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La rêveuse au sofa rouge

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Mes souvenirs sont entrés à petits pas dans la pièce et je les ai cueillis un à un. Ils ont tant à me raconter. Encore et encore.

Ce ciel d’un matin d’août. Ce baiser d’un avril inoubliable. Cet octobre flamboyant qui embrase presque tout le reste. Instants éparpillés si forts que les étoiles pourraient être jalouses de leur lumière.

Puis, ce chapitre, ou juste un passage. Cette chanson dont les premières notes font déjà trembler le cœur.

Châle de gitane autour des épaules et pieds nus sur le plancher de bois, entre livres et musique, je suis la rêveuse au sofa rouge au cœur de juillet.

*toile de Sarah Parks

Le temps d’un livre, peut-être deux

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Parfois l’envie d’un lieu presque désert. Un endroit sans fil qui me connecte au monde réel. Une pièce isolée qui me rendrait inatteignable quelques heures. Le temps d’un livre. Peut-être deux.

*sur une toile de Roy North

Peut-être ne sais-je faire que ça…

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Écrire. Peut-être ne sais-je faire que ça quand je ne suis pas en train de lire, de regarder le ciel, de me pencher sur les fleurs ou de chantonner (faux, dit quelqu’un dont je tairai le nom). Oui, peut-être ne sais-je faire que ça.

Et de plus, ça me rend heureuse.

*sur une toile de Rebecca Meredith

Elle, qui a sa vie maintenant

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Il me semble parfois entendre son rire parmi ceux des enfants qui jouent en bas. Mais je sais que ce n’est pas le sien. Que sa voix s’est envolée vers ailleurs parce que je ne l’ai pas retenue dans les mailles su passé.

J’aurais pu. Elle aurait tant voulu, je crois. Mais il y avait dans ses yeux et dans ses gestes quelque chose de lui. Des yeux qui chez elle n’étaient que tendresse et chez lui flèches qui percent plus que le cœur. Pourtant de lui, et tellement différente, elle portait des traces qui prenaient trop de place.

Elle, si douce, vivante, malgré les blessures accumulées, les mensonges et les fausses promesses venant de lui. Elle qui savait mieux que moi sur quoi nous fermions les yeux toutes les deux en échange de jours à inventer des vies aux nuages, d’après-midi à enfariner la cuisine, de séances de tresses, de flims qu’on regardait serrées l’une contre l’autre.

Elle, qui a sa vie maintenant. Une vie dont je me suis volontairement écartée. Parce qu’à un moment ou un autre elle me parlerait de lui que j’avais appris à oublier, plongée dans mes livres, ces livres qu’il détestait si fort.

*toile de Richard Emil Miller

Terrorisée

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Dès que je devais lui parler, j’étais prise de terreur. La moindre conversation devenait une enquête. Et tandis que je tentais d’éviter les pièges qu’elle semait çà et là, je sentais les gouttes de sueur perler sur ma nuque. Je savais que le tout allait durer un moment. Qu’il fallait qu’elle aille au bout de sa pléiade de questions.

Qu’allait-elle faire de toutes mes réponses d’enfant, elle l’adulte que je vouvoyais en faisant attention à ma diction alors que je tutoyais la plupart des gens de ma famille? Allait-elle trouver dans celles-ci des failles qu’elle pourrait utiliser?

Du haut de mes six ans, de mes dix ans, je ne comprenais pas son jeu. Ni son acharnement. Je n’ai jamais saisi le sens de ce questionnaire qui revenait ponctuellement. Et quand récemment j’ai eu droit à une scène semblable à celles qui me terrorisaient enfant, j’ai rêvé de ce moment où elle en aurait fini avec moi pour retourner à mes livres.

*sur une toile de Martin M. Cassity

Quand les mots deviennent des armes

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On les voudrait toujours justes. À la mesure du message qu’ils portent. Exacts et précis.

C’est pourquoi on prend tant de temps à les choisir, à écarter l’un au profit de l’autre, à douter de celui-là, à privilégier celui qui nous était venu en premier. Or, face à eux, nous devenons maladresse et doute. Comme s’ils devenaient insaisissables ou étrangers.

Ils nous ont si souvent leurrés. Certains les ont détournés pour pouvoir en faire des armes, alors que pour toute réponse nous n’avions qu’un L de plus qu’eux. Mais que valent des (l)armes devant les armes que sont les mots dans la bouche de ceux qui les brandissent?

*sur une toile de Martin Schnur

Sylvia

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Elle était si convaincue qu’elle en devenait presque convaincante. Tout allait s’organiser comme elle l’entendait et dans cet ordre. C’était décidé.

D’abord, elle allait changer d’emploi. D’ailleurs, elle avait commencé à chercher, avait envoyé quelques CV. Elle avait même été convoquée en entrevue, mais elle n’était pas prête à l’aventure : c’était un remplacement de congé de maternité. Un an seulement. Aucune assurance qu’on lui trouverait autre chose, et elle avait deux enfants.

Ensuite, elle allait déménager. Elle voulait plus d’espace et surtout que ses fils aient chacun leur chambre et peut-être un petit coin à elle où elle pourrait bricoler. Si elle en avait le temps. Mais ce qui était certain, c’est qu’elle allait quitter ce lieu où elle vivait depuis trop longtemps quand elle aurait trouvé un autre emploi.

Et puis, après elle se mettrait en chasse. Enfin, elle n’a pas dit les choses de cette façon, c’est mon interprétation personnelle qui me fait choisir ces mots. Elle a plutôt dit Je vais me trouver un amoureux. Convaincue et convaincante qu’elle allait le trouver parce qu’elle aurait fait les choses dans l’ordre : nouveau travail, déménagement, relation amoureuse.

Sylvia était si sûre d’elle que je n’ai pas oser jeter un caillou dans la mare de ses rêves. Lui dire que les choses n’arrivent pas toujours dans cet ordre. Que même en visant le scénario parfait, il y a parfois des impondérables les jours de tournage. De plus, ce n’était pas à moi de miner sa belle assurance, la vie se chargerait bien de le faire sans mon aide.

Et quand elle est partie, j’ai ouvert un livre. Ma seule assurance, c’était que jour après jour il y en aurait toujours un qui m’attendrait.

*sur une toile de Jason Waskey

Une rose s’est fanée

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Nos grands-pères étaient frères, ce qui ne faisait pas de nous des cousines germaines, mais des cousines quand même, nées à 29 jours d’écart. Et comme je n’avais que des cousins, c’était un bonheur d’aller chez ses grands-parents et de savoir qu’elle serait là. Ou qu’elle viendrait chez moi. Et jusqu’au milieu de l’adolescence, nous avons eu ces instants de bonheur.

La vie nous a éloignées l’une de l’autre pour nous réunir bien des années plus tard. Et nous avons emmagasiné d’autres moments de bonheur.

Puis, à nouveau, les semaines, les mois, les années ont passé. Quelques nouvelles ici et là. Son combat contre un cancer du sein dont elle était sortie gagnante.

Et un matin, on va sur Google. Chercher des traces. Sans savoir que ce seront les dernières. Que ce qu’on trouvera, ce sera un acte de décès datant d’il y a six semaines. Le cancer avait fini par la rattraper.

Et on fermera les yeux pour se rappeler une soirée d’été il y a sept ans où les Carpenters qu’elle aimait tant avaient tourné en boucle. Et des larmes couleront sur Close to you.

Pour Lilas…

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Quelques fleurs signées Chantal pour te souhaiter un bon séjour dans les Alpes. Puisses-tu là-bas retrouver la forme afin de nous revenir pétillante d’énergie!

Il me manquera toujours quelque chose

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Il me manquera toujours toujours quelque chose. Quelque chose qui a un nom et dont l’absence est là, certains jours tellement omniprésente que même les mots me pèsent. Et pourtant, fidèles compagnons de mes jours et des mes nuits, de mes bonheurs comme de mes errances, ils ont toujours été au rendez-vous. Mais eux connaissent bien la raison de ce manque qui obnubile tout. Ils savent bien qu’ils ne me parlent jamais autant qu’au bord de l’océan.

*sur une toile de John Ball