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Une lectrice songeuse

ericarmusik

La lectrice d’Eric Armusik vient-elle de terminer la lecture de la brique posée sur ses genoux ou va-t-elle dans l’instant l’entamer ? Dans l’un ou l’autre cas, que ce soit la perspective de s’attaquer au livre qu’elle a elle-même choisi ou qui lui a été offert, ou le fait d’en avoir lu la dernière ligne, elle est songeuse.

Je me plais à imaginer les deux situations en ajoutant une inconnue de plus à l’équation. Et si ce livre lui avait un lien avec l’homme qu’elle aime ou a aimé ? Et s’il le lui avait offert, prêté ou en avait suggéré la lecture et qu’elle soit là, devant le livre, à se demander pourquoi?

Combien de fois suis-je moi aussi restée là, le roman sur les genoux, sa lecture terminée, la dernière phrase en tête ? Combien de fois aussi ai-je caressé longuement le livre avant de me laisser gagner par la tentation des mots ? Presque chaque fois, je crois, car cela fait partie d’un rituel dont je ne me passerais pas.

Le sel de Guérande

poismange-tout

De tous les légumes verts, ce sont les pois mange-tout que je préfère. C’est chaque fois la fête quand j’en fais et ceux du jour sont exceptionnels. Merci à la voisine de maman par qui ils sont arrivés jusqu’à moi: je me suis délectée. D’autant plus que moi qui sale très peu, voire quasi jamais, ai sorti de l’armoire un sel qui a réveillé en moi plein de souvenirs. Car il est un luxe que je me permets, puisque je l’utilise avec parcimonie: du sel des marais salants de Guérande. Il n’est peut-être pas meilleur que les autres, mais il a pour moi le goût particulier des souvenirs et des émotions.

guerande

Car, en 1981, j’ai eu cette chance d’aller sur place, de voir les marais salants de près. Qui ne les a jamais vus ne peut imaginer une telle splendeur. Ceux-ci façonnés par les mains de l’homme depuis un millénaire sans porter ombrage à la faune de la région, puisque les oiseaux y sont nombreux, certains sont issus d’espèces rares.

Et de tous les métiers qui ont évolué au fil des ans avec la mécanisation, celui de paludier est sûrement un des derniers à en être demeuré un presque exlusivement manuel. Ce qui, étrangement, donne un sens et une majesté aux marais salants.
Et un autre goût à mes pois mange-tout.

Je ne serai jamais une magasineuse

shopping

Je ne dois pas être une vraie femme. Car de tout temps, je n’ai jamais aimé le magasinage, même adolescente, alors que mes amies et ma sœur pouvaient passer des après-midis dans les centres commerciaux à essayer des chaussures, des jeans et des jupes. J’ai pourtant essayé. Mais rien à faire, devoir aller magasiner me rend malade.

Je me suis encore essayée à la chose aujourd’hui, puisque mes parents m’ont donné un budget pour m’habiller en guise de cadeau d’anniversaire. J’ai essayé des jupes trop longues qui, si on les raccourcit, perdront leurs volants ou le plus joli des motifs; des jupes qui remontent trop haut sur la cuisse quand on s’assoie; des pulls faits pour celles qui mesurent 1,80 m. Et tout ça après avoir farfouillé longtemps pour trouver à ma taille, et pas du brun, la couleur à la mode, parce que je déteste le brun. Combien de boutiques? Combien d’opérations de déshabillage-habillage-rhabillage? Je préfère ne pas y penser, surtout que je suis rentrée bredouille, la tête en compote. Passer l’aspirateur est plus agréable.

C’en est à se demander comment deux sœurs peuvent être aussi différentes. Oui, j’aime bien porter de jolis vêtements qui me vont, mais je n’aime pas aller les acheter. Monique peut passer des heures à faire boutique après boutique pour dénicher un seul morceau de vêtement, enfin deux ou trois. Elle aime ça et elle est douée. Tant mieux, car je m’habille à même sa garde-robe des années passées!

Tout ça pour dire qu’il m’a fallu une sieste de deux heures pour me remettre d’autant de temps dans les magasins… Je rends mon sac de magasineuse à qui le veut.

Quand une chanson provoque une réflexion

fame

Il a suffit que la chanson-thème du film Fame passe à la radio hier, alors que je sortais de chez Michelle, pour qu’elle me reste en tête et que vingt-quatre heures plus tard je la fredonne encore avec fougue.

I’m gonna make it to heaven
Light up the sky like a flame
Fame

I’m gonna live forever
Baby remember my name
Fame

J’ai peine à croire que c’est en 1980 que j’ai vu ce film la première fois. Car depuis, je ne compte pas les fois où je me suis installée devant ce film pour voir se dérouler sur mon écran les tribulations de ces jeunes qui avaient alors mon âge. Il y avait tant de passion en eux dans leur quête de succès, dans leur volonté de faire quelque chose de leur vie, de Coco l’artiste complète, campée de façon émouvante par Irene Cara jusqu’à Bruno, le pianiste-compositeur qui avait su amadouer son vieux professeur, en passant par Leroy, le danseur, qui tentait d’apprendre à lire et à qui s’était attachée la professeur d’anglais. Et tous ces autres venus d’horizons différents, tous là pour sortir le meilleur d’eux-mêmes et se prouver quelque chose. Le jeune Porto Ricain, issu de famille dysfonctionnelle, qui cherche dans l’humour un dérivatif à sa vie difficile; la petite Juive qui voudrait que sa mère la laisse enfin libre d’être de devenir le papillon qui germe en elle; le fils de star, que sa mère a confié à des psys plutôt que de l’aimer. Et tous les autres qui, en cherchant la célébrité, nous laissent voir leur vrai visage.

Le film d’Alan Parker n’a peut-être pas marqué l’histoire du cinéma, aux yeux de certains, mais il a marqué ma petite histoire personnelle. Car à l’époque je rêvais aussi, mais pas de vedettariat. Juste de voir mes mots publiés, ce qui est arrivé depuis. Mais je savais – ou je sentais – que jamais je ne vendrais mon âme au nom de la renommée et je crois bien que j’y suis arrivée, même si parfois il y a un côté exhibitionniste que je préfère appeler extraverti à l’entreprise d’écrire ici états d’âme et souvenirs, réflexions et critiques, constats et autres banalités.

Ce que j’écris ici fait sourire certains d’entre vous ou vous touche, et certains écrivent pour me le dire. Comme Patrick et Christel. Comme Christine, qui m’a trouvé dure, une autre fois. Ou Jean-Marc qui relève toujours l’une ou l’autre de mes remarques, comme si c’était ainsi la porte ouverte à une conversation que nous poursuivrons hors des pages de Lali.

Il n’y a pas de gloire à la clé ici. Juste le bonheur d’écrire et le plaisir de partager. De livrer en vrac tout ce qui me passe par la tête, dans le plus pur des désordres, parce que la vie, c’est aussi passer du coq à l’âne, constamment. Je mentirais en disant que je le fais par simple altruisme. Mais oui, il y a de ça, mais aussi ce besoin vital de laisser des traces, qui me vient d’aussi que je me souvienne, des poèmes d’adolescence aux lettres semées ici et là sur le globe.

C’est avec les mots que je suis bien. Et si je chante ce matin les paroles de Fame, ce n’est pas pour ce qu’elles disent, mais pour le message que porte le film d’Alan Parker, celui des artistes qui ne devraient à aucun prix et pour aucune raison vendre leur âme pour une heure de célébrité.

La lectrice et son masque

lauradinello

Installée à une table de café, la lectrice de Laura DiNello est dans son monde à elle. Mosaïque au sens propre, mais aussi au sens figuré, alors que seuls le livre et la peau se détachent de celle-ci. Lisses, à un doigt près.

Le morceau de visage qu’elle tient à la main est-elle celui qu’elle arborait avant de lire et qu’elle se fondait dans le décor ? Est-il celui qu’elle portera désormais pour devenir caméléon et ne pas être dérangée dans sa lecture ? J’hésite.

J’aime imaginer des histoires. J’aime inventer des vies à ces lectrices, et laisser planer des suppositions. Juste assez de possibilités pour ne rien retirer à la toile. Juste assez de pistes pour que chacun puisse se lancer dans l’aventure qu’est celle de prêter des vies à ces lectrices qui ont toutes quelque chose à raconter. La véritable histoire de la lectrice de Laura DiNello ne nous sera peut-être jamais livrée. Mais quelle importance, si nous savons, nous, lui en créer une qui nous sied ?

Dites crème brûlée et j’arrive

cremebrulee

L’amitié goûte peut-être la crème brûlée. Du moins, était-elle exquise et veloutée à souhait, celle de soir, aux bleuets, prise au Magellan, rue Ontario, en compagnie de Françoise. Elle qui aime tant les livres et qui, durant son adolescence, a travaillé dans une librairie en Bretagne, m’a rencontrée aussi dans une librairie, moi qui aime tant la Bretagne. Analogie, chassé-croisé, appelez cela comme vous voulez, puisque le hasard n’existe pas vraiment, et que le pourquoi de tout ce qui nous arrive dans la vie ne s’explique pas toujours sur le coup, mais des années plus tard, et encore, peut-être pas totalement.

Plaisir des retrouvailles après près de huit mois sans nous voir, des mois où je suis restée murée dans mon silence, parce que ce que j’avais envie de partager avec Françoise n’était sûrement pas la liste de mes soucis et de mes tristesses, mais plutôt une soirée à parler de livres et de la vie.

Et si tout a été agréable jusqu’à la crème brûlée, ce n’est vraiment qu’au moment de celle-ci, dès la première bouchée, que nous nous sommes emballées, comme si elle avait eu un pouvoir magique. Je le concède, j’exagère, mais je sais que le visage de Françoise irradiait de plaisir quand elle a porté à sa bouche, le succulent dessert. Et je sais que je ressentais le même effet sur ma langue.

Je suis accro au chocolat… mais jamais je ne dirai non à de la crème brûlée.

À la terrasse des Deux Magots

deuxmagots

J’aime vivre dans ma tête et puiser là tel souvenir ou telle image. Ainsi, celle de cette fois avec Jasmine et des amis québécois disparus depuis, nous avons bu du champagne à la terrasse des Deux Magots, peut-être le plus littéraire de tous les cafés parisiens. S’y sont côtoyés politiciens, artistes et écrivains, surréalistes à une époque, existentialistes par la suite.

Et tandis que je tenais ma coupe et que Jasmine entretenait les amis de mon ami Richard, je laissais mes pensées divaguer, imaginant les uns et les autres assis là. Plus particulièrement à l’écrivaine russe Elsa Triolet, muse de Louis Aragon, qui l’avait rencontrée à la Coupole et à qui il a dédié ses plus beaux poèmes. Je l’imaginais, elle, l’étrangère, devenue un peu des leurs, et à qui on doit notamment de très belles traductions d’auteurs russes, comme le poète Maïakowski. Elle pour qui un homme a acheté un moulin dans les Yvelines et qu’on a enterrée sous les hêtres, en 1970, comme elle en avait manifesté le souhait en 1953.

Un jour, je visiterai la Maison Elsa Triolet-Aragon. J’y retrouverai peut-être un peu de cette femme sur laquelle j’ai tant lu. Une des rares vraies muses du XXe siècle. Une muse qui savait inspirer tout en étant elle-même une artiste à part entière. Et une muse qui n’a jamais failli à la tâche. Qui a su pendant plus de 40 ans inspirer un poète comme l’amour.

J’ai été la muse d’un compositeur quelques mois, il en subsiste un enregistrement sur une cassette. D’un autre quelques semaines le temps que nous écrivions ensemble une nouvelle qui a été publiée depuis. Un autre m’appelait aussi sa muse, mais je ne sais pas au juste si j’ai su l’inspirer outre le nom qu’il me donnait et le fait qu’il ait été amoureux de moi.

Je ne souffre pas de n’avoir pas su dans aucun cas être une muse bien longtemps. Car l’important reste toujours que ça ait été et non pas que ça soit fini. Mais j’éprouve une grande admiration pour celle qui a su en être une sans défaillir pendant aussi longtemps et dont l’âme traîne encore sur une terrasse de Saint-Germain-des-Prés. Là où, il y a plus de quinze ans, je rêvais à elle et à une autre époque.

Nudité et lecture

lesleykabelac

Étrange que j’aie pu vivre avec quelqu’un qui ne supportait pas la nudité, pas plus la sienne que la mienne. Qui trouvait indécent de ne pas se vêtir quand on est chez soi et qui ne serait jamais sorti nu de la salle de bain. Oui, étrange. Comme quoi au nom de quelque chose qui a peut-être été une forme d’amour, mais que j’appellerais davantage de l’altruisme et de la cohabitation, j’aie délaissé une part de moi pour ne pas offenser celui qui partageait mon quotidien.

Bien sûr, s’il n’était pas là, j’en profitais. Je me promenais en tenue d’Ève et je lisais allongée sur le lit, sur le sofa ou dans ma chaise de lecture. Pas de sourcil qui se fronce de me voir ainsi; comme si j’avais été indécente ou tellement peu attirante qu’il faille cacher ma peau aux regards.

Quelle belle liberté de vivre seule aujourd’hui, de ne pas héberger un copain, de ne pas fermer les portes. De me retrouver, telle la lectrice de Lesley Kabelac, à l’aise, surtout cet été où il a fait si chaud et où j’aimais en même temps que je parcourais romans ou magazines, sentir l’air venu du ventilateur sur ma peau nue.

Elle est belle, cette lectrice. Et si jamais quelqu’un la trouve indécente, c’est SON problème. Il ne voit pas la concentration et le plaisir qui se dégagent du visage, il ne voit que la blancheur des seins dans tout ce bleu. Il ne voit pas la liberté de celle qui lit. Il ne perçoit rien de ce qu’elle vit, les yeux détournés de ce qui n’est pas l’objet de cette toile.

Nombreuses sont les lectrices nues, certaines posant délibérement pour ceux qui les peignent. Oui, nombreuses, mais pour la plupart totalement absorbées par le double plaisir provoqué par la nudité et la lecture. Prêtes pour un autre plaisir si jamais ? Libre à vous de l’imaginer. La nudité est déjà un plaisir en soi qui ne demande pas nécessairement autre chose.

Voyager par satellite

eiffeltower

Christiane a trouvé pour moi une autre façon de voyager, comme si voyager dans ma tête et grâce aux cartes postales n’était pas suffisant. Je peux maintenant faire le tour du monde par satellite, et aller où bon me semble, du toit de chez moi à l’épinette devant la maison de mes parents… jusqu’à la tour Eiffel, en passant par Rome, puisque tous les chemins y mènent !

Le petit joujou gratuit qui permet ces escapades s’appelle google earth et il suffit de le télécharger pour que le monde entier s’ouvre à soi, vu de l’espace, du ciel ou de quelques centaines de mètres. Bien entendu, quand on a vu son chez-soi du ciel – c’est la première chose que je suis allée voir -, c’est la planète qu’on a envie de visiter ainsi. Du coup, je suis allée à Bruxelles et à Paris. Et connaissant davantage la ville-lumière, j’ai choisi quelques points de repère pour aller y voir de plus près. Le Louvre, les Champs-Élysées, l’île Saint-Louis, la tour Eiffel… Magnifique, presque surréaliste, et magique, dès que j’ai pu trouver le zoom !

Moi qui déjà passe des heures devant l’ordinateur question de trouver mille et une réponses à deux ou trois questions, je n’ai pas fini de me retrouver les yeux rivés dessus. Quand bien même je vous vanterais toutes les possibilités de google earth, je crois bien qu’il vous faudra l’essayer pour apprécier ce que je suis loin d’avoir apprivoisé tant les fonctions sont nombreuses et les possiblités presque infinies.

Quand la mort frappe ceux qu’on aime

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Elle nous laisse démunis, qu’il s’agisse de celle d’un proche ou d’un membre de la famille de gens qui nous sont chers. On voudrait trouver les mots qui réconfortent et aucun ne semble exprimer le sentiment qui nous habite. Et là, en cette heure où Patrick a perdu son père et Christel son grand-père, la seule chose que je voudrais faire m’est inaccessible.

Je voudrais, comme quand Gaëtan m’a annoncé la mort de Denis, tout simplement les serrer tous les deux contre moi et ne rien dire; juste qu’ils sentent que je suis avec eux et qu’il n’est pas besoin de dire quoi que ce soit. Mais je ne peux rayer les 6000 km et je n’ai que les mots pour dire que je pense à eux.

Et je n’ai que des mots, peut-être pas les bons, pour dire comme nous le dirons tous que je suis là… Mais je sais d’avance que ni Christel ni Patrick ne montreront leur plaie ouverte ni n’étaleront leur chagrin, et qu’ils laisseront au temps faire son œuvre.

Quelque mort qui traverse notre vie laisse ses marques. L’absence, bien évidemment. Mais aussi tous ces gestes instantanés de prendre le téléphone et qui vont s’arrêter en cours de route. Et toutes ces occasions de se réunir et où celui qui n’est plus là prendra au début toute la place. Puissent ces repas sans lui donner à Patrick et à Christel l’occasion de raconter des anecdotes qui font sourire. C’est ce que je souhaite pour eux. Que le choc passé ils puissent repenser à cette fois où, à cette remarque, à un sourire, aux éclats de rire. Car les heures de bonheur et d’heureux souvenirs sont toujours plus nombreuses que les heures de deuil.