Vivre pleinement, à l’extérieur comme à l’intérieur, ne pas ignorer la réalité extérieure pour le bien de notre vie intérieure ou l’inverse, voilà toute une tâche. (Etty Hillesum)
*dessin de Bronislaw Zaleski
Vivre pleinement, à l’extérieur comme à l’intérieur, ne pas ignorer la réalité extérieure pour le bien de notre vie intérieure ou l’inverse, voilà toute une tâche. (Etty Hillesum)
*dessin de Bronislaw Zaleski
Ce n’est pas un voyage.
Plusieurs fois je suis partie
entraînant avec moi des segments
de récits.
Une armée de voix livrées
sur la scène.
Comme à l’intérieur d’un puits.
N’emporte rien avec toi.
Le mot le plus pauvre attend ton retour.
Mort plusieurs fois,
et revenu à la vie.
Une pauvre lueur.
Sans parler d’éternité.
Élise Turcotte, Piano mélancolique
*choix de la lectrice du peintre alsacien Marie-Augustin Zwiller
J’aurais fait le tour de son atelier, examiné chaque toile, en cours ou terminée. Peut-être m’aurait-il parlé de sa Roumanie natale, des dessins qu’il faisait enfant dans le camp où il a été emprisonné, de ceux qu’il a croisés, Balthus, Henri-Cartier-Bresson, André Breton. Mondrian dont il a été l’élève. Beckett dont il a illustré des textes, lequel écrivait en 1984 à propos de son fidèle ami : « Je n’ai cessé d’admirer, tout au long de son développement, l’acuité de sa vision, la sûreté de sa touche, son appréhension sans faille de l’art du passé et de l’hypothèque qui grève son avenir. »
Puis je serais entrée dans sa bibliothèque. J’aurais examiné la plupart des livres. Peut-être y aurais-je trouvé certains de ceux que je possède déjà. Probablement aurais-je noté des titres. Et le vieux peintre qui s’est éteint en avril 2010 aurait souri. Quelque chose me dit qu’Avigdor Arikha aimait autant les livres que peindre.
Du livre de contes elles ont surgi. Princesses venues de châteaux lointains et poupées aux parures de rêve. Comme il n’y en a que dans les livres pour les petites filles.
Et du bout des yeux, elle les a touchées. Les tissus étaient si doux, les cheveux comme de la soie, les visages si bien peints. Et toutes, princesses et poupées, belles dames endimanchées de toutes les époques, elles dansaient sur une valse de Strauss émanant des pages du livre.
La libraire avait raison : c’était bel et bien un live animé. Mais cette dernière ne pouvait imaginer jusqu’à quel point il l’était. Elle ne connaissait pas Maude ni son talent pour la mise en scène.
C’est alors que celle-ci a dit : Quand je serai grande, je serai une princesse ou une belle dame comme dans les livres.
Je crois que j’ai souri. Mes lèvres s’en souviennent.
*toile de Bob Byerley
Si la lectrice peinte par James Tissot aime comme moi lire des nouvelles, je suis certaine qu’elle sera ravie de découvrir ce site!
Le savoir est le dictionnaire des sciences; mais le bon sens est leur grammaire. (Laurence Sterne)
*toile de Fuco Ueda
Vois.
Je remets le rouge que tu aimes.
Moment toujours drapé dans le satin.
Tu imagines une machine à soupirs.
Mon penchant pour le deuil me sépare
du monde.
Dis-tu.
Au contraire, je touche
à la lisière dorée de la vie.
Machine à regards. Visions
enluminées sur toile rude.
Voici les mots qui reviennent :
je meurs à toi.
Sur cette terre de nuit.
Ni poussière, ni
passé.
Un éclat de la joie.
Élise Turcotte, Piano mélancolique
*choix de la lectrice d’Arcadiy Pavlyuk
D’Isabel Fraga, j’avais lu un roman, Les jeux sont-ils faits?, dont je vous avais entretenu ici avec enthousiasme et un recueil de nouvelles, Le sourire de Leonor, qui m’avait beaucoup plu, comme je vous l’écrivais dans un autre billet.
La barre était donc haute pour cette écrivaine et traductrice portugaise, mais pas trop haute pour elle puisqu’elle a réussi à me séduire une fois de plus par son écriture simple, efficace et imagée, dans un court roman mettant en scène des personnages de deux époques différentes, lesquels alternent d’un chapitre à l’autre. En effet, près de 80 ans séparent Laura Dias et la famille de Rodrigo, qui a élu domicile dans la maison qu’elle habitait à l’époque.
Or, le spectre de Laura traîne-t-il vraiment dans cette maison? Ce lieu où Rodrigo, son amant, l’avait installée, où elle dessinait naïvement des mauves et d’où elle sortait très peu, et si elle le faisait, plus jamais avec lui à partir de la minute où elle y vécut. Cette maison qui était à sa manière une prison, d’autant plus qu’un lourd secret la reliait à celle-ci. Cette maison qui n’était pas qu’une cellule pour elle mais qui l’est aussi pour une partie de ceux qui y vivront et qui finiront par la déserter.
Le fantôme se Laura Dias s’est-il emparé de la maison où elle a vécu? Seul celui qui ne la quittera jamais pourra peut-être vous répondre.
Elle sculpte le papier. Elle dessine. Pour tout découvrir de l’univers de Chloé Remiat en plus des deux lectrices que voici, il faut aller chez elle, ce que je vous invite à faire. Pour un peu de magie.
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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