Aucun pessimiste n’a jamais découvert le secret des étoiles, navigué jusqu’à des terres inconnues, ou ouvert un nouveau chemin pour l’esprit humain. (Helen Keller)
*toile de Domenico Zampieri
Aucun pessimiste n’a jamais découvert le secret des étoiles, navigué jusqu’à des terres inconnues, ou ouvert un nouveau chemin pour l’esprit humain. (Helen Keller)
*toile de Domenico Zampieri
Rien n’est plus beau
qu’un amour qui ne soit pas immortel
qui a la souple respiration du voilier
endormant la vague
prodige oui mais qui se sait tributaire
d’un vent si incertain
qu’il voudrait d’un seul déploiement de son erre
boire toute une nuit d’étoiles et de lune pleine
un amour comme une joie d’enfance
grandie de sa fin trop proche
ce qui se tient timide
au faîte de l’instant
nid d’hirondelle
dans le noir
ah ce n’est pas cela un amour de légende
qui se targue des mélancolies
et geint à genoux sous la couronne des roses
toi mon aimée demeure princière en ton rire
chaque matin devant ta mort et ma mort
sois libre et fière et ferme
car il suffit de la caresse d’un rire
pour que tout en nous se recompose
et que soit le monde uniment
sous nos mains le passage et la durée
la nudité d’une âme dans la douceur du corps
nous mourrons mon amour sans rien perdre
si nous séjournons visages étonnées
dans l’instant qui nous prolonge
et fait de nos gestes les plus simples
— baiser murmure épaule lente —
un feu dormant
demeurons mon aimée
fût-ce au cœur d’un sanglot silencieux
une joie ouverte
sommet de l’éclair
rire et bonté persistants
dans la disparition
Jean-Pierre Siméon
(dans Les poètes de la Méditerranée)
*choix de la lectrice d’Erin McGee Ferrell
Denise Boucher, dont la réputation n’est plus à faire depuis Les fées ont soif, ne s’était jamais adonnée au roman, privilégiant la poésie et la correspondance depuis sa grande entrée dans le monde de la dramaturgie. Elle signe donc son premier roman, à presque 80 ans.
Et tout un roman! Drôle, attendrissant, pas du tout politiquement correct, dans lequel la narratrice découvre, en rentrant d’Italie, que son appartement sous-loué en son absence est dans un tel état qu’elle se met à pleurer, en réalisant que la vieillesse vient de s’immiscer dans sa vie alors qu’elle n’avait jamais pensé à elle, et surtout pas à la préparer, car vivre est plus excitant que vieillir. N’importe quel professeur de taï chi vous le dira. Le sien, aussi.
La narratrice doit donc faire face à cette nouvelle donne imprévue. Elle marche moins vite, mais bon cela peut encore aller. Elle a des tonnes de bobos, des nouveaux en plus des anciens. Et puis? Cela ne doit pas l’empêcher de vivre dans la démesure, les projets et les rêves. Car l’adolescente qui sommeille en elle n’a jamais accepté de quitter son corps.
C’est donc pour contrer cet âge qu’elle rejette s‘il est synonyme de s’asseoir sur une chaise et attendre la mort que la narratrice imaginée par Denise Boucher s’ébroue et court en tous sens, écoutant l’une, aidant l’autre, tout en ne perdant pas de vue qu’elle doit aussi penser à elle-même de temps en temps. Pas question donc de bouder la cigarette : elle ne l’a pas tuée encore.
Et puis, pas question de se bercer non plus. Elle laisse ça aux autres. Ce qui donne un roman que d’aucuns taxeront de démesuré parce qu’ils ne veulent surtout pas savoir que vieillir ne signifie pas mourir. Parce qu’ils préfèrent imaginer que les vieux s’offrent de plus un joint de temps en temps et qu’il reste encore des rêves à leurs souliers. Au fond, cela les rassure de les mettre tous dans le même panier.
Mais Adèle n’a pas l’intention de joindre les rangs des vieux. Cinquante lettres adressées à sa sœur vous prouveront que Denise Boucher possède encore cette plume alerte et ce regard vif qu’elle a toujours eus. En fait, le livre fermé, il ne reste en tête qu’une seule question. Pourquoi a-t-elle attendu aussi longtemps pour écrire de la fiction?
Titre pour le Défi Premier Roman 
Croquées au Jardin botanique de Montréal où elles étaient plus que nombreuses, tant et si bien que ce sont là les premières d’une série…
Seul celui qui ne vit pas dans le temps mais dans le présent est heureux. (Ludwig Wittgenstein)
*toile de Vicente Romero
Nulle part
quelqu’un n’a pas posé sa main sur ma nuque
aussi le manque n’a-t-il pas de visage
il est là simplement comme un toucher froid
un rappel de la parfaite solitude
Bernard Noël
(dans Les poètes de la Méditerranée)
*choix de la lectrice de Dan McCaw
On se demande dès les premières pages quelles raisons a poussé l’éditeur à écrire roman plutôt que récits sur la couverture. Serait-ce parce que le mot roman est plus attirant pour un lecteur potentiel? Et pourtant, le mot récits pour désigner L’épingle à chapeau, la première publication de Michèle Constantineau, me semble plus appropriée et n’enlève rien à ce fort joli livre qui fera sourire les lecteurs qui voudront bien partager certains épisodes vécus par Simone au cours de sa longue vie.
Si la plume est habile, la construction l’est beaucoup moins. Ce n’est pas parce qu’on ne veut pas (volontairement?) écrire une histoire de façon chronologique qu’il faille pour cela nous donner à lire deux ou trois fois un même détail sur certains personnages. Quand l’auteur fait court, le lecteur n’a pas le temps d’oublier ce qu’il a déjà lu plus tôt. Et ces répétitions assez nombreuses peuvent être agaçantes, voire très agaçantes, même si Michèle Constantineau a un véritable talent de conteuse et qu’il se déploie ici avec sensibilité et sens des images.
Je demeure donc hésitante à affirmer qu’il s’agit là d’un très bon livre, malgré l’enthousiasme évident de certains critiques. Je ne peux en dire autant. Et pourtant, dès les premières pages, j’ai véritablement été conquise par certaines scènes, par le regard allumé d’une petite fille sur les choses de la vie. C’est plus loin que cela s’est gâté, au fil des répétitions, alors que Simone a pris moins de place au profit d’autres personnages beaucoup moins intéressants qu’elle.
« De grande amoureuse, elle était devenue grande démêleuse, se nouant le cœur à dénouer le fil de laine qu’elle n’arrivait plus à tricoter », écrit l’auteure pour décrire ce qu’est devenue la vie de Simone avec l’âge et le poids des années, alors que ses yeux brillants et pétillants de petite fille (presque) sage se sont éteints.
L’épingle à chapeau se veut donc une jolie suite de récits qui met en scène une époque qui n’est plus avec des images qui rappelleront à ceux qui l’ont vécue les leurs, qui ne sont peut-être pas si différentes de celles qu’on trouve ici et qui, j’en suis certaine, les feront sourire.
Titre pour le Défi Premier Roman 
Pour prolonger notre visite au château de Groot-Bijgaarden (Grand-Bigard) qu’Adrienne a partagée avec nous il y a quelques jours, voici d’autres photos qu’elle a prises de cet endroit idyllique. Ça fait rêver, non?
© Lali 2025 – Tous droits réservés.
Fait avec amour (❤️) par WHC
Commentaires récents