Il existe entre les gens, un certain type de silence, où les mots ne sont pas nécessaires, et qui signale non la fin mais le début d’une entente. (Jonathan Coe)
*toile de Bronislawa Rychter-Janowska
Il existe entre les gens, un certain type de silence, où les mots ne sont pas nécessaires, et qui signale non la fin mais le début d’une entente. (Jonathan Coe)
*toile de Bronislawa Rychter-Janowska
Je te vois partout, ton visage
dans l’étoile des nervures d’érable
qui brille sur l’arbre des jours.
Je te vois à travers la glace du grand lac
et tu reviens en volant d’une aile si tendre
parmi les fougères de mes carreaux.
Mais surtout je te vois vers la nuit qui s’annonce
comme elle émergeant de l’ombre des forêts :
mésange venant picorer des baies tardives
les plus douces de l’arrière-saison.
Leggelo
(dans Piqué des vers! de Colette Nys-Mazure et Christian Libens)
*choix de la lectrice de Ken Gore
Sylvie Gendron publie des nouvelles depuis 1998 dans diverses revues littéraires, notamment XYZ. La revue de la nouvelle. C’est d’ailleurs dans les pages de cette revue qui fête ces jours-ci ses trente ans que j’ai lu ses premiers textes avec un grand bonheur, tant son écriture a tout de suite su me séduire.
Lauréate du concours annuel de cette revue, tout comme notre recrue de décembre, Véronique Bossé, Sylvie Gendron aime le bref, autant dans le ton qu’en ce qui concerne la longueur des phrases ou des nouvelles. Ses textes sont donc courts, mais pas écourtés à la va-vite. En effet, malgré ce choix, la nouvellière prend le temps de présenter les personnages avec juste ce qu’il faut de détails pour que le lecteur sache immédiatement à qui il a affaire. Elle ne s’étale pas non plus quand il s’agit d’installer le décor et l’action, si bien que, sans délai, nous sommes dans le feu de l’action ou de la réflexion.
Réunies sous le titre Quelqu’un, toutes les nouvelles font référence à divers « quelqu’un », à savoir tous ces doubles et ces absents qui jalonnent nos vies, qui nous poussent à agir, qui soulèvent des questions et qui nous hantent parfois jusqu’à la folie. Ce qui nous donne une vingtaine de textes d’une densité et d’une intensité d’autant plus fortes que les nouvelles, par leur brièveté, ne laissent guère au lecteur le temps de reprendre son souffle entre deux paragraphes.
Pas de détours inutiles, pas de temps perdu, mais tout de même une écriture incisive et imagée, un talent pour les descriptions à la manière des dessinateurs qui vous inventent un personnage en trois coups de crayon, voilà en gros les forces de Quelqu’un, dont j’attendais la parution depuis longtemps tant chacune des nouvelles de Sylvie Gendron qu’il m’a été donné de lire au fil des quinze dernières années m’a convaincue de son talent.
La nouvelle est un genre difficile, malgré ce que d’aucuns affirment, y voyant là des exercices comme le sont les gammes et les arpèges pour les musiciens. Un genre littéraire à part entière. Pour le maîtriser, il faut de la rigueur et ne pas avoir peur de raccourcir et de ne pas tout dire. Rappelons, en effet, que la nouvelle n’est pas un roman court et que sa force est justement dans cette façon de raconter un épisode sans nous donner tous les détails entourant l’avant et l’après.
Sylvie Gendron l’a bien compris. Ce recueil nous le prouve et constitue un bien joli cadeau pour ses 50 ans. Lequel devient ainsi le nôtre.
Il y a parfois dans la boîte à lettres la carte qu’on attendait sans savoir qu’on l’attendait. C’est le cas de cette fenêtre fleurie envoyée de Russie par Julia.
L’amour est le lieu de rencontre de l’esprit et de la matière et le seul domaine où tous les deux puissent se manifester dans leur plus extrême liberté. (Robert Desnos)
*dessin de Jeff Rowland
j’ai habité longtemps une chambre sans fenêtre
alors j’ai creusé en moi des fenêtres à moi
et je te regardais par ci et je te regardais par là
contemplatif quoi
devinez qui on voyait dans chaque fenêtre
j’ai fini par me jeter par mes fenêtres
mais chaque fenêtre me faisait récupérer part toutes les autres
je suis resté très longtemps accroupi dans un coin de fenêtre n’importe laquelle sans regarder
j’ai fini par voir quelque chose
quelque chose d’autre
que je peux pas dire
c,est comme ça que j’en suis sorti
Jacques Crickillon
(dans Piqué des vers! de Colette Nys-Mazure et Christian Libens)
*choix de la lectrice d’Edward B. Gordon
Il était une fois une petite fille aux joues de pêche que sa mère aimait de toutes ses forces. Il était une fois une maman qui n’arrivait pas à communiquer avec sa fille malgré tous ses efforts et toutes ses tentatives. Il était une fois leur histoire.
La jeune fille à la laine raconte tout en douceur, tout en nuances, le silence dans lequel s’est réfugiée une fillette sans qu’on en sache la raison jusqu’à ce qu’un jour sa mère se mettre à tricoter et que la petite se découvre une passion pour la laine. Une passion telle qu’elle deviendra pour tous Lalène, la fillette tricoteuse, puis la jeune fille aux aiguilles, n’ayant pour seule ambition que de monter des mailles qui deviendront des trésors sous ses doigts.
La petite est-elle autiste? Souffre-t-elle d’autre chose? A-t-elle choisi le silence parce qu’elle n’a pas de père? Nous ne le saurons pas. Nous ne connaîtrons que sa passion, que son regard qui s’est éclairé, que sa voix qui a jailli du plus profond d’elle-même pour dire Lalène. Nous inventerons le reste à partir des magnifiques dessins de Kim Seung-Youn, aussi auteure de cet album polyvalent, adaptable à de nombreuses situations de non-communication entre enfants et parents, enseignants ou autres enfants.
Un album qui vous attendrira. Pour le moins.
Certaines affiches sont si belles qu’on ne peut que se réjouir de découvrir qu’elles existent en format carte postale. Christine savait que ça me ferait plaisir. Et pas qu’un peu!
Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde. (Jean d’Ormesson)
*toile de Karen Bezuidenhout
Ce poids tendre sur mon épaule,
Cet oiseau blotti dans mes doigts,
Ce toucher de branche de saule
Qui résiste et plie à la fois,
Ce tiède museau dans la neige,
Ce fardeau qui m’est un pardon,
Le baiser qui se prend au piège,
Ce confiant petit faucon,
Cette volontaire hirondelle,
C’est ta main, distraite et fidèle.
Alexis Curvers
(dans Piqué des vers! de Colette Nys-Mazure et Christian Libens)
*choix de la lectrice d’Alberto Gonzalez Alvarez
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