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Uniquement si vous aimez les romans d’aventure

Ce n’était pas tout à fait ce à quoi je m’attendais après avoir lu le quatrième de couverture. En fait, l’écart entre ce que je pensais lire et ce qu’Hubert Ben Kemoun m’a donné à lire est si grand que j’ai perdu la minute où j’ai suivi le héros alors qu’il est entré dans la bibliothèque en passant par la fenêtre des toilettes, le lieu étant fermé cette journée-là. Pile le jour où Hugo avait rendez-vous avec Garance devant la bibliothèque parce qu’il lui avait demandé des conseils de lecture alors qu’il n’aime pas lire. Il faut aussi vous dire avant d’aller plus loin qu’Hugo est amoureux de Garance.

Mais bon, je m’attendais à autre chose. À une visite du moindre recoin de la bibliothèque ou Garance servirait de guide. Peut-être. Ou alors à une chasse au trésor dans les rayons de la bibliothèque. Mais pas à ça. Pas à un roman d’aventure où la bibliothèque est devenue une jungle où des bêtes féroces ont décidé d’avoir la peau d’Hugo. Comme dans le livre que vient de terminer Garance qui a hâte de lire la suite.

Décontenancée. Déconcertée. Déçue. Trois D pour exprimer le peu de plaisir que j’ai eu à lire N’allez jamais à la bibliothèque pour plaire à la fille dont vous êtes amoureux. Mais je dois vous avouer autre chose. Je ne suis pas friande des romans d’aventure. Vraiment pas. C’est que je leur préfère les histoires de bibliothèque et de librairie. C’est comme ça.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Angèle et le cerisier

Angèle est une vieille dame qui attend chaque jour de la visite. C’est la raison pour laquelle elle prend le temps de se faire belle et prépare ses biscuits préférés. Ce sont aussi ceux de la petite fille qu’elle attend. Avec qui elle va examiner les escargots et cueillir des cerises. Une petite fille si vraie pour elle et pour le lecteur que la chute est grande quand ce dernier découvre que la personne qui vient visiter Angèle est son fils que, dans la confusion de la maladie naissante, elle appelle « papa ».

Abordé avec finesse, tendresse et douceur, le thème de la maladie d’Alzheimer, au cœur de cet album imaginé par Raphaële Frier et illustré avec poésie et amour par Teresa Lima, ne déclenche pas la tristesse. Il donne plutôt envie au lecteur de prendre Angèle dans ses bras, comme le fait Jean, son fils, qui ne peut que constater que sa mère commence à être confuse.

Angèle et le cerisier n’est pas le premier livre pour les jeunes à traiter de l’Alzheimer. (Je pense notamment à La rapporteuse de mots, Très Vieux Monsieur et Vrai de vrai, papi?) Il est bien qu’il en soit ainsi. L’enfant qui voit un de ses grands-parents oublier peu à peu les détails et même les prénoms de ceux qu’il aime a besoin de soutien pour comprendre, pour accepter, pour mieux aimer. Il est presque certain qu’il aura lui aussi un coup de foudre pour Angèle.

Meurtre au Salon du livre

Avec Meurtre au Salon du livre, l’illustratrice et auteure jeunesse Martine Delerm signe un roman policier — destiné aux 11 ans et plus — des plus réussis où se côtoient éditeurs, écrivains, attachés de presse, lecteurs et tous ceux qui aiment la littérature, ceux qui la font et même ceux qui ont une dent contre certaines politiques éditoriales.

Pour Elsa, qui a l’âge du public auquel s’adresse le roman, c’est une grande aventure que ces trois jours au Salon du livre pendant lesquels elle est stagiaire aux éditions Garnassière puisqu’elle compte bien profiter de ceux-ci pour faire connaissance avec son auteure préférée, Marie O’Faye, qui écrit des romans policiers destinés aux jeunes et en apprendre davantage sur les métiers du livre qui la fascinent tant.

Mais un événement vient modifier ses plans. Gérard Lefloch, le patron des éditions Garnassière, qui a succédé à son père, meurt des suites d’un empoisonnement alors que débutait au Café littéraire une rencontre ayant pour thème le roman policier. Mais qui donc en voulait à Lefloch pour l’éliminer ainsi en plein Salon du livre? Elsa a décidé de mener sa propre enquête!

Martine Delerm s’est donc glissée dans la peau de la jeune héroïne afin de nous faire vivre un événement littéraire de l’intérieur et une enquête. Le résultat est un roman qui fourmille de clins d’œil (il y a même à l’endroit de l’incontournable Agatha Christie) en même temps qu’il est l’occasion pour le lecteur de se familiariser avec des termes propres au monde du livre qui se trouvent expliqués dans un glossaire à la fin du livre. Meurtre au Salon du livre est une belle réussite et devait plaire autant aux jeunes amateurs de littérature policière qu’aux enseignants qui verront là une belle façon d’initier les jeunes aux métiers du livre et de leur donner envie de fréquenter les salons du livre.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Au bout des rails

Il y a autre chose dans la vie que les parcours tracés d’avance auxquels se conforme une grande partie de la population, sans se poser de questions sur ce qui les pousse à aller ainsi, presque à l’aveuglette. Il y a autre chose que les rails d’un chemin de fer autant pour les passagers du train, son conducteur et celle qui poinçonne les billets. C’est ce qu’apprendront ces deux derniers, Victor et Magda, alors qu’en pleine campagne, au bout des rails… il n’y a plus de rails.

Alors que certains passagers décident de rebrousser chemin tandis que d’autres préfèrent patienter, imaginant sans doute que des rails seront installés dans un délai raisonnable afin qu’ils puissent poursuivre leur route, Victor et Magda décident de continuer leur route à pied en traçant eux-mêmes des rails en utilisant de la peinture. Mais très vite, ils n’arrivent pas à s’entendre sur la direction à prendre et n’ont d’autre choix que de se séparer, ce qui nous donne l’occasion de suivre Victor partout dans le monde alors qu’il voyage désormais sans rails, ayant assez rapidement vidé son pot de peinture.

Une superbe aventure que celle imaginée par Manuela Salvi, qui prend tout son sens grâce aux illustrations signées Maurizio A. C. Quarello, que vous pouvez découvrir ici, lesquelles ont un côté suranné qui me plait beaucoup en même temps qu’elles laissent beaucoup de place à l’imagination du jeune lecteur qui devrait y voir une invitation à sortir du troupeau, à laisser là les sentiers battus et à se démarquer.

Un écrivain à la maison

Certains livres sont de tels régals qu’il arrive qu’on se dise, en constatant qu’il ne reste plus que quelques pages à lire, qu’on aurait bien aimé n’en être qu’au commencement et non pas à la quasi-conclusion. C’est le cas du roman de Roland Fuentès, pour les dix ans et plus, qui nous raconte les dessous du premier salon du livre de Saint-Cloque, une belle occasion pour quelques profs, une pognée de jeunes, des commerçants et autres dignitaires de s’unir.

Il n’y a pas de temps à perdre et encore tant à faire! C’est ce dont nous fait part Gérald, le narrateur, à qui a été confiée la mission de recevoir Christian Rivage, un de ses auteurs préférés, qui excelle dans l’humour et se débrouille beaucoup moins bien quand il est question d’être sérieux ou quand il tombe amoureux.

Un écrivain à la maison, c’est aussi un livre sur les écrivains, sur les rapports qu’ils entretiennent avec leurs lecteurs et avec leur métier, un roman sur l’amitié, sur l’amour de la littérature, celle d’une autre époque comme celle qui s’écrit, sur les rêves d’un garçon et sur l’amour.

Et c’est surtout un roman irrésistible. À tel point qu’on aurait presque envie d’être entouré d’enfants de dix ans pour leur suggérer ce titre. (Et leur glisser en douce qu’il y a une à ce roman suite et qu’on se promet de la lire…)

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Sur le fil

Le temps de quelques portraits, Riki Blanco nous présente chacun des artistes du cirque. Du lanceur de couteaux, à l’homme-canon amoureux de la trapéziste, en passant par la diseuse d’aventure, le dompteur de puces, l’ouvreuse , le chef d’orchestre et bien d’autres, c’est tout un monde d’émotions et de rêves qui nous est dévoilé. Avec finesse et avec amour, Riki Blanco nous révèle les travers et les talents de ceux et celles qui ont choisi cette vie parallèle qu’est celle du cirque, laquelle est source de tourments comme de bonheurs qui, s’additionnant, donnent à leur quotidien un sens qui pourrait échapper à d’autres qu’eux et qui nous est livré ici avec générosité et sensibilité.

Malgré un beau texte et des personnages attachants, l’album demeure un peu sombre, l’auteur ayant choisi le brun comme couleur principale. Dommage. J’aurais aimé des couleurs plus vives, plus souriantes que ce brun.

Mais je ne regrette pas ma promenade au cirque. Sur le fil et autres histoires demeure un bel album sur cet univers à part qu’est le monde du cirque.

Le petit chevalier qui n’aimait pas la pluie

Ou je n’ai pas compris. Ou je suis passée à côté de quelque chose. Ou les règles de grammaire ont été changées sans que je n’aie été avisée de la chose. Mais il y a décidément quelque chose qui ne fonctionne pas avec Le petit chevalier qui n’aimait pas la pluie.

Le livre a pourtant été récompensé par le prix Québec/Wallonie-Bruxelles 2013 et les illustrations signées Geneviève Després sont des plus réussies, tout comme le concept de l’histoire racontée à laquelle s’ajoutent des petits commentaires venant appuyer celle-ci.

Mais justement, c’est le développement de ce concept qui, à mon avis, fait problème. L’histoire étant racontée au passé, pourquoi a-t-on choisi d’utiliser le présent pour les commentaires concernant les actions des personnages? Pour de jeunes lecteurs, cela ne peut apporter que de la confusion que d’utiliser des temps différents pour des actions simultanées. Et pour des enseignants, il me semble que cela pourrait aussi constituer un obstacle — à l’heure de l’apprentissage de l’écriture — pour la plupart des lecteurs potentiels de cet album pourtant ludique, mettant en scène un héros qui a peur de la pluie parce qu’elle pourrait faire rouiller son armure et qui doit justement affronter tous les dangers parce qu’elle sévit depuis plusieurs jours.

Je suis donc mitigée. Autant j’ai été séduite par l’histoire, le concept et les illustrations, autant je ne peux le conseiller à cause de l’inconfort causé par la non-uniformité des temps de verbes qui nuisent à la lecture.

Saltimbanques

Entrer dans l’univers des Saltimbanques, d’abord imaginés par l’illustratrice Emmanuelle Houdart qui a soumis ses personnages à Marie Desplechin pour qu’elle les raconte et tisse une toile dans laquelle ils pourront se déployer à leur juste mesure, c’est s’aventurer sur un piste ou se joue le destin d’une faune remarquable, à la fois grotesque et touchante. S’y côtoient des sœurs siamoises, une femme à barbe, le lanceur de couteaux, et bien d’autres, artistes d’un cirque qui s’arrête pour six semaines dans le village du narrateur, un enfant de dix ans qui, année après année, nous livrera ce qui unit chacun d’entre eux, ce qui les divise, ce qui les rend uniques et attachants.

L’album, immense, nous donne l’occasion d’examiner dans les moindres détails chacun des personnages, dont seule une partie a été exploitée dans le texte qui tient sur une page, elle aussi immense, donnant ainsi au jeune lecteur d’imaginer bien des histoires à partir d ce qui a été laissé volontairement dans l’ombre.

De plus, l’album donne lieu à un voyage exceptionnel où celui qui voudra s’asseoir dans les coulisses en compagnie ds deux créatrices ne pourra que se laisser emporter et séduire tant l’itinéraire proposé est invitant, nous entraînant sur les chemins de l’imaginaire et les avenues qu’emprunte parfois le cœur à l’heure où il hésite encore.

Saltimbanques, un album rien de moins que remarquable.

La passion de Léna

Léna avait trois ans quand elle a rencontré Mélodie, une jeune violoniste qui joue dans la rue. Elle est fascinée, émerveillée, totalement subjuguée. Et elle n’a plus qu’une idée : apprendre le violon. Ses parents, n’ayant pas saisi la détermination qui dépasse l’engouement de la petite lui offrent une guitare en plastique, pensant bien faire. Mais ils ont tout faux. Léna sait ce qu’elle veut. Et l’obtiendra. Ce qui sera l’occasion d’une série de rencontre avec des professeurs que la petite rejette, car elle a une idée bien arrêtée de ce qu’elle attend de celui ou celle qui lui apprendra à « nourrir de notes » son violon. La rigueur et la sensibilité d’Anouchka conviennent à Léna qui a écarté quatre candidats.

Ainsi commence cette aventure qui unit Léna et la musique, une histoire d’amour qui lui permettra de faire face à chacun des obstacles qui se présentent et à affronter les pires douleurs. Car Léna n’est plus seule. Chacun des violons qu’elle serrera contre elle afin de le nourrir de notes et dont la taille variera en même temps qu’elle grandira sera pour elle aussi important qu’un être humain.

C’est cette passion que nous raconte Béatrice Hammer dans Le quatuor de Mélodie, dont le titre me semble mal choisi, ne trouvant son explication qu’à la toute fin du roman tout en insistant sur le personnage de Mélodie qui ne fait que des apparitions ici et là alors que Léna est le personnage principal. On pourrait aussi reprocher à l’auteure l’abondance de drames et la facilité avec laquelle la jeune fille de 14 ans se laisse séduire par un garçon qui a plus de 20 ans, deux choses qui m’ont beaucoup dérangée alors que j’ai aimé le personnage de Léna, sa volonté, son amour/besoin de la musique, et la façon de raconter de l’auteure. Mais je n’ai plus l’âge des jeunes filles auxquelles le livre st destiné. Et il est fort probable qu’elles aient un autre regard sur mes réticences.

Il n’en demeure pas moins que Le quatuor de Mélodie est un belle histoire d’amour entre une fillette et la musique.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots

Tiroirs secrets

Avez-vous eu l’occasion un jour d’ouvrir le tiroir secret de quelqu’un et d’y découvrir des objets inusités? C’est ce que propose, avec le très bel album Les tiroirs secrets, publié chez Sarbacane, le tandem composé de Xabi M., pour les textes et d’Olivier Thiébaut pour les illustrations, lesquelles sont en fait des boîtes concoctées par le plasticien, qui ont été photographiées pour l’occasion.

Ces boîtes, ce sont des tiroirs secrets. Ceux d’un clown, d’un vieux soldat, d’une fourmi, d’un lion, d’un mendiant, d’une grand-mère, d’un exilé, d’un horloger et de quelques autres. Des tiroirs qui portent en eux des souvenirs et des rêves et dont le contenu, qui peut paraître hétéroclite, n’a pas été choisi au hasard.

Cela donne un livre qui fait rêver. Un livre qui raconte des histoires. Un livre dans lequel il fait bon s’attarder. Un livre qui sert de prétexte à entrer sur la pointe ds pieds dans la vie de certains. Dans celle d’un écrivain, notamment. Où « … il y a des phases maladroites, des adjectifs usés, de mauvaises idées et tout un attirail de mots dont l’écrivain n’a plus envie. »

Et dans le vôtre, qu’y aurait-il? Une page est réservée au lecteur à la tout fin. Qu’il ait 7 ou 107 ans. Car Tiroirs secrets, bien que destiné aux jeunes, est à mon avis un album pour tous ceux qui rêvent encore…