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Déjà huit ans!

Il y a huit ans, à la même heure, je me glissais dans la peau d’une blogueuse. Sans savoir où cela me mènerait. Sans penser une seconde que j’écrirais tous les jours quelques lignes ici. Pour le plaisir du partage. Par besoin de dire à haute voix ou de laisser des traces.

Il y a huit ans naissait le pays de Lali. Merci d’y passer. Tous les jours ou de temps en temps.

Il y aura toujours une place chez moi pour vous qui aimez les mots, les couleurs et les notes.

*toile de Loui Jover

Tout à l’heure

Dehors, quelques nuages. À portée de main, un bol de café. Tout près, une dizaine de livres. Et ce besoin de prendre mon temps.

Tout à l’heure et ses courses viendront bien assez vite.

*toile signée Yelena Bryksenkova

Et ce besoin de livres

Et ce besoin de livres, de mots, d’histoires autres que la mienne. De musiques venues de l’enfance, de l’adolescence ou toutes nouvelles. De paysages rêvés ou retenus. De tout ce qui bouge, gravite et palpite. Malgré les blessures, les coups à l’âme. Ou à cause de ces cicatrices.

Il faut plus d’un mot pour expliquer et je préfère me taire. Garder sous silence neuf ans de ma vie. Les enterrer. Pour ne pas que surgisse l’un de ces moments qui font mal. Un rêve auquel on a donné des coups de griffe. Enfermer chacun de ces instants dans un coffre. Le cadenasser. Jeter les clés.

Et ouvrir un livre, et puis un autre. Et danser à cloche-pied sur le trottoir en chantant à tue-tête.

*toile de Boris Taslitzky

Mots

Mots. Ces mots. Nombreux. Si nombreux. Qui ne cessent de se multiplier.
Mots. Qu’on trace sur une feuille de papier. Qu’on tape sur le clavier. Qu’on imprime parfois.
Mots. Qu’on lit. Qu’on envoie.
Mots. Qui s’envolent ou qu’on retient à jamais.
Mots. Graves. Légers.
Mots.
Toujours des mots.

Les miens.
Les vôtres.
Ceux des autres.
Magma intarissable.

*sur une toile de Silvia Julia Visconti

Et finalement

Et parfois, se forcer à bouger alors qu’on est si bien là, enroulée dans ses souvenirs, dans la nuit finissante. Que le premier café du matin — ou semble — le meilleur de la journée. Que le calme du moment imprègne chaque mot du livre d’un sens insoupçonné, voire insoupçonnable.

Et parfois, imaginer qu’on pourrait rester là. Près de la fenêtre. Fermer les yeux.

Et finalement, bouger. Le fauteuil nous attendra.

*toile de Ramon Gutiérrez

On a six ans une seule fois

Il est sorti en courant de l’école, un livre à la main, le sac sur le dos, et les yeux brillants, alors que j’arrivais à la hauteur de la cour en même temps que sa mère, celle-ci venant d’une autre direction.
– Maman! Maman! C’est le plus beau jour de ma vie! Les enfants de 1re année peuvent faire du théâtre! Je vais faire du théâtre! Moi! Maman, tu vas m’inscrire? Tu vas le faire? Je suis content, tellement content!
– Bien sûr, poussin, que je vais le faire!

Le reste de la conversation m’a échappé. J’allais vers le nord, eux vers le sud. Je souriais sûrement autant que le gamin.

Il y a comme ça des instants qui font votre journée. Des moments qui ont le pouvoir de vous attendrir, de vous ramener à vous-même, aux riches heures de l’enfance où tous les rêves sont réalisables, à cet amour pour le théâtre qui ne vous a pas quittée depuis vos quatre ou cinq ans, depuis cette première fois, lorsque vous avez assisté à une pièce pour enfants d’André Cailloux.

On a six ans une seule fois.

*illustration de Lucia Brandao

Et parfois

Et parfois comme une envie de ne pas bouger. De me laisser vivre. Pieds nus. Tandis que le chant des oiseaux se mêle à un nocturne de Chopin. Avec pour seul compagnon un livre.

Et parfois presque y arriver.

*toiles de Marc Chalmé

Jour V

Nous sommes vendredi.
Il ne vente pas beaucoup.
Il n’est pas question de Venise, de Vérone ou de Vienne et je ne suis pas ventriloque.

Mais j’ai des ailes.
Les vacances débutent aujourd’hui et je pars en voyage le 3.
Ça me laisse le temps de faire ma valise.

Une chanson

Et cette envie d’entrer dans la photo.
De retrouver endroits aimés.
Un jardin, un café.
Et fermer les yeux.
Enveloppée par une chanson.

*photo d’Armando

Ne pas les retenir

Et puis rêver.
Laisser les mots me toucher.
Ne pas les retenir.
Les savoir envolés.
Imaginer qu’ils reviendront.
On laisse libres ceux qu’on aime.
Qu’ils soient d’encre ou de chair.

(juillet 2013)

*toile d’Elisabetta Trevisan