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À cause d’une plaque du Massachusetts

hyannis1

Ce soir, peut-être parce qu’avec Danielle, le mot Cape Cod a été prononcé, je rêve de Hyannis. Premières vacances dont j’aie encore des images un peu floues, puisque je devais avoir trois ans; dernières vacances avec mes parents quand j’en avais 18. Et quelques séjours entre les deux dates.

Souvenirs de la plage, du village où on peut aller d’une galerie à l’autre et rencontrer des artistes, des bateaux qu’on regardait au loin avec des jumelles, et des vagues qui nous berçaient toute la nuit. Souvenirs heureux, images douces que celles de ce Massachusetts, au large de Boston.

C’est là, sûrement, que mes parents nous ont raconté Kennedy, en nous montrant là-bas, au bout du doigt, les chalets des divers membres du clan. C’est là que j’ai appris qu’on assassine des présidents et que les énigmes restent irrésolues. C’est là, donc, que j’ai appris l’impuissance des uns et la puissance des autres. Et c’est depuis que je sais qu’il y a des choses que je ne comprendrai jamais, des éléments qui ne s’expliquent pas, ou que n’on veut pas expliquer.

Mais ce soir, malgré l’anecdote qui fait réfléchir et sur laquelle je pourrais m’étendre longtemps, c’est aux vagues que je préfère penser, et encore plus aux couchers de soleil sur l’eau. Car ce soir j’ai envie de paix et de tranquillité. Car ce soir j’ai envie de fuir dans mes rêves et de ne pas chercher plus loin qu’une image heureuse. Et j’ai choisi Hyannis parmi tant d’autres, à cause de ce Cape Cod évoqué aujourd’hui, parce que Danielle et moi avons croisé une voiture qui affichait une plaque du Massachusetts.

Il faut peu pour mettre la machine à rêves en marche. Du moins, pour moi.

Une certaine idée de la liberté

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C’est quoi, la liberté ? Faire cuire du blé d’Inde à 23h, le napper de beurre et y ajouter un peu de sel ? Le déguster en écoutant de la musique ? Si ce n’est pas la liberté, c’est sûrement le bonheur.

Alors, c’est quoi la liberté ? Avoir le privilège de traîner chez soi en petite culotte et t-shirt ? Le droit de ne répondre au téléphone que si on a envie ? Rester des heures dans le bain en rajoutant de l’eau chaude ? Manger au lit en ne se demandant pas si ça fera des miettes ? Écouter quatre fois de suite le même CD ? Tout ça, ça ressemble encore à des moments de bonheur.

Alors, c’est quoi au juste la liberté ? Peut-être ne pas avoir à demander à quiconque si je dérange ? N’inclure personne dans mes plans ? N’en faire qu’à ma tête et selon mes envies ? Peut-être bien.

Mais il y a liberté et liberté. Cette notion large du droit de parole, entre autres choses. Celle de ne pas vivre sous une dictature. Celle de pouvoir me déplacer aisément. Une liberté que beaucoup n’ont pas, beaucoup trop. À laquelle s’ajoute ma liberté au quotidien. Celle de manger du blé d’Inde tard le soir et celle de danser dans mon salon sur la musique que j’aime. Oui, j’ai beaucoup de chance.

Elles sont fascinantes

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Elles sont fascinantes, ces femmes, mes amies, avec leurs histoires. Toujours en train de calculer le geste, le risque de faux pas, la distance pour LE gagner et l’erreur à ne pas commettre. De véritables mathématiciennes avec leurs équations compliquées et leurs extrapolations dignes du plus grand statisticien. À battre des cils, à minauder, à jouer. Mais n’allez surtout pas leur dire qu’au nom d’un mot doux ou d’un câlin, elles gomment leur personnalité pour s’effacer au profit du mieux-être du monsieur à conquérir.

Oui, je les regarde aller, ahurie. Pourtant, je les vois agir depuis des années. Se faire allonger les cheveux parce que le prétendant préfère. Devenir végétarienne parce que monsieur l’est. Écouter du jazz parce que l’homme du jour en raffole alors qu’elles ont toujours détesté ça. Ne plus se maquiller parce que, paraît-il, ça fait trop Barbie pour celui qui aime les filles naturelles. Attendre qu’il rentre – très tard – pour souper alors qu’elles meurent de faim. Et des meilleures, et j’en passe.

Elles viendront me dire que j’ai tout faux si je passe une remarque sur leurs gestes, il va de soi. Elles me diront que je n’ai pas compris, qu’il faut s’intéresser aux activités de celui qu’on aime – ou dont on voudrait se faire aimer – et que c’est ce qu’elles font. Devenir leur ombre aussi, je suppose, mais chut, elles vont sortir leurs griffes et me dire qu’avec un raisonnement comme le mien, pas étonnant que personne ne veuille de moi. Et c’est reparti. J’ai beau leur dire que ce n’est pas devenir une autre que moi que je veux, elles trouveront toujours à redire.

Elles sont fascinantes, vous dis-je. Et qu’après elles s’étonnent de se faire embobiner alors qu’elles gobent tout. Non mais. Et je devrais me taire? Ne pas leur dire que je ne les reconnais plus? Et leur rappeler qu’avant l’arrivée du prince charmant, elles aimaient les comédies romantiques? Le trekkiste de leur vie le leur a fait oublier! Leur dire tout bas qu’il n’y a pas si longtemps elles aimaient lire au lit? Que non, monsieur ne supporte pas une lampe de chevet si lui a décidé de dormir. Mais où ai-je la tête?

Je les regarde aller, courber le dos pour une caresse. De jolis animaux de compagnie. Elles tendent même la laisse au maître. Elles ne sont pas fascinantes, elles sont pathétiques.

Je suis à peine cynique, si ce mot s’applique ici. Et plus ça va, plus je me tais. À quoi bon? Elles sont tombées dans la potion magique du plaire-à-n’importe-quel-prix. Et j’ai compris: je ne possède pas l’antidote. Le réveil sera brutal et bien entendu, entre deux hommes de leur vie, elles reviendront trouver mon oreille et me dire plus jamais. Jusqu’au prochain. Et vogue le navire.

Je ne serai jamais une magasineuse

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Je ne dois pas être une vraie femme. Car de tout temps, je n’ai jamais aimé le magasinage, même adolescente, alors que mes amies et ma sœur pouvaient passer des après-midis dans les centres commerciaux à essayer des chaussures, des jeans et des jupes. J’ai pourtant essayé. Mais rien à faire, devoir aller magasiner me rend malade.

Je me suis encore essayée à la chose aujourd’hui, puisque mes parents m’ont donné un budget pour m’habiller en guise de cadeau d’anniversaire. J’ai essayé des jupes trop longues qui, si on les raccourcit, perdront leurs volants ou le plus joli des motifs; des jupes qui remontent trop haut sur la cuisse quand on s’assoie; des pulls faits pour celles qui mesurent 1,80 m. Et tout ça après avoir farfouillé longtemps pour trouver à ma taille, et pas du brun, la couleur à la mode, parce que je déteste le brun. Combien de boutiques? Combien d’opérations de déshabillage-habillage-rhabillage? Je préfère ne pas y penser, surtout que je suis rentrée bredouille, la tête en compote. Passer l’aspirateur est plus agréable.

C’en est à se demander comment deux sœurs peuvent être aussi différentes. Oui, j’aime bien porter de jolis vêtements qui me vont, mais je n’aime pas aller les acheter. Monique peut passer des heures à faire boutique après boutique pour dénicher un seul morceau de vêtement, enfin deux ou trois. Elle aime ça et elle est douée. Tant mieux, car je m’habille à même sa garde-robe des années passées!

Tout ça pour dire qu’il m’a fallu une sieste de deux heures pour me remettre d’autant de temps dans les magasins… Je rends mon sac de magasineuse à qui le veut.

Quand une chanson provoque une réflexion

fame

Il a suffit que la chanson-thème du film Fame passe à la radio hier, alors que je sortais de chez Michelle, pour qu’elle me reste en tête et que vingt-quatre heures plus tard je la fredonne encore avec fougue.

I’m gonna make it to heaven
Light up the sky like a flame
Fame

I’m gonna live forever
Baby remember my name
Fame

J’ai peine à croire que c’est en 1980 que j’ai vu ce film la première fois. Car depuis, je ne compte pas les fois où je me suis installée devant ce film pour voir se dérouler sur mon écran les tribulations de ces jeunes qui avaient alors mon âge. Il y avait tant de passion en eux dans leur quête de succès, dans leur volonté de faire quelque chose de leur vie, de Coco l’artiste complète, campée de façon émouvante par Irene Cara jusqu’à Bruno, le pianiste-compositeur qui avait su amadouer son vieux professeur, en passant par Leroy, le danseur, qui tentait d’apprendre à lire et à qui s’était attachée la professeur d’anglais. Et tous ces autres venus d’horizons différents, tous là pour sortir le meilleur d’eux-mêmes et se prouver quelque chose. Le jeune Porto Ricain, issu de famille dysfonctionnelle, qui cherche dans l’humour un dérivatif à sa vie difficile; la petite Juive qui voudrait que sa mère la laisse enfin libre d’être de devenir le papillon qui germe en elle; le fils de star, que sa mère a confié à des psys plutôt que de l’aimer. Et tous les autres qui, en cherchant la célébrité, nous laissent voir leur vrai visage.

Le film d’Alan Parker n’a peut-être pas marqué l’histoire du cinéma, aux yeux de certains, mais il a marqué ma petite histoire personnelle. Car à l’époque je rêvais aussi, mais pas de vedettariat. Juste de voir mes mots publiés, ce qui est arrivé depuis. Mais je savais – ou je sentais – que jamais je ne vendrais mon âme au nom de la renommée et je crois bien que j’y suis arrivée, même si parfois il y a un côté exhibitionniste que je préfère appeler extraverti à l’entreprise d’écrire ici états d’âme et souvenirs, réflexions et critiques, constats et autres banalités.

Ce que j’écris ici fait sourire certains d’entre vous ou vous touche, et certains écrivent pour me le dire. Comme Patrick et Christel. Comme Christine, qui m’a trouvé dure, une autre fois. Ou Jean-Marc qui relève toujours l’une ou l’autre de mes remarques, comme si c’était ainsi la porte ouverte à une conversation que nous poursuivrons hors des pages de Lali.

Il n’y a pas de gloire à la clé ici. Juste le bonheur d’écrire et le plaisir de partager. De livrer en vrac tout ce qui me passe par la tête, dans le plus pur des désordres, parce que la vie, c’est aussi passer du coq à l’âne, constamment. Je mentirais en disant que je le fais par simple altruisme. Mais oui, il y a de ça, mais aussi ce besoin vital de laisser des traces, qui me vient d’aussi que je me souvienne, des poèmes d’adolescence aux lettres semées ici et là sur le globe.

C’est avec les mots que je suis bien. Et si je chante ce matin les paroles de Fame, ce n’est pas pour ce qu’elles disent, mais pour le message que porte le film d’Alan Parker, celui des artistes qui ne devraient à aucun prix et pour aucune raison vendre leur âme pour une heure de célébrité.

Les mots qu’on apprend à 10 ans et qu’on n’accepte jamais

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C’est là-haut, dans ce qui a dû être un entrepôt, qu’on les a cachés. C’est par un escalier planqué derrière une bibliothèque qu’on accédait à l’annexe. C’est là, derrière ces fenêtres dont on se tenait loin, qu’elle écrivait des contes et qu’elle découpait des photos d’artistes des magazines que Miep lui glissait en douce en même temps qu’elle apportait de quoi approvisionner huit personnes.

C’est là, dans Amsterdam occupé, qu’elle a tenu jour après jour ce qu’on pourrait appeler aussi un journal de guerre, son journal intime. Des pages qui, depuis 1947, ont fait le tour de monde.

Bien qu’expurgé par Otto Frank, qui n’a pas voulu montrer au monde l’entièreté de sa fille cadette, les désirs de celle-ci qu’il a jugés « indécents » et la mésentente ponctuelle mais profonde entre les deux sœurs, le journal d’Anne Frank a marqué la vie de tous ceux qui l’ont lu. Il est de ces livres qui bouleversent, puisqu’il faut trouver un verbe et qu’il y en aurait cent des verbes qui pourraient dire l’effet de ces confidences.

J’avais 10 ans lorsque j’ai lu pour la première fois le journal. C’était à la fin du mois d’août, juste avant que l’école ne recommence, juste avant que je passe outre la rentrée scolaire à cause d’une mononucléose.

C’était le dernier été de mon grand-père, mais nous ne le savions pas.
Ce livre a été le dernier que j’ai partagé avec lui. Il a sorti sous atlas, m’a montré Amsterdam sur la carte, et puis Francfort qu’avaient fui les Frank dans l’espoir d’une meilleure vie, et puis Bergen-Belsen, le camp où elle avait trouvé la mort peu de temps avant la libération de celui-ci. Et il me racontait, me livrait en vrac Hitler, Churchill, le général de Gaulle, Mackenzie King qui déclare la guerre à l’Allemagne, et puis l’holocauste, et puis, et puis tout, même si j’avais 10 ans.

C’est à 10 ans que je suis sortie de la fiction pour entrer dans l’Histoire. C’est à 10 ans que j’ai décidé qu’il me faudrait un jour aller sur les pas de celle qui avait laissé sa vie aux mains des nazis, mais dont les écrits allaient pendant des années et des années initier des adolescentes à ce qu’ont été l’occupation et la deuxième guerre mondiale.

Je voulais aller sur place, voir de là-haut la vie qu’elle entendait derrière sa fenêtre. Je voulais marcher dans cette ville dont elle avait sillonné les rues avant de se retrouver en « captivité ». Et je suis allée voir la maison d’Anne Frank, un musée humanitaire dédié à l’holocauste. Il y avait une foule dense ce matin pluvieux et froid de mars 1985. Et pourtant. Et pourtant, le silence s’est abattu quelques minutes sur cette pièce qu’elle partageait avec le dentiste. Pendant quelques minutes, elle m’a fait partager chacune des photos épinglées au mur tandis qu’au loin sonnaient des cloches, celles-là même sûrement qui ponctuaient les heures de sa vie de clandestine.

Oui, pendant quelques minutes, 40 ans plus tard, elle est revenue. Ou du moins ai-je eu cette impression. Une impression si forte qu’elle a gommé toutes les autres. Une impression qui fait croire à l’immortalité, à cette vie après la mort qu’on nous vante, mais dont on doute.

S’il n’y avait pas eu ce livre offert par mon grand-père, s’il n’y avait pas eu ce qu’il m’a raconté et tout ce que j’ai pu lire depuis, s’il n’y avait pas eu Anne Frank, aurais-je eu autant de mal à supporter le racisme, me serais-je élevée très jeune contre toute forme d’intolérance ? Peut-être y serais-je arrivée en empruntant d’autres voies déjà largement tracées par des parents qui, ce même été qui s’est clôturé par le journal d’Anne Frank, m’initiaient déjà à ce qu’était le racisme. Il avait juste fallu une pancarte bien en évidence sur la porte d’un restaurant de New York pour que mes parents refusent d’entrer.

No barefoot, no dog, no Black.
Je ne comprenais pas trop. Pas de chemise noire, de souliers noirs ? C’est ailleurs, assis tranquillement dans un delicatessen, qu’on nous a expliqué à ma sœur et à moi. En vrac. Martin Luther King jr, John F. Kennedy, l’esclavagisme, Lincoln, et puis le Nord, le Sud, la guerre de Sécession, les guerres de religion… Et sûrement plus. Non, je n’allais jamais entrer dans un endroit où Black veut dire couleur de peau et non teinte de vêtement. Non, je ne tolérerais jamais que mon amie Soraya, dominicaine et foncée de peau, ne puisse fréquenter les endroits où moi je pourrais aller.

Cet été 1971 m’aura ouvert deux fois les yeux. D’abord sur le racisme : je n’avais jamais remarqué que la couleur de peau de mon amie puisse en faire une personne différente. Et ensuite sur la guerre. Elle n’est pas réservée aux soldats et les enfants meurent aussi.

Jamais je n’effacerai de ma mémoire la maison d’Anne Frank. Jamais je n’accepterai une pancarte comme il y en avait une à New York en juillet 1971. Et ne me dites pas qu’on ne parle pas de tout ça aux enfants de 10 ans.

Je hais le mensonge

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Ce soir, je suis en rogne. Une amie vient encore d’être victime d’un fabulateur doublé d’un manipulateur. En qui elle a cru, à qui elle s’est livrée comme jamais à quiconque alors que pendant ce temps il s’inventait une vie avec des personnages auxquelles il faisait faire ce qu’il voulait à sa convenance.
Un fabulateur de première, vous dis-je. Adroit et calculateur comme le sont les oiseaux de proie. Sans pitié pour la victime séduite dont ils abandonnent le cadavre.

Oui, je suis en rogne. Je n’en peux plus de ces gens qui donnent une image de ce qu’ils sont, qui se racontent d’abord des histoires à eux-mêmes et qui les livre aux autres pour les tester, et voir s’ils sont crédibles. Et si ça marche, qui en rajoutent, rajoutent, confiants. Trop confiants. Car c’est là que la première faille intervient.

Le premier doute confirme le mensonge que le coupable nie bien évidemment, invoquant un manque de confiance, n’aimant pas être pris au piège par ses propres divagations. Et cela mène au second, et au troisième, et la chaîne continue. Plus rien ne tient la route. Le château de cartes s’écroule et celui ou celle pour qui il a été érigé se retrouve sans défense. La personne ainsi flouée, trahie, brisée, n’a plus de repères.

Et aujourd’hui, encore une fois, une personne ainsi défaite et humiliée parce qu’elle a été pure et vraie, se trouve sur mon chemin. Bien entendu que je me reconnais en elle, moi à qui on a menti plus d’une fois. Mais j’ai su reconnaître les détails qui clochaient bien plus vite. Suis-je moins naïve ou plus méfiante ? Va savoir. Et pourtant, je sais comme les autres m’accrocher à des mots. Comme elle.

Car c’est avec des mots que ce prédateur l’a eue. Il prétendait l’aider alors qu’il l’enfonçait dams un trou sans lumière dont elle cherche aujourd’hui l’issue. Mais tout cela est trop récent. Je voudrais qu’elle comprenne qu’il lui faudra du temps pour reprendre possession de sa vie et qu’elle en vaut la peine, cette vie ! Mais ce soir, il est trop tôt. Mon amie est un oiseau blessé à qui on vient de couper les ailes.

Elle a été portée par son amour. Sans calcul et sans mesure. Alors que lui additionnait et ne donnait rien, sinon que des mots qui font rêver. Des excuses pour cacher la vérité. Des mensonges pour ne pas avouer. Des bifurcations continuelles pour expliquer ceci ou cela. Oui, elle a trop excusé, oui elle a refusé de voir certains détails qui clochent aujourd’hui. Oui. Mais pour la seule et unique raison qu’elle a souhaité l’homme qu’elle aimait à son image, aussi sincère qu’elle.

Mais lui jouait. Un jeu horrible. Monstrueux. Qui fait qu’aujourd’hui elle est dévastée. Démolie.

Et pourquoi ? Quel plaisir peut-il y avoir à briser quelqu’un ? Je cherche, je ne trouve pas.
J’ai peur pour elle. J’ai peur qu’elle se laisse leurrer encore. Qu’elle accepte les mensonges et les délires pour ne pas perdre cet homme qui l’a bercée avec ses mots d’amour. Car en ce moment, elle est déboussolée, fragilisée. Comme d’autres autour de moi l’ont été.

Ce soir, je suis en rogne. La situation me donne envie de hurler, mais je dois conforter mon amie, lui parler du temps qui répare et cicatrise, même si elle n’y croit pas. Mais je sais que c’est ce qui arrive. Or, la durée, je ne la connais pas. Et je ne peux pas non plus guérir les plaies ouvertes de son enfance, ni celles qui ont suivi. Je ne peux qu’être là, l’écouter, tenter de l’éclairer.

Sans comprendre pourquoi cela arrive. Sans trouver une raison à celui qui, de mensonge en mensonge, tisse sa toile pour emprisonner sa proie et la dévorer. Non, je n’y arrive pas. Car tout ce que je vois, c’est quelqu’un qui dépose la vie d’une autre personne sur du sable mouvant, la tirant un peu et la laissant s’enfoncer jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’elle.

Un peu de silence, j’en rêve!

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Faut-il quitter l’appartement et trouver un banc de parc pour avoir la paix? Ou suis-je devenue trop sensible aux bruits parce que davantage chez moi? Ce que je sais, par contre, c’est que je vis dans un immeuble de six logements. Et que, pendant des années, j’ai vécu dans le calme. Alors que, désormais, ce sont les portes qui claquent à cœur de journée, les gens qui montent les escaliers en trombe en faisant un boucan à tout casser, les voisins de palier qui discutent à haute voix sur le palier comme si c’était une autre pièce de leur logement.

Je ne pratique pas la loi de Talion, je ne leur servirai donc pas la même médecine. Mais comme j’aimerais ne pas me réveiller en sursaut en pleine nuit parce que mon voisin a la bonne idée de recevoir des appels sur son téléphone cellulaire, dans le passage qui unit nos logements. Ou qu’ils apprennent, ces mêmes voisins à entrer chez eux sans déranger tout l’immeuble. En plus qu’ils sont si nombreux que ce sont des allers et venues continuelles.

J’ai besoin de calme, pas d’une tornade permanente. Moi qui ne marche jamais avec des chaussures parce que j’ai un plancher de bois, moi qui fais attention à ne pas mettre la musique à plein volume, moi qui ne claque jamais la moindre porte et qui, lorsque je rentre tard, me glisse en douce pour ne réveiller personne, je trouve ce comportement inadmissible.

Je ne cherche pas la guerre, mais bien une solution pour que nous puissions tous vivre ensemble sans que personne ne soit irrité. Je ne vais quand même pas fuir mon chez-moi pour avoir un peu de silence! Et je ne vais pas non plus me boucher les oreilles et me priver de la musique qu’ils réussissent à enterrer.

Mais tout cela me fait me demander deux choses. Suis-je en train de devenir moins tolérante ou y a-t-il ici un cas de manque de respect? Je crois que je suis adepte du « Vivre et laisser vivre » et ce, depuis toujours, et que c’est pour cette raison que je ne dérange jamais quiconque. Je crois que je peux me permettre d’attendre le même respect, mais déjà, je sens que j’ai beaucoup trop d’imagination. La tranquillité, c’était avant. C’est passé de mode.

Je ne bouderai pas mon plaisir, jamais !

davidcassidy

Comment font-ils, dites-moi, tous ces intellectuels ou pire, ces pseudo intellectuels, pour poser des jugements de valeur sur tout, et particulièrement sur les créations artistiques les plus diverses ? Comment arrivent-ils à toujours détruire ? Sont-ils inconscients ? Sont-ils trop bêtes pour bouder leur plaisir ? Ont-ils rayé de leur mémoire leur adolescence, leur innocence ?

J’essaie de comprendre. Je constate. Et ce que je constate n’a rien de réjouissant. Nous sommes entourés de ces intellos nés trentenaires avec un jugement sur tout, sans enfance derrière eux, et qui veulent nous diriger dans nos choix. Qui évitent les sentiers de la rime, qui ont inventé le mot kitch, qui s’horripilent devant ce qui plaît à une majorité, qui se font élitistes au profit d’un charabia qu’eux seuls comprennent. Comme si le nom d’une fleur, s’il sort d’un livre de botanique, en latin s’il vous plaît, sent meilleur que le banal mot français.

Non, mais arrêtez, pitié. Il y a une vie en dehors de vos beaux échafaudages et de vos théories.
Quoique je devrais à mon tour apporter des nuances. Il y a les intellectuels purs et durs, il y a les intellectuels snobinards… et il y a les intellos qui ne se prennent pas au sérieux et qui se souviennent.

J’ai toujours un frisson dans le dos quand on m’appelle l’intello de service. Peur qu’on me mette dans la catégorie des sans humour et des sans adolescence. Peur que je ne sois prise pour celle que je ne suis pas. Intello peut-être, mais pas que ça. Je ne veux pas être résumée par ce seul mot. Je revendique le droit de dire que j’aime des trucs qui font dresser les cheveux sur la tête de ces bien intentionnés. Et des trucs absoluement décriés, ce qui a l’heur de me faire encore plus plaisir.

Et je n’ai nulle honte à dire qu’adolescente j’ai parcouru la ville à bicyclette pour trouver des photos de David Cassidy. Que j’ai couvert mes murs et rempli des cahiers de photos tirées de magazines. Aucune honte. Et aucune à dire que certaines chansons mielleuses me plaisent. Je ne mettrai pas de côté mon plaisir au profit des valeurs supposément sûres de ces usurpateurs d’émotions. Qui peut-être, se gavent de Dalida en cachette, tout en la démolissant sur la place publique.

Je suis une intello, mais je ne fais pas partie du monde des intellectuels. Et je m’en porte très bien, merci. Ne me limitez pas à cela, regardez-moi vraiment. Et si un jour je dérape, si je n’ose plus dans un café chanter aussi fort que Dassin à la radio, c’est que je serai des leurs. Et ce sera le jour le plus triste de ma vie.

Une citation parmi tant d’autres

Porter la liberté est la seule charge qui redresse bien le dos.
[ Patrick Chamoiseau ]

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J’aime les phrases, celles des romanciers. Les paroles de chansons, les poèmes. Les répliques de théâtre. Les mots d’enfants. J’aime tous ces mots qui inspirent et qui donnent des ailes. J’aime que les mots des autres me fassent réfléchir et écrire. J’aime m’arrêter au sens ou à la musique qui se dégagent de leur alignement. J’aime être bouleversée par ceux qui ont su dire. J’aime les images qui se dessinent à partir de bouts de phrases. J’aime le flou de certains et la précision des autres. Oui, j’aime les mots.

Et il ne faut pas souvent plus qu’une phrase pour que j’extirpe de mon cocon. Que je me sente des ailes pousser. Qu’une phrase me parle tellement que je la fasse mienne pour un temps, le temps qu’une autre prenne sa place.

Les phrases s’accumulent dans mes carnets épars, dans ma correspondance, dans mes textes. Des phrases tirées de lectures ou qu’on m’offre. Des phrases. Toutes simples. Qui ouvrent sur des émotions.

Celle de Chamoiseau me rappelle la chute de Ceaucescu un décembre d’il y a quelque temps. La première lettre de Catalina, l’amie roumaine, après l’événement, qui découvrait une certaine forme de liberté, était troublante. Dans les journaux, à la radio, à la télévision, liberté rimait avec démocratie, un mot qu’elle n’avait jamais entendu, qui n’existait dans aucun dictionnaire.

La démocratie et la liberté sont-elles synonymes, me demandait-elle. Je ne me souviens pas les mots que j’ai utilisés tellement j’avais été ahurie de constater qu’elle n’avait aucune idée du sens du mot décmocratie. Et que ce qu’elle appelait liberté n’avait rien à voir avec ma définition bien personnelle. Je me rappelle avoir sorti les dicos, avoir questionné autour de moi, pour lui donner avec le plus de précisions possible les sens des deux mots.

Je crois que j’aurais bien aimé pouvoir lui livrer cette phrase de Chamoiseau, même s’il y est question de liberté et non de démocratie. Une phrase qui, ce soir, me va bien. Est-ce parce qu’on vole mieux le dos droit ?