Il y a dans le ciel de Montréal en ce dimanche quelque chose qui ressemble au ciel d’Utrecht il y a plus de vingt ans. Je ne sais si c’est dans la teinte du ciel ou dans le fait que tout soit un peu gris bleu. Mais il y a décidément dans ce ciel un élément qui me transporte des années en arrière.
Comment se prénommait le luthier, ami de Brigitte, chez qui je suis allée prendre le thé ? Hans ? Nicolas ? Pieter ? Tomas ? Je n’arrive plus à mettre un prénom sur le visage de ce barbu, dans son atelier de fortune, qui me montrait avec passion les instruments qu’il fabriquait, essentiellement des violons et des altos. Il y en avait même un, miniature, pour Brigitte, qui a traversé l’océan avec moi. Comme j’ai aimé ce bout d’après-midi dans ce miniscule espace qui sentait le bois et le vernis. Comme j’ai aimé voir dans les yeux de cet homme sa passion pour le détail, sa minutie, son goût de partager tout ça. Qu’est devenu cet homme dont j’ai oublié le prénom et dont Brigitte était amoureuse ? Est-il encore dans son atelier à rêver ou est-il ailleurs ?
Utrecht avait toujours été un nom mythique, celui des traités historiques des livres de classe. Et quasi rien d’autre. Jusqu’à ce jour où je suis allée y voir de plus près, marcher sur les bords des canaux, tandis que la vie s’agitait. Il y avait du bonheur ce jour-là à Utrecht, pas juste dans l’atelier d’un luthier, mais dans chaque rue qui portait mes pas et dans ce ciel un peu gris, un peu bleu.
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