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Des tulipes sur ma route 12

Les avant-dernières des nombreuses tulipes photographiées au Jardin botanique de Montréal, un endroit paradisiaque…

Les Archives nationales du Québec

C’est à l’occasion d’une journée d’étude consacrée au premier roman et aux primo-romanciers au Québec à l’édifice Gilles-Hocquart (dont le premier bâtiment date de 1871), qui abrite les Archives nationales du Québec depuis 1999, que j’ai pris ces quelques photos. De plus, c’est dans ces lieux qu’entre 1910 et 1970 ont été formés nombre de comptables, car s’y trouvait à cette époque l’école des Hautes études commerciales (HEC). Pour des photos de l’intérieur, suivez ce lien.

Ce que mots vous inspirent 674

On n’est pas poète sans éloquence ; on n’est pas orateur sans poésie. (Joseph Roux)

*toile de Belinda Del Pesco

Poèmes chinois 2

Vers du souvenir

Je songe à sa venue
Brillante, brillante en haut des marches du jardin
Impatient, impatient de faire cesser notre séparation
Inépuisables, inépuisables, nous parlons d’amour
Nos regards s’embrassent sans pouvoir se rassasier
Je te contemple et en oublie la faim

Je songe à l’instant où elle s’assit,
Consciencieuse, devant le rideau fin.
Elle chante par trois fois
Et par trois fois pince les cordes du luth.
Son rire efface le souvenir des autres êtres.
Elle fait la mine et n’en est que plus belle.

Je songe à son sommeil
Gardant l’éveil quand tous se reposent
Elle défait la torpeur sans y être poussée
Immobile sur le coussin,
Elle attend qu’une caresse la trouve.
Effrayée par mes regards,
Elle rougit sous la lueur des chandelles.

Shen Yue
(dans Nuages immobiles)

*choix de la lectrice de Michele Tosini

Un beau titre pour des nouvelles réussies

Avec Le charme discret du café filtre, son premier recueil de nouvelles de la Québécoise Amélie Panneton (née en 1985) fait une belle entrée dans la littérature. Celui possède le charme de son titre et nous propose de faire connaissance avec chacun des personnages d’un immeuble de la rue Saint-Joseph, au cœur du centre-ville de Québec. Une idée qui n’est pas sans rappeler Escalier C d’Elvire Murail, que j’avais beaucoup aimé, mais qui n’a ni la forme ni le contenu.

En effet, il ne s’agit pas ici d’une communauté, ni d’un roman, mais bien d’une suite d’épisodes présentées sous la forme de nouvelles, de longueur variée, tout autant que de ton, de langue et de point de vue, ce qui donne à cette fresque quelque chose d’attachant qu’elle a su saisir et mettre de l’avant.

« Elle écrirait que les jours, tous les jours, elle égrène ses petites ambitions au-dessus des fissures du trottoir et qu’elle les oublie », écrit Amélie Panneton à propos d’un des personnages. Mais elle aurait pu l’écrire à propose de chacun d’entre eux car il y a chez tous, qu’ils soient jeunes ou pas, qu’ils soient seuls ou vivent à deux ou à plusieurs, qu’ils travaillent ou non, quelque chose de non résolu, de rêves tus, d’espoir malmené.

L’auteure sait regarder. C’est là une qualité essentielle pour qui veut écrire. Cela nous donne un recueil qui porte sur l’être humain et tout ce qui le tisse et parfois le brise. Un recueil sur la vie. Sur ces petits riens du quotidien. Comme le charme discret du café filtre.

Un recueil qui est une totale réussite et que je conseille même à ceux qui ne lisent habituellement pas de nouvelles. Le charme discret du café filtre risque de leur faire aimer la nouvelle.

Des tulipes sur ma route 11

Encore quelques images glanées au Jardin botanique de Montréal.

En sortant de chez moi…

M’attendaient, en sortant de chez moi, des cœurs saignants de Marie dont c’est la première floraison. Et sur un bout de terrain que personne n’entretient… Faudra que je pense à en semer chez maman. Ça lui rappellera son enfance.

Ce que mots vous inspirent 673

Toute relation est illusoire, mais on ne peut se passer d’autrui. Le monde extérieur vous donne continuellement l’occasion de vous voir et de vous observer, donc une chance de vous transformer. (Swami Prajñanpada)

*toile d’Ulrike Hahn

Poèmes chinois 1

La lectrice du peintre Nicolaas van der Waay n’a pas jeté un regard à la pile de recueils sur la table. Sans hésitation, elle s’est dirigée vers les rayons. Elle savait exactement quel livre elle voulait ouvrir, lequel elle voulait partager avec les lectrices du soir. Elle s’est donc installée en compagnie de Nuages immobiles et a laissé le livre ouvert sur ces vers du poète Yang Fang :

L’union amoureuse

L’amant détourne à lui la pointe de l’aiguille de fer
Le verre en fusion rassemble le feu et la fumée
L’aigu et le grave tonnent à l’unisson des accords parfaits
Et les cœurs voisins s’attirent toujours à l’intime
Mon amour me lie à toi comme l’ombre au corps
Nous dormons côte à côte sous des draps de trame fine
Dont la soie généreuse provient de cocons jumeaux
Aux heures chaudes, nos éventails sont deux ailes qui se touchent
Aux heures froides, nos épaules s’embrassent sur la natte feutrée
Tu ris soudain et me voilà hilare
Tu t’affliges alors et ma joie s’évanouit
Allant, je joins mes as aux tiens
Partant, nous partageons la poussière du chemin
Inséparables, comme les lions des portes célestes
Je ne recherche que ta présence
Et je ne crains que ta distance
Unissons nos corps en une seule forme
Partageons nos vies dans une chambre commune
Et dans la mort, scellons nos os sous un seul tombeau.
Le poète qui sut dire l’amour au plus vrai;
Le nôtre surpasse encore les mots.

Un long titre pour un constat impitoyable

C’est par une nouvelle publiée en 2002 dans XYZ.La revue de la nouvelle, alors que j’étais adjointe au directeur du seul périodique culturel québécois consacré à ce genre littéraire, que j’ai découvert la plume alerte et vive de Martine Delvaux.

Je me promettais de la lire à nouveau en dehors de ses nouvelles parues en revue. Mais il y a tant à lire et si peu de temps. Si bien que j’ai chaque fois reporté la chose. Sans savoir ce que je manquais. Car je viens de terminer son superbe roman au titre peut-être un peu long, lequel risque d’être déformé pour cette raison, Les cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage, phrase tirée d’une des dernières pages de ce roman sur la passion et sur l’après-passion, quand les yeux voient clair.

Car c’est de cela qu’il s’agit. D’une analyse de la situation. D’un constat sans maquillage. De tout ce qu’il est possible de dire après et pas durant. Parce qu’on est obnubilé. Parce qu’on ne peut imaginer que notre belle histoire va finir par se casser la gueule même si elle en donne déjà tous les signes. Parce que maintenant que tout est (presque) fini, qu’il ne faut pas retomber dans les mêmes pièges.

« Tu as porté mon amour comme un vêtement préféré, élimé à force d’être lavé, comme un chemisier tout neuf qui émerveille par sa coupe, son motif, sa matière, et qui bientôt pâlit, s’effiloche, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus être récupéré et qu’on regrette le fait de l’avoir préservé », écrit la narratrice en s’adressant à celui qui est parti, lequel lui avait demandé qu’elle n’écrive jamais sur lui, sur eux.

Mais elle ne peut pas faire autrement. Il faut qu’elle reprenne pied. Qu’elle fasse le ménage dans cette vie qui a été si intimement mêlée à celle d’un autre qu’elle en a oublié qu’elle pouvait vivre hors de lui. D’ailleurs, écrit-elle encore, « Je ne sais pas si j’ai vécu cet amour pour pouvoir l’écrire, ou si je l’écris pour qu’il finisse par exister. »

Cela donne un roman vibrant. Un roman aux longues énumérations, à l’auto-examen sans concession, au retour sur les lieux, aux scènes qu’on revit une dernière fois avant de les jeter aux oubliettes en espérant qu’elles ne viennent pas nous hanter, aux objets qu’il faut ranger ou jeter pour éviter que nous nous attendrissions sur eux, et à l’effroyable vérité : passion et amour ne riment pas. Et pire encore : la passion peut provoquer un tel aveuglement que l’objet de notre passion peut aussi devenir un harceleur. Constat impitoyable sur la passion, le roman de Martine Delvaux est un roman bouleversant. Pour un autre regard, je vous invite à lire ce qu’en pense Lucie.