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Dans la voix de Viktor Lazlo, une sorte de légèreté fluide

viktor_lazlo

Des biscuits au beurre de pinottes, du lait au chocolat et le nouvel album de Viktor Lazlo, Begin the Beguine. Ne me dites pas que la vie est triste avec un tel programme!

« Je sens bien que ma vie est ailleurs à l’aube d’un regard » dit-elle dans Ailleurs qui, à mes yeux, est de toutes les chansons de cet album, celle que je préfère et qui me touche le plus. Même si j’ai aussi un faible pour Sans dire je t’aime et Tu peux pas savoir.

J’aime décidément beaucoup cet album, un album qui raconte des histoires sur divers tons, avec dans la voix une sorte de légèreté fluide. Un album qui dégage une sorte de grâce. On ne peut s’incliner que devant un tel talent.

Quand le vent se tait devant le fado

amalia

Seul le fado sait faire taire le vent qui ne peut que s’incliner devant une telle intensité, une telle émotion. Ce fado, si bien raconté sur du bleu dans mes nuages il y a quelques semaines, le fado d’Amalia Rodrigues, plus particulièrement, dont on peut lire une biographie et écouter quelques extraits ici. Cette Amalia dont je possède la discographie complète grâce à un ami et que je découvre peu à peu jour de grand vent ou de soleil. Parce qu’il n’y a pas d’heure ni de saison pour le fado. Il n’y a que la réponse en soi à l’appel de la nostalgie qui survient pour mille et une raisons ou pour aucune.

Et de toutes les chanteuses de fado, elle demeurera malgré toutes celles qui ont suivi ses pas, la plus grande. Car sans elle, le fado ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Il n’aurait pas cette renommée internationale et demeurait cantonné – peut-être – à quelques salles connus des seuls Lisboètes nostalgiques.

Elle a chanté les poètes. Elle a chanté les classiques. Elle a chanté ses propres textes. L’éditeur Hubert Nyssen a réuni quelques-uns de ceux-ci dans un florilège bilingue intitulé Le Fado d’Amalia.

amalia

J’ai retenu de José Régio celui-ci :

Fado portugais

Le fado est né un jour
Quand le vent soufflait à peine
Et le ciel sortait de mer,
Sur le pont d’un voilier,
Dans le cœur d’un marin
Qui était triste et qui chantait.

Ah! quelle beauté plus immense,
Terre où je marche, ma montagne et ma vallée
Parmi feuilles, fleurs et fruits d’or,
Vois si tu vois les terres d’Espagne,
Les sables du Portugal,
Dans un regard aveuglé de pleurs.

Dans la bouche d’un matin
Sur ce fragile bateau à voiles
Le chant de douleur se meurt,
Dans la blessure du désir,
La lèvre brûlée de baisers
Qui embrasse le vent et rien de plus.

Adieu ma mère, adieu Marie,
Garde bien au fond de toi
La promesse que je te fais
De te mener jusqu’à la sacristie,
À moins qu’à Dieu ne plaise
De me donner la mer pour sépulture.

Mais voilà qu’un autre jour
Quand le vent soufflait à peine
Et le ciel sortait de terre,
À la proue d’un autre voilier
Se tenait un autre marin
Qui était triste et qui chantait.

Ah! quelle beauté plus immense,
Terre où je marche, ma montagne et ma vallée
Parmi feuilles, fleurs et fruits d’or,
Vois si tu vois les terres d’Espagne,
Les sables du Portugal,
Dans un regard aveuglé de pleurs.

Et d’Amalia elle-même :

Fados au fond de moi

Je porte en moi des fados,
Des tristesses dans le cœur.
Je traîne mes rêves perdus
À travers des nuits de solitude.
Je souffre en moi
Les vers et les notes
D’une grande symphonie jouée
Dans tous les tons de la tristesse
Et de l’agonie.
Je porte en moi
Des nuits de clair de lune,
Des plaines jonchées de fleurs,
Je porte le ciel et la mer,
Et des douleurs plus grandes encore.
Je porte en moi
Des amertumes mélangées,
Une lucidité et une faiblesse :
Je garde les yeux secs,
Bien qu’ils ne cessent de pleurer
Depuis que je suis enfant.

Et j’écoute sa voix. Et le vent ne souffle plus : il l’écoute lui aussi.

Le sens du lyrisme ou Susana Blaszko

susana_b

Je ne savais rien de Susana Blaszko, mais vraiment rien, avant de parcourir les rayons de musique du monde de la Grande Bibliothèque, sans chercher autre chose que de me laisser tenter… Je ne savais rien de cette chanteuse à la voix grave et suave, de père berlinois et de mère polonaise, née à Buenos Aires et ayant le tango dans la peau comme peu. Elle se raconte un peu sur la page de Fabrice Hatem, ce qui nous éclaire un peu sur le personnage, cette chanteuse qui se dit « citadine » et dont l’âme semble vibrer à chaque note qui sort de ses lèvres.

Vous aurez sans doute compris que j’ai aimé l’album Con Neuvos Aires de Nuenos Aires de Susana Blaszko, où elle est accompagnée avec finesse et maîtrise par le pianiste Oscar Alem. Sempre Paris, El ultimo cafe, Despedida del amor ne sont que trois chansons parmi les 18 titres qu’elle nous offre en pleine possession de sa voix et avec un sens du lyrisme développé, lesquelles m’ont tout simplement emballée.

Une belle surprise pour ce vendredi venteux que cette voix chaude qui réchauffe le cœur et le corps. À découvrir!

Tango théâtral à souhait

sandra luna

Le tango est comme le théâtre. Qu’il soit dansé ou chanté, ou les deux, il est la dramatisation exacerbée de la passion. Nombreux croient qu’ils ont la fibre nécessaire pour faire ressortir tout ce qu’il peut y avoir de dramatique dans le tango. Quelques-uns réussissent. Mes amis Jean-Claude, Josée et Armando, qui connaissent la chose bien mieux que moi pourront vous l’affirmer.

Je n’en suis encore qu’à mes balbutiements, malgré un vieux 33 tours que je traîne depuis 20 ans intitulé The Tango Project que j’écoute encore régulièrement et qui n’a rien perdu de sa saveur initiale.

Et ce soir, je suis charmée et séduite. Je nage en plein bonheur de mélomane. Tango Varon de Sandra Luna, celle qu’on appelle « la voix du tango de Buenos Aires » est une merveille. Théâtral à souhait. La voix est envoûtante et les orchestrations plus qu’à la hauteur de ce qu’on peut attendre d’un disque de tango. Je crois même que cet album va tourner pour une troisième fois consécutive. Il n’y a pas d’overdose au bonheur…

Exceptionnel moment de tendresse

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Il a suffi des compositions du pianiste Ira Stein et du hautboïste Russell Walder sur l’album Transit pour que le calme et la douceur reviennent.

Le mariage des deux instruments est une réussite exemplaire, particulièrement dans des pièces comme Marseille et Lost Time, où les deux compositeurs/interprètes s’en donnent à cœur joie. Sur d’autres pièces, on retrouvera notamment le bassiste Michael Manring et le percussionniste/claviériste Mark Isham.

Le tout est un exceptionnel moment de tendresse. Un album qu’il fait bon écouter la nuit. À deux, probablement encore plus. Faudra que j’essaie.

Jour d’hiver en musique

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Pour se laisser bercer par les photos de Denise, tout simplement magnifiques, je suggère quelques notes de musique, les voix de Silje Nergaard, Chiara Civello, Emilie-Claire Barlow, Stacey Kent, Gabriella Anders… Toutes accompagnent merveilleusement la douceur retenue par le regard tendre de mon amie suisse un jour d’hiver.

Pour accompagner la lune

nergaard

Il faut un morceau de lune dans le ciel, celle du soir, de la nuit ou d’avant les lumières du jour, pour apprécier le magnifique album de Silje Nergaard intitulé Nightwatch. Probablement parce que la lune est si présente sur cet album avec des chansons comme How I am supposed to see the stars, Once I held a moon et Borrowing moons.

Et comme les nuits sont encore longues pour un moment, et que la lunes veille sur celles-ci, il fallait bien un album pour l’accompagner. Tout en douceur, en tendresse, magnifiquement.

L’hiver ne pourra pas être long tant que Silje Nergaard l’éclairera de sa voix.

Mon cadeau de Noël

liz_story

Mon réveillon ne serait pas un réveillon, s’il n’y avait la musique. Même si j’ai choisi de le passer délibérément seule, malgré les invitations. Parce que j’ai du mal avec les repas qui n’en finissent pas, parce que ceux du réveillon sont bien trop copieux, inutilement. Parce que j’aime cette nuit du 24 toute seule où je me gâte, moi. Et ça veut dire en plus des fromages, de la musique. Et il est dans ma mince collection de disques de Noël un auquel je reviens toujours. Probablement parce que j’adore le piano et les doigts de Liz Story qui courent sur le clavier. Et la douceur de The Christmas Song qu’elle interprète tout simplement mais avec énormément de tendresse.

Oui, The Gift (Le cadeau) est mon cadeau de Noël de ce soir. Invariablement. Depuis quelques années et encore sûrement pour quelques-unes.

Un pur enchantement

carols_of_christmas

Le fait de ne plus travailler dans une librairie avec le poste de radio ouvert toute la journée et beuglant les mêmes chansons de Noël ad nauseam à partir de la fin novembre a permis que je redécouvre mes albums de Noël. Bien entendu, il y en a qui sont réservés au 24, comme Frank Sinatra, Tony Bennett, Perry Como et Louis Armstrong. Il y a quand même deux ou trois petites choses auxquelles je ne déroge pas! Mais il y en a un qui va faire ma journée. Un bel album instrumental tout sobre et tout en douceur, vacillant entre le classique et le nouvel âge, par moment un peu jazzy, mais surtout très tendre et faisant ressortir la musicalité des grands classiques.

The Carols of Christmas, un album qui date – déjà! – de 1996, est de ceux à écouter quand il floconne, ceux qui font sourire et nous attendrir. J’aime particulièrement l’adaptation de l’Ave Maria de Gounod pour harmonica de William Gallison, le Holy Night d’une lenteur déroutante sous le violoncelle de David Darling et le Carol of the Bells endiablé du duo de guitares acoustiques composé de Steve Morse et Manuel Barrueco. Mais tout l’album est un enchantement. Un pur enchantement.

Le poète des rumeurs

yves simon rumeurs

Dès les premières notes, j’ai su que j’aimerais Rumeurs, le dernier né d’Yves Simon. Non, pas un roman, cette fois, mais un album.

Un vrai de vrai album qui porte le sceau Yves Simon, dans ce qu’il a d’intense et de poétique, avec des images de voyages qui ont été de tous ses albums, de tous ses romans. Un univers dont je suis proche et dont j’avais parlé en octobre 2006.

Yves Simon, c’est une partie de ce dont je suis faite, ce sont des livres et des chansons qui ne me quitteront jamais, parce qu’ils me parlent de ces hommes et de ces femmes qui ne vieilliront jamais, dont le cœur s’emballera toujours pour un paysage et qui se rebelleront devant l’injustice.

Yves Simon, c’est ce soir son album Rumeurs. Celui d’un homme qui a eu 60 ans et qui rêve encore comme un ado, avec ce regard lucide sur une jeunesse qui n’est plus tout à fait là. Avec des mots tendres et des rêves qui sont ceux des poètes dans l’âme ou dans la vie, ou dans les deux.

Et s’il fallait ne retenir qu’une seule chanson de ce bouquet qu’il nous offre, je ne pourrais pas. J’hésiterais entre Je t’emmènerai, Les filles ont des sentiments, Aux fenêtres de ma vie et J’ai peur. Et probablement que je dirais Un jour on dit pour ces mots : « Moi je sais que les vertiges sont les seuls dieux à aimer/Je sais bien qu’ils nous obligent à tout recommencer. »

Ou J’ai peur pour « J’ai peur des balafres sur le cœur ». Ou Aux fenêtres de ma vie pour « Combien de temps il faudrait pour s’oublier enfin ».

Et j’écouterais à nouveau Rumeurs et je changerais de phrases. Parce qu’elles me parlent toutes à leur façon. Et qu’il en sera toujours ainsi.