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Anecdotes de libraire 24

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Fin d’après-midi, j’ai reçu un appel de la librairie. Le livre que m’a conseillé Agnès est arrivé. Joie. Grande joie.

De plus, je me réjouis d’avance de la petite marche pour aller le chercher, de l’instant où je le caresserai du bout des doigts, du moment où je rentrerai pour en savourer quelques pages.

Et cet événement m’a rappelé d’autres moments de joie. J’étais si heureuse de téléphoner pour annoncer que le livre attendu était arrivé, surtout quand il avait été long à venir, parce que le distributeur ne l’avait pas en stock et qu’il fallait qu’il le commande d’Europe. Ou parce que c’était un livre qui n’était pas encore paru ici et que je surveillais son arrivée pour quelqu’un qui serait heureux.

Éprouvent-ils la même joie les libraires d’aujourd’hui ou est-ce pour eux une corvée de faire tous ces appels? Il faudra que je pose la question.

*toile de Patrick Hughes

Anecdotes de libraire 23

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Je me demande parfois s’il existe encore de vrais libraires, ceux capables de dire la vérité quand on leur pose une question qui demande la franchise. Ceux qui n’ont pas peur de perdre une vente et qui ont à cœur le bonheur de lire d’un éventuel client. Même s’ils ne savent rien de lui, même si celui-ci est entré par hasard, même s’ils ne le revoient jamais.

Se donnent-ils la peine de donner l’heure juste si on la leur demande ou se rangent-ils derrière l’opinion d’un critique ou le fait que le titre fait partie de la liste des meilleurs vendeurs?

Osent-ils dire, comme je l’ai fait un jour, alors qu’on me demandait ce que je pensais du roman érotique du moment, qui se vendait comme des pains chauds et que la cliente était visiblement prête à acheter, qu’elle pouvait ouvrir le livre à n’importe quelle page, qu’il était aussi mauvais d’une page à l’autre? Ce qu’elle a fait. Avant de le remettre sur la tablette.

Elle n’était pas du quartier. Elle était entrée pour acheter ce livre. Et uniquement ça.

Elle est repartie avec les nouvelles d’Anaïs Nin, un roman d’Anne Dandurand et mon coup de cœur du moment, car elle avait envie de voir ce que je considérais comme un bon livre. Et pendant des années, elle a traversé la ville tous les mois pour que je lui choisisse des livres.

*toile de Francesc Sillué

Anecdotes de libraire 22

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Il y avait toujours à cette époque de l’année quelque chose qui me désespérait. Des parents, en fait. Ceux-là qui n’avaient pas hésité à acheter tous ces vêtements à la mode, avec le nom de la marque bien en évidence et qui râlaient parce que sur la liste des effets scolaires, il y avait un dictionnaire tout français, L’art de conjuguer et un dictionnaire bilingue.

Probablement que c’était parce que les livres ne s’exhibent pas…

*toile de Chiu Tak-Hak

Anecdotes de libraire 21

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Quel beau souvenir que celui de Bou cognant à la porte de la librairie pas encore ouverte, alors que je préparais mes commandes. Il y avait des croissants pour Nath encore au lit et aussi pour la libraire devenue amie. Moments de causerie, moments d’amitié jamais remplacés, qui donnaient à mes samedis le plus beau des départs. Laissez-moi sourire en pensant à ces moments. Il n’y aura que des souvenirs heureux pour ce jour de l’anniversaire de Lali. Et des souhaits…

*toile de Joan Griswold

Anecdotes de libraire 20

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Il restera toujours en moi quelque chose de la libraire que j’ai été pendant un quart de siècle. J’ai beau ne plus « pratiquer » au quotidien, rien ne m’enlèvera cette passion pour les livres, pour leur variété, pour ce qu’ils apportent. Si bien que quand mon directeur m’a donné le feu vert et un budget pour munir notre service de nouveaux outils, ça a été pour moi un jour de fête. Il y a tant de livres qui nous seraient utiles. Lesquels choisir? Lesquels privilégier?

Je ne vous dresserai pas la liste ici de ce que j’ai commandé à Nicolas, mon libraire, bien que la liste ne soit pas longue, puisque mon choix s’est arrêté sur huit titres. Mais je vous dirai que je me réjouis d’avoir bientôt une édition récente du Bon usage. L’édition que je possède date de mes 18 ans.

Je me souviens d’ailleurs de ma rencontre avec André Goose, qui a pris la suite de Maurice Grevisse, le créateur de ce que je considère la plus fabuleuse des grammaires, au salon du livre de Montréal. Une merveilleuse conversation. Une de celles qui marquent une vie, je crois bien. Les yeux du grammairien pétillaient tellement. La future étudiante en études françaises était ravie. Elle pouvait parler de sa passion pour la langue, pour les mots et pour les pièges du français. Par contre, je regrette cette autre rencontre qui n’a pas eu lieu il y a trois ans, alors que France Bastia, l’épouse d’André Goose, m’avait invitée chez eux pour un déjeuner à la campagne. Le temps m’a manqué. Ou il a passé trop vite. Je ne sais plus.

Je me rappellerai juste de la gentillesse et de l’auteure de L’herbe naïve et Vingt jours quarante jours, romans de mon adolescence qui m’ont ouvert vers ailleurs quand je suis entrée en contact avec elle.

Oui un jour, je le souhaite vraiment, je pourrai dire de vive voix à l’un comme à l’autre à quel point ils ont été importants.

*toile de Liza Hirst

Anecdotes de libraire 19

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En 25 ans de vie de libraire, il n’y a pas eu de semaine où je n’aie pas vendu à quiconque un des romans de la comtesse de Ségur. Longtemps, dans la collection rose de Casterman, celle-là même qui avait fait la joie de mes sept et huit ans et qui est toujours sur les rayons de mes bibliothèques, parce que je n’ai jamais réussi – ou voulu – m’en départir.

Chaque fois, celles qui les achetaient – il ne me semble pas avoir y avoir eu d’acheteur pour ces titres – avaient mon âge ou un peu plus. Bien sûr que comme moi elles avaient été enchantées par ces lectures de leur jeunesse et voulaient transmettre à une autre génération ce bonheur qui avait été le leur.

Mais une question est toujours restée dans mon esprit et je n’aurai probablement jamais la réponse à cette question. Celles qui recevaient ces livres d’une autre époque, pas du tout à la mode, étaient-elles déçues ou ravies du choix de leurs aînées? Car je n’ai pas plus vu de petite fille me demander où étaient les livres de la comtesse que d’acheteur…

*toile de Robin Cheers

Anecdotes de libraire 18

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Il y a comme ça, des moments qui me reviennent en tête et que je ne peux chasser tant que je ne vous les ia pas racontés. Et je crois que celui-ci va vous faire sourire. Enfin, je crois.

-Je voudrais À la recherche du temps perdu. Vous l’avez?

Bien entendu que tout libraire qui se respecte a sur ses rayons tous les tomes. Et bien entendu qu’une fois sur deux, le client regardera le libraire, perplexe.

-Mais je ne vous ai demandé qu’un livre…

*toile de Dora Hotzhandler

Anecdotes de libraire 17

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Dimanche dernier, je suis allée chercher un livre que j’avais commandé. Parce que je dois toujours commander les livres que je cherche. Ne me demandez pas pourquoi. Surtout que si j’étais encore libraire, ce serait bien souvent des livres qui seraient sur les rayons et qui ne demanderaient pas une commande spéciale, comme en demande une un recueil de poèmes d’un obscur auteur venu du fin fonds d’un pays au nom imprononçable.

Mais bon, il en est ainsi.

Et avant de passer à la caisse, j’ai bien entendu fait le tour des rayons. Non, je n’ai rien classé, ce coup-ci… Mais j’ai jeté un œil sur les piles. Celles installées pour mousser certains titres que les représentants ont d’abord moussés pour qu’ils aient une bonne place. Et je me disais que dans trois semaines, le paysage aurait changé en partie. Parce qu’il faut toujours faire de la place aux nouveaux arrivants. Et du coup éteindre la vie de ceux qui étaient là, promis à un bel avenir, selon – encore – les représentants.

Puis, une question a surgi dans mon esprit. Dans dix ans, un seul des livres si bien étalés sera-t-il devenu assez important pour être sur les rayons en permanence ou aucun d’entre eux n’aura cet honneur? Je n’ai pas la réponse.

*toile de Quint Buchholz

Anecdotes de libraire 16

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Je ne sais pas d’où m’est venue cette passion. Ou peut-être des encyclopédies et des dictionnaires de mon grand-père devant lesquels je pouvais rester des heures quand on m’eut bien fait comprendre de ne pas retirer les images que j’aimais – la chose était réservée aux magazines et aux catalogues.

Je sais seulement que quand entrait un client qui avait l’intention d’acheter un dictionnaire ou une grammaire, j’étais toujours partante. Entre Larousse, Robert et Grevisse, pour ne nommer que ceux-ci, j’étais dans mon élément. Aucun dictionnaire, aucune grammaire, aucun guide de conjugaison, aucune méthode de langue n’avaient de secrets pour moi. Car dès qu’un nouveau titre paraissait, je me ruais littéralement dessus. Avec un bonheur fou.

Je sais, je sais, ce n’est pas une passion courante. Mais c’était la mienne. C’est toujours la mienne. Je vais toujours voir les nouveaux titres. Sur les accords du participe passé et sur la ponctuation. Et parfois, je me demande : y en a-t-il d’autres comme moi?

*toile de Tomas Castano

Anecdotes de libraire 15

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Ce n’est pas arrivé qu’une seule fois, mais plusieurs. La question qui vous abasourdit. À laquelle vous vous demandez quoi répondre. Parce que le calendrier n’indique pas que c’est le 1er avril nulle part sur la planète. Et vous hésitez. « Incidemment » avez-vous envie de répondre. Ou un jour de mauvaise lune, « Évidemment, où vous croyez-vous? » Ou bien parfois, « Je vais vérifier si nous en avons encore. » Toutes ces réponses traversant notre esprit, bien évidemment le choc passé.

Je ne m’y suis jamais faite.

Et pourtant, quatre à cinq fois par année, quelqu’un me demandait au téléphone : « Vous avez des livres? »

*toile de Michele Manning