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L’arbre lecteur

Il est des livres qui, le temps de quelques images et de peu de phrases, ont le pouvoir de vous émouvoir et de vous faire rêver. Tel est le cas de L’arbre lecteur, un album destiné aux plus jeunes qui porte en lui, en plus d’une belle histoire d’amitié entre un enfant et un arbre, un message sur l’immortalité des livres.

L’arbre imaginé par Didier Lévy et mis en images par Tiziana Romanin est un arbre étrange, dont on n’a pas identifié l’essence et couvert de bosses qui permettent au narrateur de l’escalader pour aller y lire. C’est ainsi qu’il découvre que l’arbre semble aimer la lecture, les feuilles se penchant sur les livres lus par le narrateur, ou les branches ayant emprunté des livres au cours de la nuit en s’introduisant par la fenêtre.

Or, un jour, au cours d’un violent orage, la foudre a atteint l’arbre lecteur et calciné ses branches, même si l’arbre est demeuré bien droit jusque dans la mort. Mais la vie ne s’arrête pas avec la mort, comme nous le prouve cette fort jolie histoire où l’arbre lecteur deviendra livre.

Les arbres meurent, les livres demeurent. Merci à l’auteur et à l’illustratrice de nous le rappeler.

Titre pour le Challenge « Le nez dans les livres »

La grève du bain

Maman a beau dire à tout le monde qu’elle est en amour avec sa nouvelle baignoire, ça ne convaincra pas l’héroïne de La grève du bain que celle-ci est beaucoup mieux qu’Agathe, la petite baignoire sur pattes qu’elle a toujours connue. Non mais! Pas question d’utiliser cette baignoire gigantesque quasi aussi grande qu’une piscine! Et si elle s’y noyait? Les vagues et les remous, ça peut être dangereux! Et puis, c’est assourdissant quand on aime bien se laver au calme!

La petite n’a pas le choix. Elle ne se lavera pas dans ce monstre qui pourrait l’engloutir malgré tout ce que son père trouvera de jeux et de jouets pour l’attirer. Pas question! Et pourtant, le papa ne manque pas d’imagination.

Sauf que… Vient un jour où on sent mauvais, où on est sale et collant de toutes parts. Vient un jour où il faudra apprivoiser la nouvelle baignoire et s’habituer à elle.

Les illustrations de Geneviève Després donne au texte rythmé de Pierrette Dubé une idée de la taille de la baignoire dans la tête de la petite fille ainsi que de la saleté qui s’accumule au fil des heures, et rend cet album tout simplement ir-ré-sis-ti-ble.

Le piano de mamie

Un piano. Un immense piano. Un piano encombrant qui occupe une pièce a lui seul, si grand qu’on peut à peine le contourner. Un piano sous lequel on peut s’asseoir en se contorsionnant un peu ou sur lequel on peut s’allonger. Un piano muet parce que personne n’en joue. Mais un piano qu’on respecte. C’était le piano de mamie. Mamie récemment décédée.

Mais jusqu’à quel point le souvenir de mamie peut-il être lié à ce seul objet? De plus, silencieux? C’est à cette question que tente de répondre Le piano, un album signé Marion Duval, au moyen d’images éloquents et de très peu de mots.

Puis, un jour, on accepte de laisser partir le piano. Parce qu’un ami sait en jouer et que l’instrument pourra ainsi vivre à nouveau, ce que mamie aurait sûrement souhaité. Départ qui donne à chacun l’occasion de respirer à nouveau. Comme si le cœur se désencombrait du deuil en disant au revoir au piano.

Le piano : un très beau livre sur le deuil et aussi sur la musique, celle qui demeurera même si ce n’est plus mamie qui joue.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots

Une adaptation peu réussie

Le violon, c’est l’adaptation romanesque du film éponyme de 1976 mettant en vedette le violoniste Maurice Solway qui composa la musique du film, lequel remporta de nombreux prix et a été mis en nomination pour un Oscar. Une adaptation sans émotion, uniquement factuelle, un résumé de film plus qu’un roman, alors qu’il aurait été si agréable de lire un véritable roman, la trame du film étant empreinte de poésie dont le texte semble dépourvu.

C’est en effet une belle histoire que celle de ce violon longtemps convoité par un jeune garçon qui l’a vu dans une vitrine et qui a accumulé un montant en pièces de monnaie pour se l’offrir. Pas assez pour le violon de la vitrine, a affirmé le marchand, mais suffisamment pour un autre instrument. Sauf que le violon en question ne produit pas le son harmonieux auquel s’attendait Christian qui, déçu, le jette dans la poubelle, profondément déçu.

Or, un vieux monsieur qui passait par là ramasse l’instrument décide d’en jouer et de plus, réussit à en tirer des mélodies harmonieuses qui attirent Christian, qui réclame son violon. Cet épisode servira de prétexte à la naissance d’une belle amitié entre le vieil homme et le jeune garçon alors que l’aîné montrera au plus jeune les rudiments du violon.

Autrement dit, Le violon raconte une fort jolie histoire, mais de façon peu intéressante. Dommage.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots

Sophie et le relieur

L’artiste japonaise signe avec Hideko Ise un très album destiné aux jeunes sur le métier de relieur, lequel a pour toile de fond Paris, ville où elle a séjourné au début des années 1970 afin d’y étudier et à laquelle elle est demeurée attachée, comme le prouvent les aquarelles plus magnifiques les unes les autres de Sophie et le relieur.

L’héroïne de l’album, Sophie, adore les arbres. Tellement qu’elle peut passer des heures à les examiner, à parler d’eux et à relire le livre qu’elle possède depuis des années qui leur est consacré. Mais le livre a vieilli et des feuilles commencent à se détacher de la reliure, ce qui attriste profondément Sophie. Mais que faire?

Au hasard d’une promenade dans Paris, elle découvre un atelier où on répare les livres. Un atelier encombré par des papiers de toutes sortes, des fils et des outils. Un atelier où elle assiste à chacune des étapes de la remise à neuf d’un livre ancien ou abîmé alors que le relieur découpe, colle et coud en lui expliquant exactement ce qu’il fait. C’est aussi l’occasion d’un bel échange, puisque chacun partage sa passion avec l’autre, Sophie celle qu’elle entretient pour les arbres, le relieur celle des livres.

C’est donc un livre dont le titre a été changé et muni d’une toute nouvelle couverture que Sophie trouve quand elle va le chercher plus tard. Un livre presque plus beau que l’original!

Sophie et le relieur n’a rien à envier aux documentaires même s’il demeure avant tout un livre d’histoire. Il est en effet fort bien documenté et surtout magnifiquement illustré.

Titre pour le Challenge « Le nez dans les livres »

Petit Jacques deviendra Prévert

C’était écrit quelque part. Dans le ciel, dans les jardins publics, sur les bancs d’école, dans les plumes des oiseaux, dans les crayons de couleur. Sûrement.

C’était écrit. Et il n’a fait qu’obéir à son destin d’enfant qui aimait les mots et l’école buissonnière. Sans savoir que tout cela lui servirait un jour. Sans même qu’il puisse imaginer que des mots comme « paroles » et « spectacle » deviendraient des titres de livres et que sa passion pour les dialogues le ferait écrire pour le cinéma.

C’était écrit. Petit Jacques deviendra Prévert.

Un album pour donner aux petits le goût de découvrir le grand poète, celui qui ouvrait la cage des oiseaux et ébouriffait au passage les bonnes manières et les règles. Au nom de la seule chose qui comptait pour lui : la liberté.

Sonate pour un violon

Joémy aime tellement jouer du violon qu’il a choisi d’apporter son instrument en vacances à la place de ses petites voitures. Il a en effet l’intention de suivre les traces de sa mère violoncelliste et de pratiquer tous les jours comme le lui a recommandé sa professeure. Mais il ne lui est pas facile de jouer du violon quand tous les animaux se liguent contre lui un par un dès la première note, voire même avant.

Du raton-laveur qui fouille la poubelle à la chauve-souris plus effrayée que le jeune violoniste en passant par la chatte et ses chatons qui ne veulent pas être dérangés aux papillons qui quittent les lieux, tous les animaux s’empressent de chasser Joémy, non sans lui avoir parlé de vive voix. Ou même volé son archet. Tant et si bien que le jeune garçon est totalement découragé, incapable de jouer la moindre note juste, alors qu’il rêve de donner un récital exceptionnel qui ravira tout le monde.

Mais c’est sans compter sur la sagesse d’un grand-duc qui fera réfléchir Joémy afin que celui-ci trouve un sens à chacune des interventions des animaux, ce qui sera pour lui l’occasion de modifier son rapport à la musique et d’apprivoiser son violon. Ce qui nous donne un bien joli conte. Dont on sort plus sage et plus respectueux, avec une envie de chanter, de pianoter ou de gratter des cordes.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots

Les aventures de Philibert

Comment devenir un parfait chevalier en 5 jours, c’est que propose l’album à l’imagination débordante écrit par Pierrette Dubé et illustré par Caroline Hamel, lequel relate les aventures de Philibert Lamedefer, qui n’a décidément ni la carrure ni l’ambition nécessaires pour devenir le parfait chevalier qu’il devrait pourtant être, puisqu’il est issu d’une famille où on est chevalier de père en fils.

Mais Philibert n’aime ni les combats ni les défis, et encore moins les actes de bravoure. Philibert aime une chose qu’il fait d’ailleurs très bien : rêver. C’est d’ailleurs parce qu’il a la tête dans les nuages où il puise bien des idées que Philibert, même si son père Dagobert a décidé d’inscrire son fils dans une école où l’on fabrique de parfaits chevaliers, qu’il ne réussira jamais à devenir le chevalier valeureux promis.

Et c’est parce qu’il rêve presque tout le temps qu’il développe ses talents d’inventeur, lesquels lui permettront de gagner un combat contre un méchant dragon… sans sortir son épée.

Comment devenir un parfait chevalier en 5 jours, un album formidable sur la différence et sur l’imagination. Qui donne envie d’avoir un Philibert dans son entourage.

Il était une fois sous le kiosque à musique…

Quel bel album que celui imaginé par Anne Kalicky et illustré par Dorothée Duntze! Chaque page d’Il était une fois sous le kiosque à musique est si belle qu’elle donne envie de partir à la recherche de ce magnifique kiosque qui abritait les jeux des princesses Sol et Luna avant le décès de leur mère et l’arrivée de la seconde épouse du roi, qui n’a rien à envier aux méchantes belles-mères des contes de fées classiques.

En effet, jalouse de l’amour qui unit père et filles, elle profite de l’absence du roi pour les maltraiter, les enfermer et même les transformer en oiseaux en cage afin de laisser croire que les princesses sont mortes subitement, ce qui plongera le roi dans un chagrin dont il ne sortira plus. Mais c’est sans compter sur la visite de deux princes d’un royaume voisin qui découvriront le kiosque abandonné toujours aussi beau et rendront visite au roi. N’est pas dit qu’un oiseau à qui on a ouvert la cage ne deviendra pas une princesse à nouveau…

Pour la beauté des illustrations, pour ce qui se dégage d’amour de ce très beau conte traditionnel, Il était une fois sous le kiosque à musique… fait partie de ces albums qui font rêver. Rien de moins.

Une histoire qui ne tient pas debout

Les illustrations signées Sandrine Kao sont jolies, pleines de douceur et reconnaissables aux joues rouges de ses personnages. Mais ce n’est pas suffisant pour faire de l’album Aux peines perdues, écrit par Christelle Vallat, un album réussi. Les personnages sont pourtant attachants. Madame Henriette qui transforme les chagrins des passants qui s’arrêtent devant chez elle en mots doux est attendrissante, tout comme sa protégée, la jeune Adèle au cœur lourd.

Mais l’histoire ne tient pas debout. On ne devient pas la nouvelle maman d’une petite fille qui a perdu la sienne en criant ciseau. C’est pourtant ce qui arrive dans Aux peines perdues. Dommage. Car j’aimais bien les illustrations.