Difficile de trancher quand il s’agit de Camille Lemonnier, à qui on confère davantage le titre d’écrivain — à juste titre — que celui de dessinateur. Or, son œuvre picturale, méconnue, est loin d’être inintéressante.

Camille Lemonnier est peut-être venu à l’écriture et au dessin au détour de son premier métier qui a été celui de critique d’art. Lui qui, de père wallon et de mère flamande, lui dont la maison à Ixelles est aussi la Maison des Écrivains de l’Association des écrivains belges et abrite le musée qui porte son nom, a dessiné, entre autres une bien jolie lectrice, a beaucoup écrit. Est-ce sa première lectrice qu’il a peint ainsi, celle qui le lisait avant qu’il ne soumette ses textes? Elle a un peu ce regard critique qu’ont celles à qui on demande une opinion.

Cette lectrice me rappelle aussi que je devrais lire Camille Lemonnier, lire plus que les quelques textes dans des anthologies. Ces textes à la plume fine, agile, parfois incisive que j’avais appréciés. Et hop, encore un signe que je devrai vivre jusqu’à 102 ans et demi.

Pitié pour le mal

pplm

C’est la guerre, comme partout en Europe, en ce jour de 1944. Et plus précisément dans cette femme de Wallonie où les Allemands ont réquisitionné Gaillard, le brabançon de la maison, le cheval qui faisait la fierté du père disparu, tué par les nazis.

Est-ce l’inconscience ou la hardiesse qui pousse Mutien, l’aîné, 13 ans, à entraîner Abel, son frère de 8 ans sur le chemin de la guerre en direction de l’Allemagne où les soldats épuisés rentrent chez eux ? Ou un peu des deux ?

Si Pitié pour le mal est un roman sur la guerre, c’est aussi un livre sur la fraternité, sur le sens de celle-ci, sur la complicité entre deux frères, alors que se joue la vie d’une poignée de soldats mal en point, blessés physiquement, brisés moralement. Un roman où l’ennemi devient humain alors que l’un de ceux-ci se prend d’affection pour les jeunes frères. Un roman de l’intérieur, en dehors des livres où l’Histoire est relatée en champs de batailles, en villes dévastées, en cimetières du débarquement et en nombre de morts.

Un roman sur la compassion, comme son titre l’indique. Un roman de tendresse envers ceux embarqués dans cette guerre dont ils ne comprennent pas le sens, qu’ils soient du côté des vainqueurs ou des perdants.

Un beau roman. Pas vraiment triste, même si le sujet aurait pu l’être. Un roman dans lequel on entre et qu’on a du mal à quitter parce que nous nous attachons à ces hommes et à ces deux enfants. Un roman à l’écriture fine, juste, sensible.

Pitié pour le mal est un grand roman. Un roman que j’aurais pu ne pas lire si une Belge ne me l’avait conseillé, elle qui, dans quelques heures, aura le plaisir de discuter avec l’auteur. Puisse cette rencontre être agréable. Puisse-t-elle lui dire à quel point j’ai été touchée, émue, comme elle l’a été aussi, à la lecture de ce roman marquant.