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Le relais Christine

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Y a-t-il un truc fou, impensable, un fantasme que j’aimerais réaliser ? Cette question était posée dans un test psycholgique, avec choix de réponses, bien entendu, parce que ces tests sont là pour donner un profil basé sur des personnalités courantes. Alors, bien évidemment, aucune des réponses que je pourrais faire à n’importe laquelle des questions n’est dans la liste des réponses suggérées. Qu’à cela ne tienne. L’intérêt est ici dans la question posée et dans tout ce qu’elle soulève.

Un truc fou ? Impensable ? Un fantasme ? Jusque là, ça va encore, j’ai l’imagination fertile. Faut-il en plus que ce soit réalisable ou que ça ait quelque chance de se réaliser ? J’écarte tout de suite ce paramètre et du même coup quelques idées qui ne sont pas assez folles à mon goût. J’ai plutôt envie d’être déraisonnable. Non pas que je veuille aller physiquement sur la lune; y être en rêve me suffit amplement. Pas plus que je ne souhaite gagner des millions de dollars à une loterie quelconque, même si je ne cracherais pas dessus si cela se présentait et pourrais enfin gâter les gens que j’aime.

Mais bon, la lune et les millions, c’est trop banal, et vraiment la banalité, ce n’est pas mon truc.

Alors quoi ? Et puis m’est revenu en tête un lieu de passage. Un de ces endroits de rêve comme il en reste si peu, un ancien hôtel particulier de Paris où on peut désormais loger. Ce n’est pas le plus beau, ni le plus grandiose, ni le mieux situé. Mais il porte mon prénom, sur la rue du même nom. Et dès que j’ai par hasard trouvé cet endroit, dès que j’ai franchi la grille, il y a quelques années de cela, j’ai eu ce rêve qu’un jour un amant m’y emmène pour une nuit.

Aujourd’hui, j’ai toujours ce rêve fou de passer une nuit au relais Christine. Mais je ne désire plus qu’on m’y invite. Je rêve d’y aller toute seule, de profiter de chaque minute, d’écrire sur la terrasse, de prendre toute la place dans le grand lit, de déjeuner au soleil et de ne rien devoir à personne. Je ne vois pas ce que je gagnerais à être accompagnée dans un fantasme qui n’appartient qu’à moi, dans un rêve fou que je n’ai pas envie de partager.

Est-il possible que ce rêve se réalise ? Nul ne sait. Mais j’aime que cette idée folle existe, avec tout de même la possibilité qu’un jour rue Christine, Christine dite Lali dorme au relais Christine.

À moi de moi

greetingcards

C’était nuit de pleine lune il y a 45 ans et quand maman est arrivée à la clinique, il n’y avait plus aucun lit libre dans les salles d’accouchement avec miroir au plafond, à sa grande déception. C’est donc dans le lit de garde du médecin, le miroir de l’entrée décroché et tenu au-dessus de maman – qui ne voulait rien rater – par papa et son amie Monique, incidemment la fille du médecin qui allait me mettre au monde, que j’ai fait mon entrée dans le monde. Sans grand cri et avec un large sourire. Ne le dites pas, je le sais: je ne fais pas les choses comme tout le monde. Et il a bien fallu que le médecin me pince trois fois pour que je daigne enfin crier et que ma voix puisse se faire entendre au delà de la pièce, jusqu’à chez mes grands-parents à qui il avait téléphoné.

On m’a raconté cette histoire un nombre incalculable de fois. Et je l’aime toujours. Il y a dans l’histoire de ma naissance quelque chose qui n’a pas changé. Le bonheur d’être en vie, coûte que coûte. Et mon sourire, présent quasi en permanence et qui est en quelque sorte devenu ma marque de commerce.

Et pour ces raisons, à défaut d’en trouver de plus valables, je me souhaite BON ANNIVERSAIRE LALI.

Née l’année de l’inauguration de l’aéroport d’Orly, je me souhaite une traversée vers l’Europe avant mon prochain anniversaire.
Née l’année de La guerre des boutons, je me souhaite de nombreux plaisirs cinématographiques.
Née l’année du premier homme dans l’espace, je me souhaite de continuer à avoir la tête dans les nuages.
Née le même jour que Pierre Richard, je me souhaite de ne jamais me prendre au sérieux.
Née pour l’écriture et pour l’amitié, je me souhaite de continuer ainsi longtemps à exercer les deux arts avec humour et goût du partage.

Et de continuer de profiter intensément de chaque minute qui m’est donnée.

Des colliers pour jouer à être une dame

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Chaque fois que je porte un collier, j’ai l’impression de me redevenir gamine quand maman nous laissait ouvrir le tiroir de haut, à droite, là où il y avait toutes ses richesses. Des colliers à profusion, aucune de grande valeur, mais de toutes les couleurs et toutes les formes. Des billes de couleur, des morceaux de bois, de fausses perles, des noyaux de pêche, ils étaient faits de toutes ces choses merveilleuses.

Mais ce qui était le plus formidable était de pouvoir les enfiler et de nous regarder devant la glace. Nous n’avions plus huit et six ans: nous étions devenues des dames. La caverne d’Ali Baba de maman avait réussi sa métamorphose…

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Et me voilà assez grande pour porter des colliers, même si j’ai l’impression – parfois – que c’est toujours la petite fille de huit ans qui les enfile et qu’il s’agit là d’usurpation d’identité… Et je suis fière de mes jolis colliers, surtout qu’à ma mince collection se sont ajoutés hier quelques nouveaux, ce qui risque de m’amuser encore davantage et longtemps.
Porter un collier, tout de même, ça fait grande fille.

Oui, je sais encore m’amuser. Oui, je me plais à me raconter des histoires, et à jouer à la « madame ».
Et pourquoi pas ?

Il suffit d’un timbre pour traverser l’océan

timbres

J’adore aller au bureau de poste et choisir des timbres pour les enveloppes et les cartes postales que j’envoie. C’est comme la petite touche finale, la boucle sur un cadeau.

Je viens d’ailleurs d’y passer et j’ai bien sûr fait le tour de l’inventaire de tous les nouveaux timbres émis ces dernières semaines. La production philatélique du Canada est inégale, mais il y en a toujours un qui sait m’attirer plus qu’un autre. Et j’imagine le voyage qu’il va faire pour se rendre à destination.

Je sais, je m’amuse de peu. Et je sais inventer des histoires là où il n’y en a peut-être pas. Mais bon, je suis comme je suis, la femme aux enveloppes, aux cartes postales et aux timbres.

Une voiture-bonbon

smart

Combien de gens sont passés sans la remarquer ? Combien, comme moi, se sont arrêtés, pour l’examiner sous tous les angles ?

Je craque pour la Smart, je l’avoue. Cette mini voiture a tout pour me plaire, même si je sais bien que ce n’est qu’un minuscule habitacle qui ne doit pas très bien résister aux collisions. Mais bon, il doit y avoir en moi une part qui aime vivre dangereusement.

Et cette Smart qui fait la pub des Smarties, a vraiment eu l’heur d’accrocher mon regard même à minuit, sans la clarté du jour. Alors, c’est pleine d’espoir que je me suis précipitée sur la rue Beaubien avant l’heure de mon autobus, en espérant que la voiture serait là afin que je puisse la photographier. Et c’est ce que j’ai fait !

Je ne sais pas si beaucoup trouveront cette voiture jolie, mais en ce qui me concerme, j’aime beaucoup cette Smart à l’effigie des Smarties.

Le chignon fou de Mimi

morisot

Michelle aime ce qu’elle fait et je la laisse faire. Lisser mes cheveux avec le fer, si l’envie lui prend; déplacer la raie si c’est son humeur du jour; couper ça et là pour donner du « bouffant »; ou alors, comme aujourd’hui la laisser me monter les cheveux sur le dessus de la tête pour que tombent çà et là des bouclettes.

Je ne m’occupe pas beaucoup de mes cheveux. Sauf depuis février. Enfin, disons que je les brosse et les remarque plus. Parce que, pour la première fois depuis dix ans, je retrouve une complicité avec une coiffeuse. Et qu’à cause de cette confiance je laisse ma tête entre ses mains. Je ne lui pas quoi faire: c’est son métier.

Et moi, je m’amuse devant la glace à regarder ma tête de star qui libère ma nuque alors qu’il fait si chaud. Ça tombe pile ce chignon désordonné. Qui, défait, va me faire encore une autre tête. Vraiment, cette Mimi, elle sait y faire avec moi.

Quand les montagnes deviennent des collines

papiers

Ce n’est pas en faisant des piles que je vais venir à bout de toute la paperasserie accumulée. Je le sais, j’ai essayé. Il n’y a qu’un moyen: prendre chaque bout de papier, chaque facture, chaque chemise du classeur, chaque carnet, un par un. Et voir ce qui est encore utile et ce qui n’est qu’une traînerie de plus.

Et j’ai fait cela pendant plus de trois heures, rempli deux sacs à ras bord, l’un pour le recyclage et l’autre pour le déchiquetage. Les piles sont moins hautes, le classeur se vide lentement des factures payées depuis belle lurette et les catalogues périmés serviront à autre chose.

J’avais vraiment ce soir envie d’éliminer un peu d’inutile, un peu de tout ce qui encombre l’espace et la mémoire, un peu de ce qui fait que je me sente envahie par ce qui n’a plus de raison d’être. Et pourtant, c’est moi et personne d’autre qui ai laissé ces montagnes gruger mon espace vital. Et pourtant c’est bien moi qui n’ai pas pris le temps, préférant le rêve, les livres, la musique et les conversations à ce rangement de papiers plus que nécessaire. À quoi pourrait en effet servir une facture de 2002 d’une carte de crédit que je ne possède plus ? Et ce bout de papier avec un numéro de téléphone et pas de nom ?

Il était temps. Mais je n’ai pas fini. Je n’arrêterai que quand seul ce qui est vital aura gagné le classeur vidé de l’inutile. Mais pour ce soir, ce sera assez, je ne possède pas assez la passion du ménage pour continuer. Même si je suis contente quand les choses sont à leur place. D’ailleurs, au travail, elles le sont toujours, c’est chez moi que je ne possède aucune discipline – enfin, pas assez -, parce qu’il y a trop de tentations dans mon appartement, toutes plus invitantes les unes que les autres. Voilà le hic.

Mais bon, je suis fière de moi. Ce qui est fait n’est pas à refaire et je vais tenter de démêler chaque jour un peu de ces montagnes qui jonchent mon bureau et le salon. Tant que ce n’est pas fait, ça a toujours l’air affolant. Et puis, quand on a fait le tour, on se rend compte qu’au fond, ce n’était pas si terrible que ça. Curieux, tout de même.

Solstice d’été

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C’est demain la journée la plus longue de l’année, celle qui connaît le plus grand nombre de minutes d’ensoleillement, celle qui marque la fin du printemps et le début de l’été.

Faut-il ne pas dormir ? Danser sur le toit ? Manger un litre de crème glacée ? Tremper ses orteils dans l’eau d’une fontaine ? Se rendre ridicule ? Faire sourire quelqu’un ?
Doit-on la nuit du passage au solstice d’été marquer le coup ?
Je me le demande alors que je fixe les chiffres du calendrier, me disant que c’est bien beau tous ces chiffres, ces calculs savants qui établissent à la seconde près l’arrivé d’une saison. Mais que tous les savants du monde n’arriveront pas à m’empêcher de faire ce que j’ai envie quand j’en ai envie et de ne pas faire aux dates prescrites ce qui est attendu de moi.

Dans quelques heures l’été ?
Mais l’été, c’est quand je veux. Je vous l’assure.

L’été à l’année, c’est juste un peu d’imagination.

Fred, le seul et unique

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Non, je n’ai ni mari, ni conjoint, ni amant, ni enfant, ni chien, ni chat. Ni perruche, ni poissons rouges.
Mais je ne vis pas seule. J’ai pour fidèle et tendre compagnon un magnifique lion en peluche. Et ce, depuis trente ans. Majestueux, fier, d’un mètre de haut. Tout doux. Et à qui je peux confier tous mes secrets sans qu’il ne les livre à quiconque: il a la bouche cousue et ne sait pas taper au clavier. Parfait, vous dis-je.

Et je devrais le remplacer par un modèle qui va essayer de ronfler plus fort que moi ou qui va passer ses soirées devant la télé avec sa bière ? Vous vous moquez de moi, c’est certain.
Je pourrais trouver un autre qui m’offrirait des conversations passionnantes, dites-vous ? Mais j’ai mes amis pour ça, voyons. Un qui saurait danser, alors ? Pas besoin, je préfère danser toute seule et quand j’en ai envie.

Il y autre chose qui vous dérange, je le vois bien, vous n’osez pas le dire. Je le ferai pour vous: on peut très bien vivre sans, ce n’est pas quelque chose de vital. Enfin, pas pour moi, mais vraiment pas. À une soirée séduction, je préfère une soirée au lit avec Fred et un bouquin, c’est vous dire.

Il a battu tous les prétendants au titre.

Le mettre à la retraite ? Vous n’y pensez pas: ça le tuerait. Je suis son univers depuis tellement longtemps qu’il serait incapable de vivre dans un garde-robes, sans moi. Et vous m’imaginez en train de dormir recroquillée entre les robes pendantes pour être près de lui ? Ça ne va pas, mais pas du tout.

Nous sommes irremplençables l’un pour l’autre et nous nous comprenons sans nous parler. Cherchez meilleure entente, vous ne trouverez pas. Grâce à lui, je connais l’harmonie.

Il veille sur moi et je veille sur lui. Pas beaucoup de couples sont en mesure de vivre ce que nous vivons: la vraie complicité. Je sais, je sais, vous riez. Et bien, esclaffez-vous, ne vous gênez pas ! Vous ne serez ni les premiers, ni les derniers à le faire. Ce sera juste la preuve que vous ne comprenez rien aux lions en peluche et à leurs maîtresses.

La 2 CV bleue de la rue Beaubien

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Il y a des gens qui rêvent de voitures luxueuses ou rapides, de Lamborghini, de Ferrari ou de Mercedes. Or, moi, pas du tout. Il n’y a aucune voiture qui me séduise autant qu’une belle 2 CV. Pourtant pas très confortable, pas sécuritaire – elle n’a jamais réussi à obtenir les normes nord-américaines de base pour être vendue ici -, pas rapide non plus, elle est de toutes la seule qui me fait craquer.

Elle a de la gueule. Voilà.
Oui, décidément, la deuch a un petit quelque chose que les autres ne possèdent pas. Voyez par vous-même.

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Et en trouver une, rue Beaubien, à côté du cinéma, quelle surprise, quel bonheur ! J’ai dû impérativement aller y voir de plus près et la regarder à mon goût. Belle bagnole, je vous dis. Avec encore sa plaque française devant, et sa plaque du Québec derrière. Bien bleue.

Ça m’a mise de bonne humeur, instantanément.
Une bonne vieille 2 CV qui a traversé l’océan pour faire ma journée et me rappeler les promenades en Bourgogne avec Christine. Pas bleue, mais blanche et vieille, celle de Christine. Mais elle avait un goût de bonheur et de liberté, sa vieille Citroën. Comme celle de la rue Beaubien, un après-midi de mars 2006, alors qu’elle est venue saisir mon regard. Et me faire rêver.