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Trop petit!

Il y a dans l’idée de décrocher la lune une certaine ressemblance entre l’album de Marie-Francine Hébert paru en 2002, Décroche-moi la lune et celui d’Alice Brière-Haquet paru en 2010, Pierre la Lune, une certaine analogie, mais les deux albums demeurent tout de même très différents.

Le premier mettait en scène un enfant qui demandait à son père qu’il lui décroche la lune pour lui prouver qu’il l’aimait alors que Pierre la Lune raconte les aventures d’un enfant qui voudrait bien atteindre la lune pour en prendre un morceau et le donner à sa mère, mais il est trop petit. Bien trop petit. Et la lune est si loin… Il demande donc à chacun de lui donner un coup de main afin de grimper jusqu’à elle et promet de rapporter à ceux qui l’aideront à atteindre son but un morceau de l’astre. La lune est si grosse, après tout.

Magnifiquement illustré par Célia Chauffrey, l’album disponible en 16 langues porte en lui un beau message de solidarité et d’amour. À offrir ou à garder pour soi…

La baguette magique

C’est sous le nom d’Esthel que l’illustratrice belge Estelle Meens, originaire de Visé, a d’abord signé les albums qu’elle a illustrés avant de reprendre son nom et d’écrire en plus de dessiner.

Son album La baguette magique qui nous raconte l’histoire de Lili qui s’ennuie — jusqu’à ce qu’elle trouve une baguette magique sur son chemin — est empreint de douceur et n’est pas sans rappeler certains albums de Claude K. Dubois dont Estelle Meens a été l’élève. L’arrivée de cette baguette donne lieu à une petite mésaventure et sera l’occasion pour l’auteure et pour l’héroïne de nous transmettre un message sur le véritable sens de l’amitié.

Un album tout simple, tout doux. Qui fait du bien au cœur.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Pour les beaux yeux de Rose-Marie

Le village de Tire La Chevillette, malgré sa petitesse, compte tous les services possibles pour desservir sa population. Il a même une bibliothèque. Mais un seul livre… Un seul, vous avez bien lu. Et un livre qui est attaché aux étagères avec une chaîne, si bien que nul ne peut l’emprunter. C’est que Fulbert, le bibliothécaire de Tire La Chevillette est un brin excentrique et n’a pas tout à fait compris le rôle d’une bibliothèque municipale.

L’arrivée de Rose-Marie, qui adore la lecture, va venir chambouler la vie de Fulbert autant professionnellement que personnellement, car il a un véritable coup de foudre pour la jeune femme et est même prêt à acquérir des livres pour la voir souvent.

Évelyne Brisou-Pellen signe avec Le grand amour du bibliothécaire un livre qui fera rire petits et grands de la première à la dernière ligne. Mais aussi un livre qui dépasse l’aspect uniquement ludique, puisqu’il est constitue une belle occasion de glisser en douce entre deux scènes drolatique la raison d’être d’une bibliothèque.

À offrir aux bibliothécaires sans modération. Ce n’est pas parce qu’on ne doit pas parler fort dans une bibliothèque que ceux qui y travaillent ne peuvent pas rire!

Titre pour le Challenge « Le nez dans les livres »

Vers le large

Avec Vers le large, le dernier tome de la tétralogie de la romancière suédoise Annika Thor amorcée par Une île trop loin, nous retrouvons Steffi et Nelli à la fin de la guerre alors que les rescapés des camps commencent à rentrer.

Nelli, qui a quitté l’Autriche très jeune, a presque totalement oublié sa langue maternelle et les seins. En fait, elle ne peut imaginer autre vie que celle qui a été la sienne au cours des six dernières années et souhaite ardemment être adoptée officiellement par la famille qui a été la sienne depuis son arrivée en sol suédois. Steffi, quant à elle, vit son premier amour tout en terminant des études qui devraient la préparer à entrer en médecine afin de réaliser son rêve le plus cher : suivre les traces de son père.

Ce sont donc deux points de vue et deux rêves très différents qui nous sont proposés ici, à l’heure où les adolescentes apprendront le décès de leur mère et le retour de leur père, en même temps qu’elles auront des nouvelles de leur tante qui a réussi à fuir aux États-Unis et qui serait prête à les accueillir.

L’heure est donc aux questions, aux possibilités, à la tristesse de la perte et à la joie des retrouvailles, et surtout à une grande confusion émotionnelle, alors qu’il faut maintenant la guerre terminée trouver une autre réalité sur laquelle s’appuyer.

Fine psychologue, comme elle nous l’a montré dans les trois autres tomes de cette série consacrée à deux jeunes Juives autrichiennes envoyées en Suède gr¸ace à un organisme de secours international, Annika Thor offre à ses lecteurs un roman intense et à certains égards troublant quand il est question de racines et que nos héroïnes ne savent plus où sont les leurs. Un roman qui donne à réfléchir. Une série historique émouvante.

1000 violoncelles pour une cause

Profondément touchée par le tremblement de terre qui a touché Hanshin en 1995 et par ses répercussions, l’auteure et illustratrice jeunesse japonaise Hideko Ise, qui est aussi violoncelliste, a décidé de mettre en scène le temps de l’album 1000 vents, 1000 violoncelles le concert historique qui a eu lieu à Kôbe le 29 novembre 1998 afin de venir en aide aux victimes du séisme, lequel a été repris plusieurs fois depuis.

En mettant en scène des personnages fictifs auxquels le jeune lecteur s’attache d’emblée, deux enfants et un vieil homme tous épris de musique et violoncellistes, Hideko Ise nous donne à lire une histoire où l’âme humaine se dévoile, chacun ayant des raisons personnelles de participer à ce concert exceptionnel qui a réuni dans un bel acte de générosité musiciens professionnels et amateurs de tous les âges.

Avec finesse, tant dans le propos que dans les aquarelles qui viennent soutenir le texte, Hideko Se nous dévoile la force de l’amitié, exprime par la violence de coups d’archet la rage de celle qui a perdu les siens dans le séisme et nous dit la beauté de la solidarité quand elle sert à reconstruire une communauté démunie.

Un album sur le pouvoir individuel et collectif de la musique. Un album remarquable à offrir et à s’offrir.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots

Les mains qui dansent

Quel bel album que Les mains qui dansent! Avec tendresse et douceur, Régine Joséphine s’est glissée dans la peau du narrateur, un jeune garçon dont la sœur a perdu la voix le jour où il est né. Et pourtant, Ezra avait la plus belle voix du désert et savait même parler au vent. C’est qu’Ezra est triste, si triste qu’elle ne peut plus chanter. Et le silence s’est emparé du sable et du désert.

Illustré par Sandrine Kao, l’album est à la fois un livre qui porte sur l’amour qui unit un frère et une sœur et sur la surdité, puisque le jeune narrateur ne peut entendre la voix de sa sœur. Mais il peut la sentir, nous le découvrirons en même temps que lui alors que ses mains danseront sur le tambour.

Les mains qui dansent, un album pour apprivoiser le silence et mettre fin à l’isolement.

Le violon d’Yvon

Quentin Blake n’a plus besoin d’être présenté. Ses illustrations ont fait le tour du monde, notamment celles qu’il a réalisées pour les livres de Roald Dahl en plus de celles de ses propres livres. Le violon d’Yvon raconte l’histoire d’un violoniste dont la musique déclenche des réactions fantaisistes partout où il passe. Les gâteaux poussent dans les arbres et les poissons se mettent à voler. Tout est hors de l’ordinaire.

Ce n’est donc pas le texte qui prime ici, vous l’aurez compris, puisqu’il n’est qu’accessoire afin de présenter des images colorées, amusantes et ludiques qui plairont aux petits comme aux grands. Ce qui nous fait dire que la musique a parfois le pouvoir de changer les choses et de rendre belle la vie. Tout simplement.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots challenge-des-notes-et-des-mots-4.jpg

Prince Prout

Issu d’une famille de péteurs capables de reproduire des rythmes et des chansons en pétant en chœur, Simon fait la honte de sa famille et le désespoir de sa mère, car il ne sait péter que des fleurs, lesquelles s’accumulent en quantité, ce qui nécessite un travail constant de nettoyage. Et tous les trucs, toutes les astuces possibles, comme un bouchon pour les retenir, n’arrivent pas à diminuer les pets floraux de Simon, qui est si malheureux de rendre malheureux les siens qu’il décide de quitter sa famille afin de travailler pour un fleuriste.

À peine est-il arrivé chez les Michaud qu’on se rend compte du potentiel de Simon et qu’on s’empresse de rendre le jeune homme plus productif que jamais en testant sur lui toutes sortes d’aliments afin de que l’assortiment de fleurs soit encore plus vaste. C’est une réussite totale. Les Michaud sont devenus riches et connus. Mais le fils Michaud sera-t-il en mesure de remporter le Pistil d’Or remis à celui qui offrira à la reine le plus beau de tous les bouquets alors que Simon fait tout le travail? Et aura-t-il ainsi l’occasion d’épouser la princesse Véronique? Pas sûr. L’auteur en a décidé autrement et comme dans tous les contes traditionnels, les bons gagneront. Ce qui n’est pas plus mal. Et qui, en ce qui me concerne, a fait le bonheur de la gamine qui traîne encore dans mes tiroirs.

Illustré par Christine Delezenne, Prince Prout ravira petites et grandes mains. Sourires garantis. Et même plus.

Et si les rôles étaient inversés?

Et si les rôles étaient inversés? Et si c’était le papa qui ne voulait pas aller se coucher au lieu de l’enfant? C’est ce que nous proposent Coralie Saudo, pour le texte et Kris Di Giacomo, pour les illustrations, le temps de l’album Mon papa, il est grand, il est fort, mais…, qui ravira petits et grands qui y verront là de nombreux clins d’œil.

Car si papa est grand et fort, il a tout de même peur du noir. Le lecteur l’apprendra à la toute fin quand le fils aura tout essayé pour que son fils dorme, du verre d’eau à l’histoire. Sans succès.

Un album qui est une réussite totale grâce au ton employé par l’auteure (qui est aussi illustratrice) et à la justesse des illustrations. On aurait presque envie de découper certaines pages pour décorer une chambre d’enfant tant elles sont inspirantes.

À offrir aux enfants qui ne veulent pas aller au lit, à ceux qui ont peur du noir et à tous les autres. Il n’y a pas de raison de ne pas offrir un bel album à quiconque n’est pas directement concerné par le sujet.

Du rififi à la bibliothèque

Il se passe de drôles de choses dans la bibliothèque de l’oncle de Pierrot. On entend même hennir un cheval jusque dans la cuisine où Pierrot et son copain sont en train de déguster des gâteaux. Un cheval? Et à l’étage en plus? Décidément, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond… et même quelqu’un qui veut trancher le nez de quelqu’un d’autre. Et on va laisser faire ça? Peu convaincu et quelque peu apeuré, le narrateur n’a d’autre choix que de suivre Pierrot qui a bien décidé d’en avoir le cœur net.

S’il y a du rififi dans la bibliothèque, c’est que le livre est resté ouvert et que les personnages ont sorti leur épée! Même l’oncle de Pierrot participe au combat. Mais comment a-t-il bien fait pour entrer dans Les trois mousquetaires? C’est ce que nous découvrirons au fil des pages alors qu’en compagnie des deux protagonistes nous aurons l’occasion de faire connaissance avec des héros de la littérature classique, parfois au péril de notre propre vie. Mais c’est bien connu : qui ne risque rien n’a rien!

Destiné aux lecteurs débutants, Du rififi à la bibliothèque est à la fois un roman d’aventure et une initiation à la littérature. Ça m’a rappelé les aventures de Fanfreluche de ma jeunesse, laquelle chaque mercredi lisait un conte à la télévision et se retrouvait toujours mêlée à l’histoire, ne pouvant rester de bois quand ça allait mal pour un des personnages. Je l’ai d’ailleurs retrouvée avec plaisir ici.

Titre pour le Challenge « Le nez dans les livres »