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Souvenir valaisan

heremence

Et comme souvent, alors qu’il fait nuit et que le premier café est en train de couler, je rêve, je voyage dans mes souvenirs. Comme ils viennent à moi, sans me demander pourquoi celui-ci ou celui-là. Et ce matin me vient en tête cette promenade avec Anne-Françoise, une promenade en Valais qui nous avait entraînées de village en village, au cœur des Alpes. Il me semble que je n’avais pas assez de mes yeux pour tout voir tant tout était à voir, tant il fallait que je m’imprime de tous ces détails.

Il faisait beau cet après-midi de juillet 1981 sur la commune d’Hérémence, surplombant la vallée au fond de laquelle se dresse l’impressionnant barrage de la Grande-Dixence que nous sommes aussi allées voir. Il faisait beau sur la petite église moderne juchée là-haut et sur laquelle veillent les Alpes. Il faisait beau aussi parce qu’il faisait bon l’amitié. Une amitié qui a tenu au fil des années et malgré les absences périodiques de l’une ou de l’autre, une amitié qui nous réunira peut-être en 2008 pour des vacances à Zermatt. Une amitié accrochée pour toujours là-haut, à Hérémence et ailleurs.

Namur comme thérapie

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Et je serais assise là. Je regarderais la vie se dérouler autour de moi. Je ne parlerais probablement pas, je me baignerais de l’ambiance. Je me souviendrais de ma première visite à Namur et je serais juste heureuse d’être là. Loin, si loin de chez moi. Où je pourrais peut-être oublier une partie de ces deux derniers mois. Ce serait comme une thérapie. Tenter de revivre un moment de bonheur pour effacer ceux qui ne reviendront peut-être plus.

Un peu de Bretagne dans la nuit

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Bonheur d’écouter un peu de cette Bretagne que j’aime tant. Cette Bretagne qui a parfois des accents de Wallonie ou du Québec, comme si les trois lieux étaient si intimement liés dans mon esprit que la musique traditionnelle de chacun de ces endroits ne pouvait que correspondre entre chacune et se répondre.

J’aime ce CD d’Érik Marchand et Thierry Robin – retrouvé dans mon désordre, parce que je promène mes CD entre le salon, le bureau et le travail – qui a pour titre An Henchou Treuz. Je l’écoute et j’entends la mer au loin. Je l’écoute et je revois le cimetière de Pont-Aven, les calvaires qui bordent les routes. Je l’écoute et le vent s’engouffre sous mon pull comme à Saint-Cado. Je l’écoute et j’entends l’accent charmant de celle qui tenait la maison de la presse à Ploërmel il y a plus de vingt ans et à qui j’ai parlé avec enthousiasme du poète Gérard Le Gouic que je voulais offrir à Chantal. Et j’entends encore bien davantage dans les mots dont je ne saisis que la musique et non le sens l’accent de la mère de Chantal, à Sérent, quand elle nous servait un chocolat bien crémeux, comme on boit seulement dans les fermes laitières à l’heure où on trait les vaches.

Et la vie goûte en cette nuit d’hiver des étés bretons et la fest-noz.

Petite visite au château

hk

Et parfois, à cause d’un diaporama au courriel du jour, je me mets à voyager dans ma tête. Surtout lorsqu’il s’agit de lieux que j’ai vus. C’est le cas du château du Haut Koenigsbourg, en Alsace.

Quelques images qui défilent et je me retrouvais dans ce décor majestueux. Je me rappelais toutes ces vignes sur la route qui mènent au château, toutes ces maisons si typiques qui font le charme de l’Alsace, et surtout le château. Un château qui peut faire penser à celui du Vieux fusil, mais qui est autre chose. C’est avant tout une forteresse bien avant que d’être un château.

Mais il faut y entrer pour voir à quel point le lieu a été entretenu et a conservé de son authenticité. Mais il faut y entrer pour profiter du paysage qui s’offre du haut du Staufenberg. Mais il faut y entrer quand on aime les vieilles pierres comme je les aime. Mais il faut y entrer pour en conserver un souvenir indélébile.

Que sont devenues mes amies alsaciennes depuis? Je sais bien qu’elles se sont mariées, qu’elles ont eu des enfants, mais que sont-elle devenues hors de ces infimes détails? Liliane et ses sœurs ont-elles changé? Ou alors, la vie a-t-elle coulé sur elles tout doucement sans trop les heurter? Il y a un peu de cette amitié disparue accrochée à la falaise qui mène au château. Un jour, peut-être, sur une route ou une autre, nous nous croiserons à nouveau.

Au pays des derniers jours de Van Gogh

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Certains lieux qui nous appellent le font pour diverses raisons. Ainsi, le village d’Auvers-sur-Oise où a vécu Van Gogh, après son époque arlésienne, cet endroit qui lui a inspiré une quantité de tableaux qui ont depuis fait le tour du monde. Un lieu qui en est presque un de pèlerinage, tant tout mène à celui qui a vécu là les deux derniers mois de sa vie. Repères ici et là ne manquent pas pour bien nous indiquer là où il a vécu, là où logeait le docteur Gachet, l’église, une de ses toiles les plus connues, jusqu’au cimetière où il est enterré aux côtés de son frère, le lierre couvrant désormais les deux tombes et les unissant à jamais.

Les deux fois où je suis allée là-bas, en 1994 et en 1997, le soleil était brûlant et donnait au village cette lumière que Van Gogh, précurseur de l’expressionnisme, a su transmettre. Et les deux fois, je me suis baignée de cette atmosphère, de ces maisons qui faisaient son quotidien, de ces champs qu’il a parcourus et peints. Jusqu’à cette ultime fois, ce dernier champ, où il a choisi d’en finir avec la vie.

Un jour, un écrivain a imaginé un personnage qui voulait assister au suicide de Van Gogh. Mais celui-ci arrive trop tôt et surprend le peintre qui le questionne. Et cette rencontre imaginée par Jean Pelchat donne ce roman intitulée La survie de Vincent Van Gogh, qui dresse le portrait d’un Van Gogh qui connaîtra un autre sort que celui qu’on lui connaît. Un Van Gogh qui croisera les chemins de Cézanne, Jarry, Apollinaire et Picasso. Un Van Gogh qui s’inscrira autrement que l’on sait dans le monde de l’art. Un Van Gogh tout à fait plausible auquel l’auteur fait vivre des événements historiques vérifiables auxquels il le fait participer.

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La survie de Vincent Van Gogh est de ces romans qui nous font visiter l’Histoire sous un autre regard, quand la fiction se mêle au réel, quand le cours de l’Histoire se trouve modifié. À lire à Auvers-sur-Oise ou ailleurs. À lire si Van Gogh et la peinture vous attirent. À lire si on aime ces livres qui répondent à la question Et si

Les odeurs d’Aigues-Mortes

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Il n’y a rien comme penser à des endroits où on a eu très chaud pour contrer le froid. Je ne comprends pas comment le mécanisme du cerveau fonctionne à cet égard, mais curieusement, ça fonctionne à tous les coups. Rien que la vitre givrée dans presque sa totalité m’indique qu’il ne fait sûrement pas agréable dehors.

Alors, je rêve. Je rêve à ce jour de juillet 1981, sous un soleil de plomb. Je rêve à Aigues-Mortes, dans l’Hérault, là où le Rhône rencontre la Méditerranée. Je rêve à ce village fortifié aux maisons de pierre ocre, aux rues étroites, aux enseignes d’un autre temps. Je rêve à tout ça et il fait soudain aussi chaud qu’il faisait ce jour-là. Et des odeurs me reviennent, imprécises, des odeurs de soleil, de ça je suis certaine. Peut-être celle du pain qu’on boulangeait dans une de ces rues, peut-être celle du sel des marais voisins, peut-être celle de la garrigue qu’on ne peut décrire en mots mais qui a son odeur bien à elle. Peut-être ce mélange, au fond.

Et il ne fait plus froid. Il fait bon et je suis là-bas, tout en haut à rêver.

Le ciel gris bleu d’Utrecht

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Il y a dans le ciel de Montréal en ce dimanche quelque chose qui ressemble au ciel d’Utrecht il y a plus de vingt ans. Je ne sais si c’est dans la teinte du ciel ou dans le fait que tout soit un peu gris bleu. Mais il y a décidément dans ce ciel un élément qui me transporte des années en arrière.

Comment se prénommait le luthier, ami de Brigitte, chez qui je suis allée prendre le thé ? Hans ? Nicolas ? Pieter ? Tomas ? Je n’arrive plus à mettre un prénom sur le visage de ce barbu, dans son atelier de fortune, qui me montrait avec passion les instruments qu’il fabriquait, essentiellement des violons et des altos. Il y en avait même un, miniature, pour Brigitte, qui a traversé l’océan avec moi. Comme j’ai aimé ce bout d’après-midi dans ce miniscule espace qui sentait le bois et le vernis. Comme j’ai aimé voir dans les yeux de cet homme sa passion pour le détail, sa minutie, son goût de partager tout ça. Qu’est devenu cet homme dont j’ai oublié le prénom et dont Brigitte était amoureuse ? Est-il encore dans son atelier à rêver ou est-il ailleurs ?

Utrecht avait toujours été un nom mythique, celui des traités historiques des livres de classe. Et quasi rien d’autre. Jusqu’à ce jour où je suis allée y voir de plus près, marcher sur les bords des canaux, tandis que la vie s’agitait. Il y avait du bonheur ce jour-là à Utrecht, pas juste dans l’atelier d’un luthier, mais dans chaque rue qui portait mes pas et dans ce ciel un peu gris, un peu bleu.

Pouvoir me télétransporter place des Vosges…

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Encore en moi cette envie de partir qui ne me quitte pas. Non pas partir longtemps, parfois juste quelques heures. Me télétransporter, en fait. Souper en Belgique avec des amis, passer la soirée en Champagne, aller marcher dans Paris.

Tant de choses promises quand j’étais gamine font désormais partie du quotidien, mais pas la télétransportation, hélas. Et pourtant, c’est bien la chose qui manque à mon existence. Ainsi, je pourrais pendant quelques heures être ailleurs, au bout de monde, dans des endroits aimés ou que je rêve de découvrir. Et ce soir, comme j’aimerais être à Paris, place des Vosges, plus précisément, là où a quelque temps vécu Victor Hugo. Et ainsi, me promener dans le Marais, faire les galeries: elles y sont si nombreuses.

Oui, Paris me manque. Comme des gens ou des lieux me manquent. Mais ça fait partie des choses que je ne puis changer, avec lesquelles je dois vivre. Tout de même: vivement la télétransportation.

Le soleil de Saint-Guilhem-le-Désert

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Quand je regarde la fenêtre si givrée qu’on ne voit pas dehors, je me dis qu’il serait fort aise de rester là, au chaud, sans mettre le nez dehors. Mais comme c’est bien sûr impossible, surtout après deux jours hors du bureau, où les demandes de traduction ont dû s’accumuler, alors que je suivais une formation, j’ai choisi au hasard de mes souvenirs un moment où il faisait très chaud, bien aux antipodes de la froidure du jour.

Saint-Guilhem-le-Désert, en plein cœur de l’Hérault, au pays des garrigues, est constitué d’une place d’où partent dans toutes les directions des rues (certaines si étroites qu’au Québec on dirait des ruelles), et le plaisir est de les sillonner. De se gaver les yeux. De découvrir une nature luxuriante au milieu des pierres, dans ce pays aride et sec. Le secret de cette abondance de verdure est le ruisseau des Verdus que les habitants ont si bien apprivoisé depuis que le village s’est tranquillement bâti autour de l’abbaye fondé par Guilhem en 804.

Pour le reste, tout n’est qu’odeurs, celles du thym, du laurier, de la lavande.

Il faisait chaud ce jour de juillet où Florence m’a emmenée dans ce village qu’elle affectionne tant. Si chaud que je me retrouve réchauffée. Avec cette image paisible d’un village sur lequel le temps coule, impassible.

Un avant-midi dans la caverne aux trésors

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Et ce soir, rêver à l’été 1997, à la visite de l’ancienne Bibliothèque nationale de France, celle de la rue de Richelieu, celle de tant de films avec ses petites lampes lampes vertes sur les tables de travail et ses étages de livres datant des siècles derniers.

Et ce soir, me souvenir de cette visite guidée pour moi toute seule, puisque les deux autres ne s’étaient pas présentées. Et repenser à combien il était bon d’avoir eu accès à tout ça, alors que c’était encore possible. D’avoir pu tenir entre mes mains des livres pour lesquels ceux qui veulent les consulter doivent faire des demandes spéciales longtemps d’avance, en incluant bien les motifs de la requête. J’ai eu de la chance. Beaucoup de chance.

C’était un rêve que je caressais depuis longtemps. Et quelle chance, le vivre a été a été à la hauteur de l’attente, ce qui n’est pas toujours le cas.

Il y a des rêves qui valent mieux demeurer des rêves: cela évite bien des maux. Mais là, je ne parle plus de livres et c’est une bien autre histoire.