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Miaou 15

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Lettre à Mlle Olga Lagrené

Mon chat aurait mis la patte à la plume, s’il n’était pas si paresseux, pour vous remercier de l’offre tout aimable que vous voulez bien lui faire. Il me charge de vous présenter ses très humbles hommages et de vous dire qu’il accepte avec empressement. Il craint seulement que la gravité de son caractère, fort en rapport avec la couleur de sa robe, ne vous ennuie bientôt. De méchantes langues lui ont parlé de vos coquetteries et de votre besoin de mouvement. On lui a dit que vous vouliez plaire à tout le monde et que vous n’y réussissiez que trop bien, sur quoi, lui qui est une personne sérieuse pesant 15 kg et compagnon ordinaire d’une tortue, craint que vous le dérangiez de ses habitudes méditatives qui lui ont attiré une grande considération dans toutes les gouttières de la rue de Lille. Il offre à sa dame de compagnie la queue de toutes les asperges qu’il prendra comme appointements, mais il exige qu’elle lui prête ses genoux sans bouger pendant deux heures quand il a envie de dormir. Je crains bien que le marché ne se puisse faire à ces conditions, car je lui ai dit que ne je vous avais jamais vue deux minutes immobile. Sur quoi il a hérissé sa moustache et est allé se coucher sur le coton où loge son amie la tortue.

(Prosper Mérimée)

*illustration de Victoria Webster

Miaou 14

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Les esclaves

Au commencement, Dieu créa le chat à son image. Et bien entendu, il trouva que c’était bien. Et c’était bien, d’ailleurs. Mais le chat était paresseux. Il ne voulait rien faire. Alors, plus tard, après quelques millénaires, Dieu créa l’homme.

Uniquement dans le but de servir le chat, de lui servir d’esclave jusqu’à la fin des temps. Au chat, il avait donné l’indolence et la lucidité; à l’homme, il donna la névrose, le don du bricolage et la passion du travail. L’homme s’en donna à cœur joie. Au cours des siècles, il édifia toute une civilisation basée sur l’invention, la production et la consommation intensive. Civilisation qui n’avait en réalité qu’un seul but secret : offrir au chat le confort, le gîte et le couvert.

C’est dire que l’homme inventa des millions d’objets inutiles, généralement absurdes, tout cela pour produire parallèlement les quelques objets indispensables au bien-être du chat : le radiateur, le coussin, le bol, le plat à sciure, le pêcheur breton, le tapis, la moquette, le panier d’osier, et peut-être aussi la radio puisque les chats aiment la musique. Mais, de tout cela, les hommes ne savent rien. A leurs souhaits. Bénis soient-ils. Et ils croient l’être. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes des chats.

(Jacques Sternberg)

*toile d’Ann Tolson

Miaou 13

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Elle s’était éveillée avant lui. Elle l’avait regardé puis elle avait refermé les yeux pour mieux sentir son ventre chaud contre le sien. Elle avait respiré son odeur, juste au-dessous du cou, et s’était répété, comme tous les matins depuis leur rencontre, que ces moments de sérénité s’accordaient avec l’espoir et la naïveté de l’aube.

Delphine restait allongée sans bouger, refusant de tirer Edward de son sommeil, profitant de son inconscience pour l’observer, pour se repaître de sa beauté, s’en délecter. Comme elle aimait l’interminable ligne qui fermait ses yeux, brodée de cils blonds aussi fins que les akènes des pissenlits fanés quand ils s’envolent dans les champs, comme elle aimait cette ligne qui cachait l’insondable mystère des grands yeux céladon; elle la reposait de la douce exaspération que cette énigme, précisément, entretenait chez elle. Quand Edward plongeait son regard dans le sien, Delphine y voyait des sphinx souriants, désireux, et certains même pressés de lui poser leur question.

(Chrystine Brouillet, Les neufs vies d’Edward)

*illustration d’Oliv Sullivan

La suggestion du 30 août 2009

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La lectrice de l’artiste canadien Ron Hedrick aimerait-elle, tout comme moi, la Bretagne? Si c’est le cas, elle doit absolument aller jeter un œil là-bas!

Miaou 12

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Le chat qui ne ressemble à rien

Le chat qui ne ressemble à rien
Aujourd’hui ne va pas très bien.

Il va visiter le docteur
Qui lui ausculte le cœur.

Votre cœur ne va pas bien
Il ne ressemble à rien.

Il n’a pas son pareil
De Paris à Créteil.

Il va visiter sa demoiselle
Qui lui regarde la cervelle.
Votre cervelle ne va pas bien
Elle ne ressemble à rien,
Elle n’a pas son contraire
A la surface de la terre.

Voila pourquoi le chat qui ne ressemble à rien
Est triste aujourd’hui et ne va pas bien.

(Robert Desnos)

*toile de Natasha Sazonova

Miaou 11

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Le chat

Je souhaite dans ma maison :
Une femme ayant sa raison,
Un chat passant parmi les livres,
Des amis en toute saison
Sans lesquels je ne peux pas vivre.

(Guillaume Apollinaire)

*toile de Maria Reis

Miaou 10

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C’est la mère Michel

C’est la mère Michel qui a perdu son chat,
Qui crie par la fenêtre à qui le lui rendra.
C’est le père Lustucru qui lui a répondu :
Allez, la mère Michel, votre chat n’est pas perdu!

Refrain :
Sur l’air du tralalala (bis),
Sur l’air du tradéridéra,
Et tralala.

C’est la mère Michel qui lui a répondu :
-Mon chat n’est pas perdu? Vous l’avez donc trouvé?
Et le compère Lustucru qui lui a répondu :
-Donnez une récompense, il vous sera rendu.

(Refrain)

Et la mère Michel lui dit : C’est décidé,
Si vous rendez mon chat, vous aurez un baiser.
Le compère Lustucru, qui n’en n’a pas voulu,
Lui dit : Pour un lapin, votre chat est vendu!

*toile d’Alain Ponçon

Miaou 9

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Le petit chat

C’est un petit chat noir effronté comme un page,
Je le laisse jouer sur ma table souvent.
Quelquefois il s’assied sans faire de tapage,
On dirait un joli presse-papier vivant.

Rien en lui, pas un poil de son velours ne bouge;
Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces minets tirant leur langue de drap rouge,
Qu’on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.

Quand il s’amuse, il est extrêmement comique,
Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.
Souvent je m’accroupis pour suivre sa mimique
Quand on met devant lui la soucoupe de lait.

Tout d’abord de son nez délicat il le flaire,
la frôle, puis, à coups de langue très petits,
Il le happe; et dès lors il est à son affaire
Et l’on entend, pendant qu’il boit, un clapotis.

Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,
Et ne relève enfin son joli museau plat
Que lorsqu’il a passé sa langue rêche et rose
Partout, bien proprement débarbouillé le plat.

Alors il se pourlèche un moment les moustaches,
Avec l’air étonné d’avoir déjà fini.
Et comme il s’aperçoit qu’il s’est fait quelques taches,
Il se lisse à nouveau, lustre son poil terni.

Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates;
Il les ferme à demi, parfois, en reniflant,
Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,
Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.

(Edmond Rostand)

*toile d’Emily Mary Osmond

En vos mots 125

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La lectrice de l’artiste Rafael Llimona Benet ne sait pas que vous la regardez. Ne sait pas non plus que vous la raconterez en vos mots. Elle ne sait rien de tout cela, elle est plongée dans son livre, s’imaginant seule.

Et pendant une semaine, elle sera là. Le temps pour vous d’écrire. Des vers ou une histoire. Peut-être même une seule phrase. Des mots que nous lirons dans sept jours et pas avant, puisque telle est la formule d’En vos mots.

Bon dimanche et bonne semaine à tous en compagnie de la lectrice de la semaine.

Miaou 8

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Dans le passé, il y avait plus de futur que maintenant.
(selon le chat de Philippe Geluck)

*toile de Victor Marais-Milton