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Une écharde 1

maintenant le ciel
à vif
et cette hirondelle

qui à elle seule
veut faire le printemps

tu la retiens un instant
dans ta paume
pour mieux la rendre

à la patience des feuillages
où elle cache son nid

sans inquiétude

tu guettes le vert
illisible
troué de chants

tu écris
comme si la mort
n’existait pas

Louise Dupré, Une écharde sous ton ongle

*choix de la lectrice de Gabriel Schachinger

Le plus beau des cadeaux

Il est des livres qui sont tellement réussis qu’ils me donneraient presque envie de redevenir libraire pour pouvoir les suggérer à tout le monde. Tel est le cas du livre d’Amélie Callot, Le plus beau des cadeaux, où il est question d’amour, d’amour et encore d’amour.

L’auteure et illustratrice a mis tout son cœur dans cet album. En effet, dans chacune des pages où la narratrice aborde l’amour et ses effets dans une lettre adressée à Valentin, on trouve un élément devenu le temps d’une illustration un cœur (un nuage, la Lune, un éclair, un oiseau, etc.). Ce qui nous donne un album souriant. Un album qui donne envie de dire « Je t’aime ». Un album qui fait apprécier tous ces petits détails qui font battre le cœur. Un album qu’on a envie d’offrir aux grands et aux petits, et de garder près de soi pour l’ouvrir au hasard et se laisser porter par les mots et l’image du moment.

Un véritable coup de cœur.

Ce que mots vous inspirent 905

C’est celui qui se perd qui trouve les voies nouvelles. (Nils Kjaer)

*toile de Gregorio Prieto Muñoz

Tellurique 7

je parle pour garder
ouverte la parole

j’écris pour garder
ouvert le livre

je saigne pour garder
ouvert mon cœur

je pleure pour garder
ouverts mes yeux

je donne pour garder
ouvertes mes mains

je te regarde
pour me garder ouvert

Bruno Roy, Tellurique d’amour

*choix de la lectrice de Pierre Chartier

Helena Vannek

C’est au Salon du livre de Montréal en novembre dernier, à l’occasion de ma courte rencontre avec l’écrivain Armel Job que je me suis offert Helena Vannek, un roman que je lorgnais depuis longtemps. D’abord publié chez Robert Laffont en 2002, le roman, qui a reçu le le Prix Rossel des jeunes et le Prix des lycéens, a été repris en 2007 par Mijade.

Il n’est donc pas étonnant que le roman d’Armel Job soit étudié en classe dans nombre d’écoles en Belgique. Et j’ose penser que ses jeunes lecteurs doivent être aussi emballés que je l’ai été. Helena Vannek est un roman qui captive dès les premières lignes alors que nous faisons connaissance avec l’héroïne qui raconte au « je » son histoire, ou du moins une partie de celle-ci, à savoir celle qui suit le décès de sa mère et qui se termine à Anvers quelques années plus tard. Helena Vannek se déroule peu avant la Seconde guerre mondiale en Flandre et met en scène une famille où le père, marchand de chevaux (comme le grand-père de l’auteur) élève de façon très stricte ses deux filles et son jeune fils, lequel était le préféré de sa mère, trop vite emportée.

C’est Helena qui raconte, autant ses joies que ses amours et ses chagrins, tout en nous dressant un admirable portrait de l’époque, des mœurs qui lui sont propres et de ce coin de pays assez reculé où chacun a les yeux braqués sur ce que les autres font, prêt à critiquer une conduite, une phrase, ou même une robe jugée un peu trop décolletée. Nous apprenons dans la deuxième partie que ce que nous venons de lire est en fait une espèce de journal écrit à la demande de son médecin par Helena, de nombreuses années après les événements qui ont conduit au décès du jeune frère de celle-ci et à sa fuite avec celui qu’elle aime qui l’a abandonnée. Un journal qui est remis au fils d’Helena lors des funérailles de sa mère, lequel, ignorant la dépression de sa mère alors qu’il avait vingt ans, se charge de découvrir ce que cachent les zones d’ombre laissés par sa mère, celle-ci n’ayant probablement jamais pensé que son fils lirait ces pages. Ce qui va entraîner ce dernier au Québec où s’est installée sa tante qui lui révélera toute la vérité. Et quel coup de théâtre que cette vérité que sa mère n’a jamais voulu s’avouer.

Helena Vannek est un roman alerte, passionnant et émouvant. Un roman qui touche tellement les lecteurs d’Armel Job qu’il a fait dire à certains : « Helena Vannek, je la connais très bien », racontait l’auteur dans le cahier spécial paru à l’occasion du Salon du livre de Montréal. En ce qui me concerne, je dirai qu’Armel Job a créé avec le personnage d’Helena Vannek un personnage universel. Helena Vannek porte en elle les traces de nombre de femmes qui ont vu leurs rêves anéantis.

Helena Vannek : une histoire, un ton, une écriture. Une réussite.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Ce que mots vous inspirent 904

Le plus long soit-il tout chemin est le plus court pour revenir chez soi. (James Joyce)

*James Joyce peint par Jacques-Émile Blanche

Tellurique 6

Au milieu de tes lèvres
où je frémis de toi
je t’entends m’aimer

ton cœur
couleur par couleur
ton corps
odeur par odeur
tes pieds
vague par vague
ton âme
élan par élan

j’aime l’offrande de ta bouche
à la hauteur de es falaises
d’où je monte et descends

depuis ton corps de pureté
je goûte au festin d’aimer

Bruno Roy, Tellurique d’amour

*choix de la lectrice d’Henri Lebasque

Un beau texte mal servi par son éditeur

Au début, j’ai pensé au Petit prince de Saint-Exupéry. Puis à Jonathan Livingstone le goéland de Richard Bach. Et enfin, je me suis laissée emporter par L’Étoile enfant, le conte philosophique pour petits et grands signé Nicola Ciccone.

Il faut d’emblée que je vous avoue un faible pour tout ce qui rappelle le ciel : nuages, lune, arc-en-ciel, avions, étoiles. Je ne pouvais donc qu’être touchée par l’histoire de Bellatrix, une des étoiles qui forment la constellation d’Orion, qui a choisi de vivre autre chose que sa vie d’étoile pendant quelque temps.

C’est ainsi qu’elle se retrouvera sur la Terre dans la peau de Bella, pendant un peu plus de douze ans, soit environ douze jours pour qui compte en années-lumière. Assez longtemps pour y découvrir les émotions, elle qui voulait tant apprendre ce que signifie l’amour, et qui en découvrira les nuances, même si ses jours sont comptés. En effet, il n’est donné à une étoile qui choisit de vivre l’expérience que douze ans et des poussières. Pas plus.

Aucune chimiothérapie ne sauvera Bella de son destin. Elle le sait bien. Le lecteur aussi, qui a été mis dans le secret dès les premières pages. Mais la tristesse ne gagnera pas. La force et la sagesse de Bella seront bien plus fortes.

L’Étoile enfant est un beau texte. Tout simple, plein de nuances, de couleurs, de tendresse. On n’en attendait pas moins de la part de celui qui a donné à la chanson québécoise un de ses fleurons avec J’t’aime tout court.

Nicola Ciccone, qui joue avec quatre langues (italien, anglais, espagnol et français) pour créer des images et des histoires, et en faire des chansons inoubliables, est un homme de texte et de musique. Il l’a prouvé. De plus, c’est un homme qui connaît les enfants, il étudiait en psychologie de l’enfant à l’Université McGill au moment où il lançait L’opéra du mendiant il y a près de 15 ans. Il le prouve avec ce livre.

Il aurait sans doute dû prêter ses craies à un illustrateur plutôt que s’atteler lui-même à la tâche, par contre : le résultat est sans intérêt et pourrait même écarter certains lecteurs potentiels que la couverture pourrait rebuter. De plus, on se demande pourquoi l’éditeur a choisi d’extraire certaines phrases des chapitres en cours pour les rendre bien visibles. Le lecteur les aurait vues. Il n’a pas besoin qu’on lui prenne ainsi la main.

Il me reste à espérer que Nicola Ciccone propose une version lue par lui-même de son texte dans un futur proche. Pour lui redonner ce qu’il a perdu par le choix éditorial. Parce que ce texte, proche du magnifique Anna et Mister God de Fynn, doit être entendu. L’Étoile enfant est à la fois un rêve, un poème, une ode à l’amour sous toutes ses formes, une vision ouverte de la foi et un message d’espoir pour ceux qui vivent la perte d’un enfant.

Texte publié dans

Les tulipes du jour

Même en partie fanées, quand les tulipes sont photographiées avec amour, comme c’est le cas quand c’est Armando qui s’en charge, celles-ci sont magnifiques. Pas vrai?

Ce que mots vous inspirent 903

Le savant doit ordonner : on fait la science avec des faits comme une maison avec des pierres. Mais une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison. (Henri Poincarré)

*toile de Fairfield Porter