Lorsque me vient la peur de pouvoir cesser d’être
Avant que ma plume ait glané mon futile cerveau,
Avant qu’en haute pile les livres, imprimés,
Enserrent, greniers pleins, la récolte bien mûre;
Lorsque sur la face étoilée de la nuit j’aperçois
Les immenses symboles nuageux d’une grande épopée,
Et pense que peut-être je ne vivrai pas assez
Pour en tracer les ombres de la main magique du hasard;
Et puis lorsque je sens, belle créature d’une heure,
Que sur toi mon regard ne se posera plus jamais,
Que jamais plus je ne goûterai au pouvoir féérique
De l’amour sans souci; alors sur le rivage
Du vaste monde, seul je demeure et songe
Le temps qu’Amour et Gloire s’abîment au néant.
John Keats, Seul dans la splendeur
*choix de la lectrice de Charles-Henry Tenré





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