Lettre à Mlle Olga Lagrené
Mon chat aurait mis la patte à la plume, s’il n’était pas si paresseux, pour vous remercier de l’offre tout aimable que vous voulez bien lui faire. Il me charge de vous présenter ses très humbles hommages et de vous dire qu’il accepte avec empressement. Il craint seulement que la gravité de son caractère, fort en rapport avec la couleur de sa robe, ne vous ennuie bientôt. De méchantes langues lui ont parlé de vos coquetteries et de votre besoin de mouvement. On lui a dit que vous vouliez plaire à tout le monde et que vous n’y réussissiez que trop bien, sur quoi, lui qui est une personne sérieuse pesant 15 kg et compagnon ordinaire d’une tortue, craint que vous le dérangiez de ses habitudes méditatives qui lui ont attiré une grande considération dans toutes les gouttières de la rue de Lille. Il offre à sa dame de compagnie la queue de toutes les asperges qu’il prendra comme appointements, mais il exige qu’elle lui prête ses genoux sans bouger pendant deux heures quand il a envie de dormir. Je crains bien que le marché ne se puisse faire à ces conditions, car je lui ai dit que ne je vous avais jamais vue deux minutes immobile. Sur quoi il a hérissé sa moustache et est allé se coucher sur le coton où loge son amie la tortue.
(Prosper Mérimée)
*illustration de Victoria Webster










Commentaires récents