Commentaires récents
Admin:
Archives:
juin 2026
D L M M J V S
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930  
Une interprétation remarquable de Coco

cocoavantchanelg.jpg

Film qui raconte une histoire, comme il raconte aussi l’Histoire, une époque, Coco avant Chanel, de la réalisatrice Anne Fontaine, est un film qu’on regarde sans se lasser, même si on a du mal à s’attacher au personnage principal incarné par Audrey Tautou. Non pas que le jeu de l’actrice soit autre chose que juste, terriblement juste, surtout quand on a un peu lu sur Gabrielle Chanel dite Coco. Mais justement, cette froideur qu’on attribuait à celle qui ne serait jamais la femme de personne est exploitée avec une telle maîtrise qu’Audrey Tautou devient pendant 110 minutes Coco, celle qu’on imaginait, celle même qu’on n’imaginait pas, de telle sorte que ce rôle lui collera désormais à la peau.

En fait, tous les protagonistes entourant Audrey Tautou (Benoît Poelvoorde, Marie Gillain, Emmanuelle Devos et Alessandro Nivola, pour ne nommer que ceux-ci) sont tous dirigés de main de maître. Si bien qu’on ne peut que donner une excellente note à la réalisatrice qui a su raconter une histoire, en prenant quelques libertés ici et là, lesquelles on ne lui reprochera pas, puisque le résultat est un film qui a un ton, une couleur, et une héroïne comme il y en a peu.

Coco Chanel était promise à un destin hors du commun. Le voilà désormais raconté en images, en mots, grâce au regard d’une femme admirative devant celle qui allait révolutionner la mode, mais aussi – à sa manière – les femmes.

Un grand moment d’émotion

defi-perou.jpg

Un projet fou. Fou? Peut-être, ou pas. Six jeunes adultes atteints de trisomie 21 accompagnés de six étudiants en éducation spécialisée avec pour défi l’escalade du Machu Picchu. Une équipe de tournage. Un échange, un partage, une aide humanitaire. Des rires, des succès, des larmes, des échecs.

Un défi pour quiconque. Un défi encore plus grand pour eux. Un défi que grâce au cinéma nous pouvons vivre avec eux jour après jour. Un documentaire mais plus que ça, un grand moment d’émotion filmé avec toute la tendresse du monde.

Des moments forts dont vous pouvez voir quelques extraits ici. Et dont certains resteront à jamais gravés en moi.

Trisomie 21 le défi Pérou est porteur de messages. Du fait que nous avons besoin les uns des autres pour avancer, mais pas pour les mêmes raisons et que nous grandissons au contact des autres.

Du fait que nous n’avons de limites que celles que nous choisissons d’avoir, pas celles que les autres croient que nous avons. Et cela vaut pour tout le monde, pas juste pour un trisomique ou quiconque frappé d’une maladie.

Tout défi peut être aussi important que l’escalade du Machu Picchu. Tout est dans la façon de l’aborder.

Quand un réalisateur verse dans l’anecdote

le-deserteur-affiche.jpg

Le réalisateur Simon Lavoie avait tout pour un film. Une vraie anecdote. Un contexte historique constituant un pan souvent méconnu de notre petite histoire : la conscription lors de la guerre 1939-1945. Des personnages. Tout, vous dis-je.

Mais il est resté dans l’anecdote du déserteur abattu par les forces judiciaires, à cause d’une délation, faisant fi de tout ce qui aurait donné de la chair à celle-ci. Oubliant de nous expliquer la teneur, comme la raison du référendum qui s’est tenu en 1942, alors qu’il aurait si simple de nous faire part de la promesse de Mackenzie King concernant la conscription. Négligeant des explications, mêmes minimales, sur le Bloc populaire canadien. Se faisant avare de ce qui aurait fait de ce film autre chose qu’un divertissement dont on sort avec plein de questions.

Qui donc étaient ces autres déserteurs? À qui vendaient-ils leur alcool de contrebande? Quel sort leur a-t-il été réservé? Et qui était-il, lui, le déserteur dont on veut presque faire un martyre?

On ne saura jamais. Le réalisateur a préféré pointer du doigt la bavure judiciaire, le misérabilisme et l’histoire d’amour contrecarrée.

Où peut mener un baiser

un-baiser.jpg

Une rencontre. Une soirée à parler devant un repas au restautant. Tout se passe bien. Très bien, même. Puis, avant de se quitter, comme une envie de s’embrasser. Mais là, ça ne se passe plus bien. Elle ne veut pas.

Et pendant les heures qui vont suivre, Émilie va expliquer à Gabriel pourquoi ils ne devraient pas s’embrasser. À cause d’un baiser. D’un baiser qu’une amie a échangé un jour avec un ami. Un baiser qui a tout changé.

Mais Gabriel ne voulait pas un baiser. Mais juste un petit baiser. Innocent. Anodin. Mais « tant qu’un baiser n’est pas donné, on ne peut pas savoir s’il sera petit ou grand » affirme Émilie, bien décidée à raconter l’histoire jusqu’au bout. Ce qu’elle fait. Et nous l’écoutons, comme le fait Gabriel, voulant nous aussi savoir où peut mener un baiser…

Un baiser s’il vous plait du réalisateur Emmanuel Mouret a quelque chose des films de Rohmer. Ça parle. Ça parle beaucoup. Mais en même temps, c’est pudique et sobre. Et il y a même un humour léger et subtil qui se glisse dans tout ça.

Vous aurez compris que le film m’a plu. Beaucoup plu. Parce que, finalement, j’adore qu’on me raconte des histoires.

Charmée par Odette Toulemonde

odette toulmonde

Entrer dans l’univers d’Odette Toulemonde, ce n’est pas autre chose qu’assister à une leçon sur le bonheur. Une belle leçon, peut-être simpliste à certains égards, mais une bien jolie leçon.

Oui, les uns n’y verront qu’un étalage de clichés. Oui certains diront qu’il s’agit là d’un conte de fées pour adultes. Oui, il y a une fin heureuse. Oui, tout ça. Et puis, est-ce si mauvais de se laisser porter par 104 minutes de magie? Est-ce si pénible de rêver avec Odette Toulmonde (campée finement par Catherine Frot) dans ce premier film d’Éric-Emmanuel Schmitt?

J’ai été charmée, j’y ai cru comme enfant je croyais à tout ce que je lisais. Parce que, peut-être y a-t-il un peu de moi dans Odette Toulmonde. Cette naïveté. Cette tolérance. Ce côté bon enfant. Cette envie de danser juste parce que le bonheur n’est pas du caviar dans un bol de cristal mais des pâtes préparées avec amour. Cette facette rêveuse omniprésente. Ce sens de la dérision face aux choses parfois graves.

Oui, j’ai été charmée. Totalement charmée.

Blasés et revenus de tout, évitez la séance, elle vous sera pénible. Rêveurs et idéalistes, foncez : ce film est pour vous. Et pour ceux qui hésitent, pensez à n’apporter que votre cœur et à laisser la raison ailleurs.

La vie en rose

lavieenrose

Je ne savais pas trop que penser de La vie en rose du cinéaste Olivier Dahan, quand je suis sortie de la salle, sinon que j’étais consciente d’avoir eu droit au jeu exceptionnel d’une belle brochette d’acteurs en commençant par Marion Cotillard qui incarne une Piaf dont on se souviendra.

La vie de la Môme n’est qu’un mélodrame, je le savais par le – trop – peu que j’ai lu au fil des années. Mais j’aurais dû mettre mes pendules à l’heure avant d’aller voir le film, car j’ai la nette impression que j’aurais profité bien plus du film si j’avais eu les détails majeurs de la vie d’Édith Piaf à l’esprit.

Le choix de Dahan d’user de flaskbacks complexifie les choses. Le choix aussi d’éliminer les Montand, Moustaki, Aznavour et autres, car chronologiquement ce sont pour ceux qui ne connaissent pas bien Piaf des points de repère.

Mais je comprends son choix, après coup, maintenant que j’ai lu sur le film. Olivier Dahan s’est attaché à mettre de l’avant ceux qui ont compté pour Piaf et non sur pour qui Piaf a compté.

Si on accepte la donne, peut-être arrivons-nous à saisir un peu ce qu’a été Piaf. Peut-être arrivons-nous à être touchés en dehors du côté tire-larmes de la production. Car rien pour elle n’a jamais été facile. Rien. Et c’est cela qu’on retient. Comme on retient aussi qu’elle a eu un grand amour dans sa vie.

C’est donc le jeu des acteurs qui retient toute notre attention. C’est par cela que nous sommes éblouis. Et bien sûr, par ces chansons que nous reconnaissons dès les premières notes.

Qui veut tout savoir de Piaf ne trouvera pas son compte en allant voir La vie en rose. Qui, par contre, n’a pas cette envie et veut se laisser emporter par le côté expressionniste des choses risque de passer un bon moment. Moi? Je reste mitigée. Comblée uniquement par le jeu des acteurs. Agacée par le drame en continu.

Petite évasion au pays des morts

volver

Si vous cherchez la vraisemblance, Volver n’est pas pour vous. En effet, la dernière réalisation de Pedro Almodovar est surréaliste à souhait. Même si la mort est omniprésente d’un bout à l’autre, dès le départ en fait, avec une scène où les femmes balaient et époussettent le lieu du dernier repos, il y a dans ce film tant de tendresse et de fantaisie qu’on en oublie qu’elle rôde.

Une mère qu’on croyait morte et qui revient à la vie, une autre qui voudrait mourir en sachant ce qui est arrivé à la sienne disparue, un homme tué par accident qu’on va fourguer dans un congélateur… Oui, la mort est bel et bien ce qui va faire de la vie une fête.

Le tour de force d’Almodovar est d’avoir réussi à nous faire croire à ce monde impossible où on achète les denrées de nos voisines en pleine rue, où on peut faire croire qu’on a recueilli une Russe sans que personne ne pose mille et une questions, où on peut organiser un repas gastronomique pour trente personnes en quelques heures…

Rien est plausible, mais tout l’est, si on admet qu’on est dans un univers autre aux limites de la vérité. Et ce n’est qu’à cette condition que le plaisir est là, qu’on s’amuse de la situation. Autrement, je le crains, tous ces détails nous agacent et ne nous font pas voir l’essentiel: la vie nous fait repousser la mort.

On aime ou on n’aime pas. C’est ça, le cinéma d’Almodovar.

La tourneuse de pages

tourneusedepages

Il était certain que Mélanie Provost, la jeune pianiste interprétée par Déborah François qui avait subi un cuisant échec lors de son concours d’entrée au conservatoire dix ans plus tôt allait bien sûr se venger quand elle a eu l’occasion de se retrouver devant celle qui était la source même de sa déconvenue, Ariane Fouchécourt, une concertiste incarnée par Catherine Frot. Oui, tout cela était bien évident. Et encore davantage quand Mélanie, entrée de façon bien innocente dans la vie de la pianiste, deviendra sa tourneuse de pages.

Mais comment ? Ça ne pouvait qu’être insidieusement. Une montée lente. Des regards qui en disent long. Quelques gestes qui paraissent banals. Puis, la chute. En dire plus serait tout dire.

Une belle direction d’acteurs. Un jeu accompli. Et de jolis morceaux de Jérôme Lemonnier, qui se glissent habilement entre Schubert, Bach et Chostakovitch. Voilà une belle réussite que La tourneuse de pages.

Surréaliste et tant mieux !

congorama

La Begique est le pays du surréalisme par excellence. Pas seulement en peinture avec Magritte en tête d’affiche (auquel Philippe Falardeau fait un clin d’œil dans une scène où Michel Roy – incarné par Olivier Gourmet – traverse en voiture une Afrique improbable) mais du surréalisme en continu.

Et c’est sûrement ce qui fait son charme, et aussi celui de Congorama, qui a ce surréalisme souriant et cet humour surréaliste appréciés des Québécois qui se rendent en Belgique ou qui rencontrent des Belges ici.

Oui, Philippe Falardeau a bien saisi cet univers surréaliste qui m’enchante, en jetant çà et là des phrases, des images, des coïncidences, une trame. Et en allant chercher le meilleur de Paul Ahmarani et d’Olivier Gourmet, aussi surréalistes que crédibles.

Un film dont on sort sourire aux lèvres. Pas juste parce que c’est divertissant, mais parce qu’il y a dans Congorama un peu de nous et un peu d’un ailleurs qui ne nous est pas étranger. Ceci n’est pas un film, aurait peut-être affirmé Magritte. Alors, appelons cela un moment de bonheur.

Quand la sauce se gâte

bcbc1

C’est le succès de l’heure au box office. Et qui n’a pas encore vu Bon cop, bad cop est, semble-t-il, hors circuit. Je n’ai donc pas failli à la tâche, tous et chacun en parlaient avec tant d’éloge.

bcbc2

Or, cette photo à elle seule explique presque tout. Un corps est trouvé sur l’enseigne frontière entre le Québec et l’Ontario. À qui va aller l’enquête, les flics ontariens ou ceux du Québec ? Arrivera un petit incident qui fera qu’ils devront se partager la tâche, malgré eux, et malgré la facon des deux bien différente de travailler sur le terrain. Jusque là, ça va encore.

Malgré un jeu impeccable de la part de Colm Feore et Patrick Huard, la sauce se gâte. On ne saisit pas pourquoi ces meurtres s’accumulent, pourquoi autant de violence gratuite, qui est le cerveau dirigeant et encore moins comment un mort n’est plus mort. Le film, qui se voulait peut-être une enquête policière, devient plutôt une toile sociologique amusante sur les différences entre les deux solitudes. Certaines remarques ont du piquant, d’autres tombent légèrement à plat.

Les deux flics sortent de là victorieux, cela va sans dire, ayant même réussi à redorer leur image auprès de leurs enfants respectifs. Mais il n’en reste pas moins qu’il y a là ici exemple de l’adage « Qui trop embrasse, mal étreint ». Bien trop souvent pratiqué, hélas.