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Morceau de vie au jardin du Luxembourg

guillaumelefoyerdecostil

Combien de fois, à l’instar de la lectrice de Guillaume le Foyer de Costil, me suis-je installée dans un parc pour lire? Le plus souvent assise en indienne à même la pelouse, loin des regards et des conversations. Mais aussi, combien de fois sur une chaise comme celle-ci, peut-être une du jardin du Luxembourg, un des endroits du monde dont je ne me lasse pas, un de ceux qui est de tous les voyages à Paris, que je ne peux contourner, qu’il me faut parcourir même si je le connais par cœur.

C’est devant ses grilles que j’ai mangé ma première glace au citron. C’est devant son bassin que je me suis extasiée à regarder voguer des bateaux téléguidés ou non, ce qui me donnait la curieuse impression d’une incursion dans un de ces films français que j’affectionne. C’est auprès d’une de ses fontaines moussues et dysfonctionnelles que j’ai rêvé à ceux qui se sont embrassés là, en catimini.

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C’est chaque fois la première fois. Ses allées, ses arbres et son gravier. Les enfants qui courent en toute liberté, les étudiants leurs notes de cours sur les genoux, les vieux couples qui se remémorent leurs promenades d’antan dans ce lieu qui n’a pas vieilli, les touristes venus de partout découvrir si cet endroit est à la hauteur de sa réputation, des peintres chevalet installé et palette à la main, des marchands de glaces sillonnant eux aussi les allées, des joggeurs essoufflés, des écrivains qui notent d’une main hâtive des pensées dans un carnet.

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Et tous ceux assis sur les chaises comme dans cette aquarelle de J. W. Lowe. À deviser, à débattre politique, à raconter avec force gestes tel épisode d’une série télévisée, à ne rien dire aussi, se contentant de regarder la vie bouger autour d’eux. Et des lecteurs, des lectrices. Venus là pour le parc et ses merveilles, venus là pour lire en toute quiétude. Car tous ceux qui se retrouvent au Luxembourg cohabitent simplement, sans se déranger. Personne n’y va pour les mêmes raisons, mais chacun a sa raison d’y être.

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Comme beaucoup d’entre eux, j’ai laissé là un peu de moi, un regard ou une phrase que je n’ai pas su terminer. Une chaise m’y attendra toujours pour continuer le voyage.

Mon premier livre en finnois

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Il fallait une chaîne de cartes postales pour qu’une écrivaine finnoise débarque dans ma vie et propose d’aller plus loin que le simple échange. Et la seconde trace de notre échange épistolaire est arrivé aujourd’hui.

Maria Vuorio – dont j’ai trouvé une photo sur le net – m’a envoyé un de ses livres, celui-là même qu’elle tient sur cette photo. Ma nouvelle correspondante a maintenant, en plus d’une jolie plume, un visage souriant. Et j’aime les questions qu’elle soùlève sur la langue, la littérature et la traduction. C’est vraiment le début de quelque chose de fabuleux qui prend forme aujourd’hui.

Autant je suis entourée d’écrivains, parce que pendant des années j’ai fait de longues entrevues à la télé et à la radio avec eux et que certains sont restés dans mon entourage ou parce que je fais partie du collectif d’une revue littéraire, autant tous ces écrivains sont d’ici et m’ont ouvert leur imaginaire ou confié des plaisirs d’écriture.

Maria est la première écrivaine hors de mon Québec natal avec qui je vais entretenir des contacts. Enfin, presque, puisqu’il y a quelques mois j’avais écrit à Éva Kavian, une auteure belge que j’apprécie beaucoup et que j’aurais voulu rencontrer cet été. Voyage avorté, trajectoire de vie modifiée, je n’étais pas dans l’esprit pour continuer, mais je lui ferai signe à nouveau. S’il n’y a pas eu de vacances belges en 2006, il y en aura en 2007.

C’est encore un pan qui s’ouvre. La possibilité d’échanger sur l’écriture avec quelqu’un dont c’est à la fois le quotidien et la passion. Qui a un parcours qui a quelques connivences avec le mien: des romans pour les jeunes, des nouvelles, de la traduction, un passage dans une maison d’édition…

Encore une fois, je remercie le net pour l’ouverture qu’il me donne et pour les possibilités qu’il m’offre de communiquer et de découvrir. C’est un voyage sans fin, sans frontières et sans bagages.

Une lectrice en son décor

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Elles lisent. Des romans, des magazines, le journal, des partitions ou des lettres. Et le temps n’a plus cours. Et le lieu où elles se trouvent, une plage, un banc de parc, un café, un fauteuil, une baignoire ou un lit, n’a plus d’existence. Elles arborent de longues robes, elles sont nues. Elles sont parfois peintes naïvement, d’autres fois de façon impressionniste. Elles ont 20 ans ou 80. Elle sont toutes les femmes.

Et je puis passer des heures à les « traquer » sur le net. À constater à quel point elles ont été et sont toujours autant une source d’inspiration pour les artistes, qu’ils soient peintres ou scuplteurs. De tout temps, elles ont inspiré les maîtres comme les peintres du dimanche.

Est-ce pour leur côté inatteignable ? Ce n’est pas à moi de répondre. Mais qu’on les prenne une à une ou ensemble, aucune n’est figée sinon que dans un moment de concentration intense ou le regard rêveur.

J’admire ceux qui ont su saisir ce qu’elles portent, ceux qui ont su nous livrer ces lectrices dans un moment d’intimité de corps avec corps avec l’objet-livre.

Et je suis toutes ces femmes, ces lectrices des siècles passées et contemporaines. Je suis cette lectrice de Janice Cline au même titre que je suis toutes celles déjà présentées et celles à venir.

Ana Monaghan et sa lectrice

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Les lectrices qui ont inspiré les artistes ont toutes un petit quelque chose. Celle d’Ana Monaghan, peintre résidant à Hawaii, comme les autres. Est-ce le bleu qui a attiré mon regard ? Ou bien ce jaune intense ? Où encore cette ombrelle non pour se protéger, mais pour qu’elle puisse mieux lire ? J’aime le souci de cette lectrice. J’aime que sa lecture la préoccupe davantage qu’elle-même. J’aime l’importance qu’elle apporte au livre qui semble capter toute son attention.

Ana Monaghan a su saisir l’intensité, le fait que rien ne puisse déranger la liseuse. Et cela, j’aime.

Le cadeau d’Olivier

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J’aime découvrir de nouveaux horizons et parfois sortir de ma petite bulle, happée par quelque chose dont je ne connaissais pas – ou très peu – l’existence. C’est le cas de Moby. Sans Olivier, qui m’a offert le CD lors de son passage ici, je serais probablement passée à côté de cet artiste britannique, arrière-petit-neveu de l’écrivain Herman Melville, auteur du célèbre Moby Dick, à qui il a emprunté son nom de scène.

Connu pour sa musique techno au début des années 90, il a depuis été sollicité par le cinéma et la télévision pour des génériques, sans perdre son originalité. Selon Olivier, 18 (sorti en 2002), serait sûrement son meilleur album. Et c’est avec bonheur que je l’écoute ce soir, en me remémorant ce moment où mon ami champenois me l’a offert.

Le vase d’Alvar Aalto

Il a suffi d’une carte postale venue de Finlande pour que je découvre l’architecte-designer Alvar Aalto. Reconnu mondialement pour son avant-gardisme, lui qui a préféré le contre-plaqué à tout autre matériau, Alvar Aalto (1989-1976) est souvent comparé à Frank Lloyd Wright. Ses réalisations sont nombreuses, toutes plus intéressantes les unes que les autres et un musée lui a été dédié dès 1968.

Lui qui considérait le design au même titre que l’architecture est aujourd’hui connu, outre pour des constructions comme le Palais Finlandia, pour un vase créé en 1936, au même titre que Philip Starck pour sa chaise.

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Une forme de départ.

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Une possibilité d’utilisation.

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Une seconde possibilité.

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Et une dernière.

Chacune donne au vase toute sa place. L’objet-contenant devient aussi important que le contenu.

Il a suffi d’une carte postale pour que j’entre dans l’univers d’Alvar Aalto.

Passion casse-tête

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Il suffit parfois de peu pour que le sentiment de vide ou d’impuissance disparaisse. Il faut juste poser les pièces du casse-tête virtuel pour lui donner l’image souhaitée pour que, par analogie, les pièces du puzzle des questions prennent elles aussi leur place. Et c’est ce que j’ai fait ce soir. Le premier casse-tête a servi a évacuer mon esprit, le second à ordonner mes pensées pour ne conserver que les essentielles et les suivants n’ont été que pour le plaisir.

Ma passion pour les casse-tête date ne peut être datée, elle a toujours été, aussi loin que je puisse me souvenir. Et encore aujourd’hui, il n’est pas de journée où je ne m’offre un casse-tête virtuel, maintenant que les pièces éparpillées sur le plancher du salon ont été remplacées, la plupart du temps, par des pièces virtuelles. C’est ainsi que sur mon écran se forment des paysages, des reproductions des grands maîtres, des bouquets ou des visages.

J’aime la patience et la minutie que je dois déployer quand je m’attaque à des casse-tête de quelque 250 morceaux en me fixant un temps limite. La pratique veut que j’arrive presque toujours à respecter l’échéance.

Si presque toujours le net me sert d’outil de recherche ou pour communiquer, il est aussi une porte à des petits moments d’évasion ludique, dont les casse-tête constituent les principaux. Et ils ont ce pouvoir de replacer aussi les pièces manquantes dans mon esprit. Ce n’est pas rien.

Un sommeil perturbant

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Est-ce la fatigue accumulée, la canicule assommante des derniers jours ou de réaliser que ma chute au beau milieu d’un boulevard tout à l’heure aurait pu être plus grave, qui a fait que je me sois endormie comme une masse à peine rentrée ? Je sais juste que je m’éveille un peu confuse, ne sachant trop comment analyser ce sommeil non réparateur et peuplé de rêves.

J’ai, en quatre heures, fait le tour de ma vie des derniers mois, dans des rêves décousus où se mêlaient divers protagonistes qui, d’habitude, n’ont aucun lien les uns avec les autres. Curieuse impression. Mais surtout très mauvais sommeil. Et qui m’empêchera, de plus, de retrouver les bras de Morphée à l’heure habituelle. Et de plus, j’ai chaud comme si je faisais de la fièvre.

Je n’arrive pas à expliquer comment j’aie pu tomber comme une masse. Assommée.
Et pourquoi je m’éveille dans un tel état de confusion et perturbée. Surtout que ça fait une éternité que pareille chose ne m’était pas arrivée. Oui, des heures à tourner en rond, oui, un mauvais sommeil, mais rien qui ne ressemble à cet état de lassitude après m’être étendue pour ce que je pensais être une sieste réparatrice.

Je crois qu’il va me falloir un bon bain pour tirer cette histoire au clair, pour démêler les fils enchevêtrés d’histoires parallèles, pour surtout tout à l’heure vraiment dormir.

Les cahiers de Jane Austen

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Il y a à la British Library, à Londres, une des plus belles collections au monde de manuscrits d’écrivains. Et qui n’a jamais vu un manuscrit n’a aucune idée de ce qu’est l’écriture. Qui n’a pas connu ou vu de près toutes les étapes, l’élaboration minutieuse de ce qui va devenir le texte final, ne sait rien ou très peu de l’acte d’écrire.

Quand, en 1988, je me suis retrouvée devant les cahiers de Charlotte Brontë et de ses sœurs, de Jane Austen et de quelques autres, j’ai ressenti une vive émotion. J’avais devant moi les ratures, la calligraphie, les taches d’encre, les dessins en marge. J’étais tout simplement fascinée.

Ce sont les pages de Jane Austen, la célèbre romancière anglaise qui commençait à redevenir à la mode, qui a attiré mon attention. Le papier, les cahiers, tout ce qui nous semble évident, étaient à l’époque une denrée rare. Il fallait souvent aller en ville, et pas toujours la plus proche, pour trouver ces feuilles sur lesquelles des histoires allaient se bâtir. Et cette difficulté à s’approvisionner a fait que Jane Austen a utilisé avec parcimonie ses cahiers. D’une écriture fine, elle a rempli des pages et des pages à la suite, sans marge. Pas de gaspillage chez elle.

Pouvoir voir, sous la vitre, ces mots en lettres minuscules, à peine pâlis, de la main de Jane Austen, a constitué un des grands moments de ma tournée londonienne. Un de ces moments qui restent gravés et qui, des années plus tard, m’inspirent encore.

La lectrice de papier

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J’aime cette lectrice de l’artiste Catherine Prungnaud. Elle a quelque chose d’un mannequin de papier, comme si elle était fabriquée de la même matière que celle qui nourrit son esprit. Mais il y a dans ses formes – les épaules et la naissance des seins – quelque chose de sensuel et de terriblement humain. Celle qui a inspiré l’artiste était bien de chair. Même ce visage absent de traits, par son cou à peine incliné, laisse deviner les yeux qui se posent sur le livre ouvert sur les genoux.

Savant mélange d’imagination et de réel que cette lectrice toute simple, absorbée par les mots . À qui, ce soir, je ressemblerai peut-être, nue et plongée dans un roman.