
Si j’étais à ta place… Moi, à ta place, je… Mais justement, ils n’étaient pas à sa place et ils ne le seraient jamais. Et ça l’agaçait qu’ils veuillent toujours se glisser dans sa peau pour lui dicter ce qu’il devrait faire, qui serait, toujours selon eux, un bien meilleur choix que la décision qu’il avait prise. Oui, ça l’agaçait. Prodigieusement.
Non, il n’avait pas envie de repeindre la cuisine. Ni de changer le rideau de la douche. Pas plus n’avait-il le goût d’aller courir tous les matins ou de manger à heure fixe.
Est-ce qu’il se mettait à leur place, lui? Est-ce qu’il leur disait qu’il avait vu une toile d’araignée au plafond de leur salon et qu’ils devraient s’en occuper? Non, du tout. Il avait causé avec l’araignée et avait suggéré à celle-ci de se trouver une maison où elle ne risquerait pas à tout moment de se voir écrasée par la foudre d’un balai. Est-ce qu’il leur avait dit que leur chien était tellement bête que le plus idiot des chiens les plus bêtes n’était pas aussi idiot que lui? Pas plus. Il n’était pas à leur place, il ne le serait jamais, et donc, en toute logique, il n’aurait jamais à supporter l’animal au quotidien.
Et surtout, il se disait que jamais il ne voudrait être à leur place ni même imaginer une seconde qu’il pourrait l’être.
Et il ouvrait un livre. Les personnages des livres ne venaient jamais l’enquiquiner, eux.
*sur une toile de Menachem Shemi
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