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Les difficultés de Zoé

C’est au hasard de ma promenade hebdomadaire dans le rayon jeunesse de ma bibliothèque de quartier que j’ai mis la main sur Les difficultés de Zoé, un album où il est question de déficience intellectuelle à partir d’une histoire vraie.

Zoé avait toujours été spéciale, voire originale, différente en tout cas, mais pas suffisamment pour alerter ses parents. Mais dès son arrivée à l’école, le « problème » de Zoé a tout de suite été détecté.

C’est ce que raconte cet album signé Marie-Claude Fortin, assez sobrement, de façon factuelle et presque sans émotion, ce qui m’a assez déroutée, alors que les illustrations de Lou Beauchesne sont colorées, vibrantes et tellement parlantes.

Une entrevue avec la pédiatre Dominique Cousineau, spécialisée dans le développement de l’enfant, suit la partie « album » et permet à l’enfant et aux plus grands de comprendre ce que signifie la déficience intellectuelle et ce que cela implique.

De plus, l’album fait partie d’une série qui s’appelle Une histoire sur…, qui donne l’occasion d’aborder, entre autres sujets, le deuil, les lunettes, la dyslexie, le bégaiement, les allergies alimentaires et la dysphasie. Une série dont je risque de vous parler!

Annette Brouillette

Annette Brouillette a toujours plein d’idées. Elle est fantaisiste et amusante, et elle adore faire plaisir aux membres de son entourage. Mais Annette ne termine jamais ce qu’elle commence. Ni la décoration de sa chambre, ni les recettes de cuisine qu’elle invente, ni les costumes d’Halloween qu’elle coud pour ses amis. Rien. Elle ne termine jamais rien.

Ses amis l’aiment ainsi. Mais ce sont ses amis. Or, devra-t-elle un jour apprendre à aller jusqu’au bout de ce qu’elle entreprend? C’est la question que sous-tend cet album destiné aux premiers lecteurs. Un texte de France Hallé qui va faire sourire petits et grands et des illustrations de Fil et Julie qui sont tout simplement irrésistibles!

Bon pour la poubelle

Je n’imaginais pas qu’il puisse exister des livres aussi négatifs et aussi laids que J’aime pas dire bonjour (texte de Carole Zalberg illustré par Boll) qui nous décrit chacun des membres d’une famille qui sont tous plus laids et désagréables les uns que les autres. Pour toutes sortes de raisons. L’un est vieux, d’autres sont gros, une autre aime passer sa main dans les cheveux des enfants alors qu’une autre porte du rouge à lèvres.

Bref, aucun membre de sa famille ne mérite un bonjour ou des bisous tant ils sont immondes aux yeux de l’enfant narrateur.

Et c’est comme ça qu’on va apprendre aux enfants à accepter les différences et à être tolérants?

Non, décidément, il n’y a qu’un endroit pour un tel objet : la poubelle.

La princesse qui bâillait sans cesse

Mais pourquoi donc la princesse bâille-t-elle ainsi? S’ennuierait-elle? Aurait-elle faim? Manquerait-elle de sommeil? Il faut bien vite trouver une solution à ce mal qui a un effet contagieux puisque roi, reine et tous les sujets, même le chat et le chien du jardinier, se sont mis à bâiller eux aussi…

Et si le remède était fort simple? Et si c’était un remède auquel nul n’avait pensé? Et si la princesse avait tout simplement besoin d’un ami?

Voilà en peu de mots ce que raconte ce très bel amour signé Carmel Gil et illustré par Elena Odriozola, laquelle a reçu un prix de la part du ministère de la Culture (espagnol) en 2006 pour ses images qui donnent au texte subtilité et délicatesse.

À mettre entre toutes les mains.

Voyage d’un nuage

Pour quelqu’un qui dessinait des nuages et encore des nuages quand elle était petite et qui leur invente des histoires à l’âge adulte, Voyage d’un nuage est un livre fabuleux. Plein de tendresse, de poésie. Un véritable appel à la rêverie et à l’imagination.

Il a suffi de quelques illustrations de Solvej Crévelier et de quelques mots tissés à partir des nuages des illustrations pour que j’aie trois ans à nouveau.

On dira que c’est le pouvoir des nuages!

Un joli livre sur les odeurs

Avec Air Marin, Élisabeth Motsch signe un fort joli livre sur les odeurs, notamment celles qui s’apparentent à la mer et aux vacances en Bretagne. Du moins pour Adrien, le héros de ce roman destiné aux premiers lecteurs, qui apprend à donner des qualificatifs aux odeurs et à déterminer celles qu’il aime et celles qu’il n’aime vraiment pas.

Un livre qui constitue une invitation à découvrir l’univers des odeurs, à les associer à certains souvenirs et à saisir pourquoi certaines nous sont plus familières ou nous attirent plus que d’autres.

Une petite fille venue d’ailleurs

Audrey n’est décidément pas une fille « ordinaire ». Elle ne peut donc, aux yeux d’Antoine, que venir d’ailleurs, de très loin. Voire d’une autre planète. Sinon, pourquoi serait-elle aussi fascinée par tout ce qui se rapporte à la Terre?

Antoine va donc le temps d’un été (re)découvrir la Terre, le ciel, les étoiles, les nuages, tout ce qui l’entoure, mais dont il n’a jamais vraiment pris conscience. Ce monde, cette planète et ses merveilles qu’il prendra le temps d’apprivoiser grâce à Audrey, qu’elle soit une extraterrestre ou pas, dans Une petite fille venue d’ailleurs, un album signé Susan Hughes qu’a illustré de belle façon Stéphane Poulin, un illustrateur québécois dont le nom n’est plus à faire tant ici qu’à l’étranger.

Pour petits et grands qui veulent (ré)apprendre les plaisirs qu’offre la Terre. Un album qui n’est que du bonheur et encore du bonheur.

L’histoire de Paa

Quel joli livre que Baobonbon, destiné aux petits, qui traite à la fois d’entraide et du fait que tout travail mérite salaire. L’histoire imaginée et illustrée par Satomi Ichikawa se déroule au cœur de l’Afrique, au pays des gazelles et des baobabs. Paa, dont le prénom signifie « gazelle », doit parcourir des kilomètres à pied afin de se rendre au marché dans le but d’y vendre des bananes. Le fruit de sa vente servira à acheter du sel, de l’huile, du café, du savon et des allumettes. Mais il y a tant de tentations et de distractions sur sa route que Paa prend beaucoup de retard, et encore plus quand il décide d’aider un baobab assoiffé en compagnie d’autres enfants qu’il récompensera en leur offrant des bananes. Mais c’est sans compter sur la filouterie des babouins du coin qui laisseront derrières eux les pelures, traces de leur larcin…

Mais que faire maintenant? Rentrer bredouille? Le baobab saura remercier Paa de belle manière. Un bien joli conte que ce Baobonbon.

Premier chagrin

J’aime tout ce que l’écrivaine belge Eva Kavian écrit. Tout. Je ne m’en cache pas. C’est donc d’avance conquise que j’ai entamé la lecture de son plus récent roman jeunesse intitulé Premier chagrin. Et encore plus conquise que dès le premier chapitre derrière moi. Parce qu’il s’agit d’une des histoires les plus émouvantes qu’il m’ait été donné de lire. Parce qu’Eva Kavian sait doser les émotions, autant pour ses personnages que pour nous. Si bien que dès que nous comprenons que la tâche de Sophie sera bien différente de celle qu’elle avait en tête nous serons aussi bouleversés qu’elle.

Sophie ne va pas garder des enfants, ce qui était prévu au départ, mais préparer les derniers jours d’une vieille dame qui sait ses jours comptés et qui voudrait voir réunis autour d’elle les siens alors qu’ils ne la visitent plus, alors qu’elle n’a plus de lien avec ses petits-enfants.

Mais il y a Sophie. Une Sophie qui vit des émotions fortes, une Sophie qui s’est profondément attachée à Mouche même si celle-ci a volontairement choisi quelqu’un d’extérieur à sa vie pour l’accompagner dans ses préparatifs, le tri de ses lettres, les objets à donner, quelqu’un qui ne sait d’elle que ce qu’elle voudra lui dire.

Mais Sophie est incapable de se contenter de demi-vérités et surtout, elle a bien l’intention de réaliser le dernier souhait de Mouche. À sa manière. Sans lui dire. Parce que Mouche n’est plus étrangère. Parce que cette expérience l’a changée, parce que Sophie ne laisse jamais tomber ses projets en cours de route.

Premier chagrin est un roman touchant, sensible, qui pose beaucoup de questions, notamment sur les soins palliatifs, sur le choix de ce qu’on veut faire de ses derniers jours si on a la chance de les préparer, sur la mort elle-même. Un grand roman destiné aux adolescents, mais que bien des adultes devraient le lire.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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La poésie pour contrer la mort

La perte d’un enfant est un sujet grave qui peu ou pas été abordé dans la littérature destiné destiné aux enfants. Parce que c’est un sujet grave. Parce que ce n’est pas normal pour les enfants de mourir. Parce qu’on préfère ne pas penser que ça pourrait arriver. Et pourtant, la mort infantile existe. Et c’est ce que vit Monsieur, le personnage imaginé par Gilles Tibo et illustré par Luc Melanson dans Le grand voyage de Monsieur. Un voyage sans destination. Avec pour seul compagnon un ours en peluche. Avec pour tout objet une chaise.

Un voyage peut-il aider à voir clair en soi? À aider à traverser l’épreuve? À laisser son chagrin derrière soi?

Peut-être… Il fallait la poésie pour nous le prouver.
Un album sobre et lumineux à la fois dont on sort profondément touché : on peut vivre et non pas juste survivre à la perte d’un enfant.