Choses plus patientes
que l’heure indécise
Psalmodiant en nous
leur chant de silence
Échos déchirés
d’une lettre lue
Ou berceuse tue
entre deux sommeils
François Cheng, Le long d’un amour
*choix de la lectrice de Paul van de Venne
Choses plus patientes
que l’heure indécise
Psalmodiant en nous
leur chant de silence
Échos déchirés
d’une lettre lue
Ou berceuse tue
entre deux sommeils
François Cheng, Le long d’un amour
*choix de la lectrice de Paul van de Venne
Je ne vais pas y aller par quatre chemins. J’ai eu un véritable coup de foudre pour La fille qui n’aimait pas les fins — les fins des livres. Car Maya ne termine jamais ses livres. Le marque-pages demeure là où s’est arrêtée sa lecture. Pourquoi? C’est ce que nous découvrirons à la toute fin du roman de Matt7ieu Radenac et Yaël Hassan où il est question de Maya, qui a perdu son père il y a trois ans.
Maya, même si elle arrive à le cacher la plupart du temps, n’est pas encore remise de la mort de son père (son héros) qui aimait tant les livres, comme elle les aime aussi, même si elle ne va jamais jusqu’au bout de ceux-ci. Sa rencontre avec un vieil homme qui passe beaucoup de temps à la bibliothèque va changer énormément de choses dans sa vie, autant son regard sur son propre père que le lien qui l’unit aux livres. Cette rencontre va aussi éclairer certaines zones d’ombre de sa propre vie alors qu’elle est en train de vivre de grands bouleversements, sa mère portant un enfant du nouvel homme dans sa vie et Maya découvrant en même temps Internet et l’amour.
En fait, vous aimerez tellement le personnage de Maya que vous regretterez qu’elle ne puisse s’échapper de son livre afin de devenir votre amie. Vous aimerez tellement le vieil écrivain qu’elle a rencontré que vous voudrez l’adopter lui aussi. En fait, vous aimerez tous les personnages et vous désirerez profondément qu’ils soient heureux, que tout aille bien pour eux, que pour une fois Maya se rende à la fin de sa propre histoire. Et comme ça finit bien, vous pousserez un grand soupir de soulagement.
La fille qui n’aimait pas les fins n’offre pas de l’imprévisible (ce serait plutôt le contraire) mais des moments de tendresse et de complicité. En fait, le roman propose tout simplement de changer le cours de l’histoire, de donner une seconde chance à ceux qui n’ont pas pu se dire je t’aime plus tôt et d’apporter espoir et joie aux lecteurs qui seront (tout comme moi) attendris dès les premières pages et souhaiteront qu’il n’arrive que le meilleur à ceux à qui ils se sont attachés.
C’est donc avec un grand sourire qu’on ferme le livre. Heureux. Les livres ne finissent pas tous mal. Ils peuvent même très bien finir.
Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2 
L’hiver est la saison toute désignée pour les repas chauds et réconfortants. Lesquels sont encore plus savoureux quand on n’a pas à les préparer et quand on les prend en agréable compagnie.
C’est ainsi que, récemment, pour nous réchauffer et pour papoter, Maureen, Danièle et moi nous sommes retrouvées en fin d’après-midi au Stash Café, un restaurant polonais du Vieux-Montréal où je n’avais pas mis les pieds depuis longtemps.
Tables massives, bancs d’église et éclairage feutré confèrent au lieu une atmosphère chaleureuse à cet endroit déjà si convivial dès l’entre avec son piano qui sera loin d’être muet pour le plus grand plaisir des convives venus se réchauffer et goûter une assiette composée de pierogi, placki, krokiet et bigos, comme je l’ai fait.
Vous ai-je dit que j’ai passé une excellente soirée?
Les livres sont nos meilleurs amis, ils sont tellement vexés quand nous les prêtons qu’ils ne reviennent jamais. (Sainte-Beuve)
*toile de Clara Louise Bell
À la promesse
voici que nous accédons
De par le monde
Les marées s’étaient
retirées
De par le monde
Les marées sont toutes
revenues
Nous sommes bien d’ici
égarés
retrouvés
Au centre de l’immense cercle
unis à tous les battements
Sur la crête d’une vague
Ou enfouis
jusqu’à toucher laves
Consentant
à mourir
Pour n’avoir plus
à mourir
François Cheng, Le long d’un amour
*choix de la lectrice d’Edgard Maxence
Avec Caravane, Ingrid Chabbert aborde un sujet peu représenté dans la littérature enfantine, sinon pas du tout, soit la vie d’une famille itinérante qui se déplace en caravane en fonction du travail temporaire qui est offert au père ou à la mère. Ces nombreux déplacements d’un lieu rarement agréable à un endroit qui n’offre rien de beau, des terrains vagues servant plus souvent qu’autrement de décor, ont fait de cette vie qui peut sembler instable pour qui la regarde de l’extérieur avec des yeux prêts à juger en fonction de ce que la société appelle des « normes » une vie somme toute assez stable.
Même si Léonie ne reste jamais deux mois dans une école, elle va tout de même à l’école. Même si les parents ne travaillent pas longtemps à un endroit, et même s’ils n’arrivent pas toujours à travailler tous les deux, il y en a toujours un qui travaille. Et c’est loin d’être une vie facile quand on est une petite fille qui rêve de voir la mer quand elle se lève et de se faire des amis.
Mais telle est la vie de Léonie. Une vie sans domicile fixe, mais une vie avec un toit sur la tête. Une vie où on ne sait pas de quoi demain sera fait, mais une vie où on s’aime. Beaucoup. Une vie qui ne ressemble probablement pas à la vôtre. Une vie sur laquelle vous jetez peut-être un regard sans sympathie.
Et pourtant. On ne doit pas pointer du doigt. Vous le savez. Même si vous ne le faites pas toujours. Caravane devrait contribuer à casser cette habitude. Avec des mots simples, et sans faire montre de jugement à l’égard de cette vie qu’est celle de Léonie et de ses parents, Ingrid Chabbert nous raconte une belle histoire d’amour que Soufie a illustrée avec douceur. Résultat : un bel album sur la tolérance.
Enfant, j’aimais les livres. Je les aime toujours. Et pas seulement ceux qui sont réservés aux grandes personnes. Vous qui me lisez avez sûrement constaté l’attrait particulier qu’ont sur moi les albums destinés aux plus petits, ceux écrits à l’intention des lecteurs débutants ou pour les adolescents. Ceux qui osent parler de certains sujets difficiles. Sans détour. Avec poésie. Ces livres illustrés dont je ne me lasse pas.
Je ne suis pas en mesure d’expliquer la raison de cet attrait. Je sais seulement que la littérature jeunesse m’interpelle et que si j’entre dans une librairie ou une bibliothèque, il est presque certain que je vais visiter la section réservée aux jeunes. Je n’y peux rien. C’est plus fort que moi.
Je n’essaie plus d’être l’adulte qui se terre en moi et qui sort de sa tanière quand il n’a pas le choix, quand je dois ab-so-lu-ment être raisonnable. Le reste du temps, je n’ai pas d’âge. Du moins pas celui que fournit la date de naissance inscrite à mon permis de conduire.
Est-ce grave? Peut-être. Je refuse de le savoir. Un album attend la petite fille en moi qui vit au grand jour.
*illustration de Pawel Kuczynski
La poésie, c’est le temps durant lequel un homme oublie qu’il va mourir. (Georges Perros)
*toile de Félix Armand Heullant
De quelle éternité
regard
Déjà unique instant
Quelle brise déchirant
le corps
En échos en fragrances
Trop lointaine autre rive
iris
Par éclat hors d’atteinte
François Cheng, Le long d’un amour
*choix de la lectrice de Ximena Cuadra
Les auteurs prennent souvent des chemins si directs pour parler de certaines choses difficiles à aborder qu’on croirait qu’ils n’ont jamais été jeunes, jamais été émus ou troublés par les différences. Ce n’est pas le cas d’Isabelle Carrier. Loin de là.
C’est avec finesse et poésie qu’elle a choisi de nous parler de ces enfants différents, qui manifestent leur affection sans mesure, car ils n’arrivent pas à avoir cette retenue que finissent par avoir les autres enfants. Ces enfants si attachants qu’ils touchent et marquent à a jamais tous ceux qui ont ce grand bonheur de les côtoyer. Ces enfants au chromosome en trop. Ce chromosome transposé ici en coup de casserole sur la tête, lequel aura des séquelles pour la vie.
En effet, Anatole traîne sa casserole partout avec lui. On la voit tout de suite. Elle est évidente, encombrante et indélébile. Et elle rend tout plus difficile. La moindre chose à apprivoiser. Malgré la bonne volonté d’Anatole. Malgré tout le cœur et toute l’énergie qu’il met à apprendre. Mais sa casserole se coince partout et l’empêche d’avancer, si bien que le jeune garçon est certains jours totalement découragé. Il voudrait même en arriver à ce que plus personne ne puisse le voir.
En ne faisant pas de ce sujet pourtant si délicat un drame, Isabelle Carrier réussit, avec La petite casserole d’Anatole, à attendrir en même temps que sensibiliser. Tout ça grâce à des mots simples et des images qui le sont tout autant, alors que l’auteure et illustratrice a laissé là du blanc dans ses pages et des silences dans ses mots à l’intention de tous ceux qui se pencheront sur cette histoire, qu’ils aient 5 ans ou davantage.
Un album sur les répercussions d’un chromosome en trop en même temps que sur toutes ces petites différences moins flagrantes avec lesquelles il faut vivre. À tout âge. Un superbe album.
La petite casserole d’Anatole a reçu le Prix Sorcières (catégorie Albums) en 2010.
Titre valable pour le Challenge à tous prix
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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