Sur mon visage, un peu d’écume
Je songe aux ciels marins, à leurs couchants si doux,
À l’écumante horreur d’une mer démontée,
Au pêcheur dans sa barque, aux crabes dans leurs trous,
À Néère aux yeux bleus, à Glaucus, à Protée.
Je songe au vagabond supputant son chemin,
Au vieillard sur le seuil de la cabane ancienne
Au bûcheron courbé, sa cognée à la main,
À la ville, à ses bruits, à mon âme, à sa peine.
Quand je viendrai m’asseoir dans le vent, dans la nuit,
Au bout du rocher solitaire,
Que je n’entendrai plus, en t’écoutant, le bruit
Que fait mon cœur sur cette terre,
Ne te contente pas, Océan, de jeter
Sur mon visage un peu d’écume :
D’un coup de lame alors il te faut m’emporter
Pour dormir dans ton amertume.
Jean Moréas, Cent poèmes de la mer
*choix de la lectrice de Donald Macdonald






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