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Un dimanche avec Raymond Lévesque 5

CHEVAL (Michael) - 2

Au coin de la rue

La fin du monde
Est tout près de nous,
Au coin de la rue.
Dans le commerce
Qui nous divise,
Qui fausse la vie
Pa l’âpreté du gain.

Elle est aussi dans le cœur
De ceux qui ne refuseront jamais
De prendre le fusil
Ou de jeter les bombes,
Quand on leur demandera,
Sans réfléchir,
Pour diverses convictions.

La fin du monde
Est tout près de nous.
Au coin de la rue,
Dans la trahison
De ceux-là qui
Devaient enseigner
Qu’il ne faut pas tuer.

Mais qui à travers les âges
Se sont liés à la politique,
Au pouvoir, à l’argent,
Qui avaient la mission
De changer l’humanité,
Mais qui n’ont fait
Que participer au mal.

La fin du monde
Est tout près de nous,
Au coin de la rue,
Dans le silence
Des citadins
Qui ne disent rien,
Lâches ou découragés.

Qui en ont pris leur parti,
Résignés à l’apocalypse
Qui rôde autour de nous.
Mais elle est avant tout
Dans le rôle des savants
Qui ont trahi
La science et l’humanité.

La fin du monde
Est tout près de nous,
Au coin de la rue.

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile de Michael Cheval

Un dimanche avec Raymond Lévesque 4

CÉZANNE (Paul) - 7

Bozo-les-Culottes

Il flottait dans son pantalon,
De là lui venait son surnom,
Bozo-les-Culottes.
Y’avait qu’une cinquième année,
Il savait à peine compter,
Bozo-les-Culottes.
Comme il baragouinait l’anglais,
Comme gardien d’nuit il travaillait,
Bozo-les-Culottes.
Même s’il était un peu dingue,
Y’avait compris qu’y faut être bilingue,
Bozo-les-Culottes.
Un jour quelqu’un lui avait dit
Qu’on l’exploitait dans son pays,
Bozo-les-Culottes.
Que les Anglais avaient les bonnes places
Et qu’ils lui riaient en pleine face,
Bozo-les-Culottes.
Il n’a pas cherché à connaître
Le vrai fond de toute cette affaire,
Bozo-les-Culottes.
Si son élite, si son clergé,
Depuis toujours l’avaient trompé,
Bozo-les-Culottes.
Y’a volé de la dynamite
Et dans un quartier plein d’Hypocrites,
Bozo-les-Culottes!
A fait sauter un monument,
À la mémoire des conquérants,
Bozo-les-Culottes.
Tout le pays s’est réveillé
Et puis la police l’a poigné,
Bozo-les-Culottes.
On l’a vite entré en dedans,
On l’a oublié depuis ce temps,
Bozo-les-Culottes.

Mais depuis que tu t’es fâché.
Dans le pays ç’a bien changé.
Bozo-les-Culottes.
Nos politiciens à gogo
Font les braves, fond les farauds,
Bozo-les-Culottes.
Ils réclament enfin nos droits
Et puis les autres ne refusent pas,
Bozo-les-Culottes.
De peur qu’il y en ait d’autres comme toé
Qu’aient le goût de recommencer,
Bozo-les-Culottes.
Quand tu sortiras de prison,
Personne voudra savoir ton nom,
Bozo-les-Culottes.
Quand on est de la race des pionniers,
On est fait pour être oublié,
Bozo-les-Culottes.

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile de Paul Cézanne

Un dimanche avec Raymond Lévesque 3

CARDENAS (Juan)

La folle jeunesse

Pourquoi fait-on que des folies en la jeunesse?
Et pourquoi pilles les joies et les bons moments?
S’il n’est trésor, dit-on, que de vivre à son aise,
Au détour il y a la rançon du tourment.

Pourquoi fidèles et sincères à nos amours?
On désire pourtant changer à chaque jour.
Et les serments dits avec des larmes aux yeux
Sont autant de mensonges mystérieux.

La jeunesse, la jeunesse,
Mais si c’est belle saison,
La jeunesse, la jeunesse,
Serait-ce une superstition?

Pourquoi faut-il goûter à toutes les faiblesses,
Et aussi manger à tous les fruits défendus,
Et même quelquefois connaître la détresse
Pour trouver la paix de l’âme et la vertu,
Pour trouver la paix de l’âme et la vertu?

Si l’on savait aux semaines qui passent,
Combien nous pèseront toutes folles amours,
Si l’on savait combien le cœur se lasse,
Au jeu de la passion en ternit le velours,
Si l’on savait qu’il ne faut pas donner
Prise au destin, à la fatalité.

Oh, comme nous serions plus sages en la jeunesse!
Oh, comme aux joies nous serions avares et prudents!
S’il n’est trésor, dit-on, que de vivre à son aise,
Au détour il y a la rançon du tourment.

Ô jeunes gens, soyez fidèles à vos amours,
Et ne jouez pas avec les cordes du cœur,
Car elles se briseront et vous resterez lourds
À toutes joies, à toutes amours et au bonheur!

La jeunesse, la jeunesse,
Mais si c’est belle saison,
La jeunesse, la jeunesse,
Y aurait-il une rançon?

Et faudrait-il goûter à toutes les faiblesses,
Et aussi manger à tous les fruits défendus,
Et même quelquefois connaître la détresse
Pour trouver la paix de l’âme et la vertu,
Pour trouver la paix de l’âme et la vertu?

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile de Juan Cardenas

Un dimanche avec Raymond Lévesque 2

ZHILINSKY (Dmitry Dmitrevich) - 3

Il faut connaître

Il faut connaître la solitude
Pour apprécier avec plénitude
La douceur de la vie à deux.
Il faut connaître la pluie le froid
Pour apprécier pleinement la joie
D’un bon fauteuil et d’un bon feu.
Connaître la soif et la faim
Sans savoir ce que sera demain
Pour goûter un bon repas.

Il faut avoir connu la misère,
Les désespoirs qu’on connaît dans un verre,
Pour être heureux ici-bas.

Il faut avoir été dégueulasse,
S’être traîné un peu dans la crasse,
Pour un jour devenir meilleur.
Il faut avoir eu peur une fois
Pour savoir pardonner à ceux-là
Qui s’enfuient parce qu’ils ont peur.
Il faut avoir déjà demandé
Pour savoir faire la charité
Sans orgueil et sans mépris.
Il faut avoir pleuré aussi
Pour savoir consoler un ami
Et comprendre un peu la vie.

Il faut avoir connu la misère,
Les désespoirs qu’on connaît dans un verre,
Pour être heureux ici-bas.

Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

*toile de Dmitry Dmitrevich Zhilinsky

Un dimanche avec Raymond Lévesque 1

coldstream

Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Claude Léveillée, Robert Charlebois et bien d’autres n’ont plus besoin qu’on les présente. Mais Raymond Lévesque, peut-être. En effet, le poète et chansonnier n’a pas écrit que Quand les hommes vivront d’amour.

Pour cette raison, le lecteur peint par William Coldstream a choisi de lui consacrer ce dimanche et d’inviter d’autres lecteurs à partager avec vous les textes d’une dizaine de chansons qui méritent qu’on s’y attarde, en espérant que ce « programme » vous plaira. Voici la première :

Poètes inconnus

Poètes inconnus
Des petites villes perdues
Je salue en vous des cœurs humains
Qu’il fait bon croiser, sur son chemin.

Poètes inconnus
Des petites villes perdues,
J’espère que là-haut, au paradis,
Vous serez plus appréciés que dans la vie.

J’espère que vous aurez la gloire
De vos souffrances solitaires,
Que vous traduisez sans histoire
De quelques rimes salutaires.

Poètes inconnus
Des petites villes perdues,
Je salie en vous des cœurs humains
Qu’il fait bon croiser, sur son chemin.

Demain quand vous ne serez plus,
Peut-être qu’on retrouvera
Vos œuvres ignorées et perdues
Et que l’on vous découvrira.

Poètes inconnus
Des petites villes perdues
Je salue en vous des cœurs humains
Qu’il fait bon croiser, sur son chemin.

Car vous êtes les seuls amis
Des pauvres et des vagabonds,
Des gens qui n’ont pas de pays,
De famille ni de maison.

Poètes inconnus
Des petites villes perdues
Je salue en vous des cœurs humains
Qu’il fait bon croiser, sur son chemin.

J’ai goûté près de vous
Un peu de la vie,
Je m’en vais-je ne sais où,
Mais je vous remercie.

*extrait de Quand les hommes vivront d’amour : chansons et poèmes

En la nuit 4

TOZZI (Mario)

Questions

Quand les mots tombent
dans le temps et le traversent,
advient-il un accord
jamais entendu, comme une femme,
unique, soudain foudroie l’amant?

Comment ne pas les offrir à la mer
ainsi que des signes
et des pierres de mémoire?
Qui écoutera leur radiance
Ou portera leur poids d’oiseau?

Fernand Ouellette, En la nuit, la mer

*choix de la lectrice de Mario Tozzi

En la nuit 3

TRAD DABAJI (Mona) - 5

Absence

En telle absence
produite comme une toile par le temps,
ne faut-il errer par le rêve de l’arbre,
ne faut-il chercher l’ensoleillant
suspendu à la brindille;
ou encore, enroulé à la verticale,
là-bas où la sève travaille la nuit,
se préparer au parcours multiple,
à la secousse des ailes,
sous la poussée des lumières?

Fernand Ouellette, En la nuit, la mer

*choix de la lectrice de Mona Trad Dabaji

En la nuit 2

TRUEBNER (Wilhelm) - 1

Cri

Là-bas
mon seul regard assécherait la pluie,
un amour secret une aire d’oiseaux
sépareraient la terre d’avec la nuit :
on me dirait absent,
mais je serais un cri,
une résonance
d’ici.

Fernand Ouellette, En la nuit, la mer

*choix de la lectrice de Wilhelm Trübner

En la nuit 1

TROTZIG (Ellen)

Souvenirs

Immobile, pourtant
je suis si loin!
par le long cordon du voyage
qui me nourrit,
chemin de chaleur
allant du lac à la mer.
Miroitent ici les arbres en départ,
les hautes nappes de vert tendre.
Quand mon regard ainsi éveillé
se tend vers les signes,
vers la frange du Jura souabe,
le bleu de la Forêt-Noire,
la vigne d’Alsace :
les phalènes s’y brûlent.
N’ai-je été trop souvent
le convive des dieux?
L’adorant des lumières?
Tous ces souvenirs qui me portent,
enserrant un paysage,
qui m’aspirent comme un abîme
béant dans le temps!
J’étais ailleurs…

Fernand Ouellette, En la nuit, la mer

*choix de la lectrice d’Ellen Trotzig

Dérive 6

STANDLEE (Nancy)

son souffle ne peut pas
venir à mes lèvres
elle doit trouver un rythme propice
rêvasser juste assez
de l’Inde enveloppant
toutes ses craintes
avant de lui donner
sa liberté

Fredric Gary Comeau, Dérive novembre

*choix de la lectrice de Nancy Standlee