Commentaires récents
Admin:
Archives:
mai 2026
D L M M J V S
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  
Le peintre des drapeaux

peintre-drapeaux

On peut faire preuve de sobriété dans les dessins et de simplicité dans le texte sans pour cela ne pas émouvoir et sensibiliser. C’est le cas de l’album concocté par Alice Brière-Haquet et Olivier Philipponneau intitulé Le peintre des drapeaux, lequel met en scène un peintre — évidemment — dont le bonheur est de dessiner jour après jour des drapeaux pour tous les pays du monde. Des drapeaux pour prôner la liberté de chacun. Pour diffuser l’amour qui se tisse entre les uns et les autres. Pour parler de l’égalité qui permet d’être heureux.

Et pour cela, il utilisait le rouge, le bleu, le jaune, le vert, le noir et l’orange. Inlassablement et avec un bonheur évident et incontestable qui devenait celui de tous ses clients, qui repartaient heureux, avec leur drapeau coloré sous le bras.

Mais il ne pouvait en être ainsi éternellement. Il fallut qu’un général devenu président veuille ajouter des étoiles à son drapeau. C’est ainsi que le peintre des drapeaux apprit ce qu’était la guerre. La boue grise des tranchées. Et la mort malgré le drapeau blanc qu’il avait tendu dans un geste ultime et fou pour tenter d’arrêter les combattants.

On raconte que, depuis, les coups de feu s’arrêtent quand quelqu’un passe avec un drapeau blanc.

Une histoire toute simple, mais qui porte en elle le poids des guerres et de la paix, une fois de plus un thème beaucoup trop présent dans l’actualité. Un livre qui aidera à expliquer. Même si nous ne comprendrons jamais le pourquoi des guerres.

Papa, maman, nos livres et moi

papa maman

Vous arrive-t-il de lire un album pour enfants parce que le quatrième de couverture était des plus tentants et de le fermer en vous disant que vous n’en retiendrez rien?

C’est ce qui m’est arrivé avec Papa, maman, nos livres et moi, que signe Danielle Marcotte dont, en général, j’apprécie beaucoup les livres, un album d’ailleurs joliment illustré par Josée Bisaillon.

Se voulant un hommage à la lecture, l’album destiné aux jeunes lecteurs peut être considéré comme réussi si on ne s’attarde que sur cet élément. Mais qu’apporte-t-il de plus qu’un joli clin d’œil à des scènes de lecture en famille dans toutes sortes de lieux et avec chacun des membres d’une famille? J’avoue ne pas être en mesure de vous le dire. Je suis demeurée sur ma faim.

L’adulte en moi était peut-être trop présente pour que je puisse prendre un réel plaisir à ce livre. Du moins, c’est ce que je me dis pour excuser mon peu d’enthousiasme.

Maintenant, à vous de juger.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Pour les ados qui rêvent de changer le monde

cellule

Avec La cellule Hope, pour lequel Muriel Kearney a reçu le prix Cécile-Gagnon, le lecteur entre dans un univers peu exploité dans la littérature québécoise destiné aux jeunes, voire pas du tout. Il est en effet ici question des mines, des conditions de vie de ceux qui y travaillent et des actions choisies pour que changent les choses.

Hope, qui a quitté la Californie et ses parents à 18 ans et s’est installée chez sa tante à Montréal, a la ferme intention de réparer toutes les injustices de ce monde et pour ce, a décidé de se consacrer à la mobilisation citoyenne. Sérieusement. Pas superficiellement, comme elle estime que Greenpeace le fait.

Comme elle est révoltée contre sa famille, l’occasion est belle de porter un coup à celle-ci quand elle découvre que son père ne traite pas de la même manière tous ses employés des mines. En effet, ceux du Mexique travaillent dans des conditions de travail déplorables et dangereuses qui méritent d’être dévoilées.

Entourée de deux garçons de son âge, elle mènera donc à bien son projet en mettant la vie de ceux-ci en péril et en les abandonnant quand elle obtiendra ce qu’elle voulait : des photos d’une mine québécoise.

Le roman est rondement mené. En moins de 100 pages, tout est bouclé. Et ça tient la route. Mais il manque ce petit quelque chose qui ferait qu’on s’attache aux personnages et à la cause défendue ici. Hope est tellement manipulatrice et les garçons si mous qu’on ne peut trouver sympathique aucun de ceux-ci.

Retenons donc l’efficacité dans le traitement du sujet abordé et le rythme enlevant qui devraient captiver les adolescents un peu idéalistes.

Texte publié dans

logo-challenge-tous-prix Titre pour le Challenge à tous prix, La cellule Hope ayant reçu en 2013 le prix Cécile-Gagnon.

Le secret de Sara

secretde

Marie, quand elle s’adresse à sa voisine qui lui apprend la musique, l’appelle tout simplement Sara. Marie ne dit jamais « Madame Tannenbaum ». Marie ne connaît pas l’histoire de Sara. Elle sait que Sara est vieille, qu’elle a des provisions pour tenir un siège, qu’elle ne veut pas que Marie touche au piano quand elle a les doigts sales. Elle sait aussi que Marie est souvent triste. Et peut-être même qu’elle n’a jamais eu huit ans, car elle lui a demandé comment c’était d’avoir huit ans.

Marie voudrait tant voir sourire Sara. Savoir quel est ce secret qui pèse sur ses épaules et la fait se ployer alors que Marie voudrait lui montrer le soleil et puis toutes ces petites choses qui font qu’avoir huit ans est le plus bel âge de la vie. Mais comment faire?

Sara voudrait bien oublier. Avoir huit ans pour la première fois. Retrouver cet âge qu’on lui a volé à tout jamais. Faire de la musique pour le plaisir, chanter et même danser. Enlever aux leçons leur rigueur. Aimer la petite Sara sans avoir peur que celle=ci l’abandonne, Mais comment faire?

Et si, tout simplement, parce que Marie a vu une photo de Sara à son âge, elles avaient toutes les deux huit ans le temps d’un après-midi? Ou peut-être même davantage?

Le secret de Madame Tannenbaum que l’enfant ne découvre qu’à la fin, après ces images où elle porte une étoile jaune, est un album bouleversant dans son sens premier, mais aussi à cause de l’économie de mots pour que l’évocation de ce dont on ne dira rien soit suffisante. C’est aussi un album tendre, un album écrit avec les mots du cœur, illustré avec les yeux du cœur.

Pour toutes les Sara Tannenbaum de la terre, pour tout ce qu’elles ont vécu, autrefois, pour tout ce qui les empêche de vivre certains jours, pour qu’on n’oublie jamais.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots

La guerre des mots

Impression

Le titre et l’idée m’avaient conquise. Mais il faut plus que cela pour faire un bon livre. Il faut y mettre le temps et aller au-delà du clin d’œil. Ne pas demeurer à la surface des choses.

C’est pourtant ce qu’ont fait Thierry Dedieu et Frédéric Marais avec La guerre des mots, un album qui s’adresse aux cinq ans et plus selon l’éditeur. Lequel raconte comment les mots ont décidé de reprendre le pouvoir actuellement dans les mains des chiffres, qui sont désormais partout. Pas moyen de faire un pas, de poser un geste ou de mettre en route un projet sans qu’ils n’interviennent et usurpent la place accordée autrefois aux mots.

À la guerre comme à la guerre! En deux temps trois mouvements, voici les chiffres éliminés. Mais peut-on vivre sans chiffres? Il suffit de signer un traité de paix afin que chacun ait sa place.

C’est tout simple, non? Simpliste, même. Et avec des illustrations sans intérêt, voire, dans certains cas, carrément laides.

Et pourtant, j’aimais le titre et l’idée.

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Le bus de Rosa

Impression

J’ai toujours un faible pour les histoires qui mettent en scène des grands-pères. Probablement parce que j’ai eu la chance de grandir auprès d’un grand-père maternel présent, attentif, curieux de tout. Un grand-père qui était à mes yeux un héros et qui demeure toujours une inspiration.

Il n’était pourtant pas parfait. Et s’il fut un héros, aucun livre ne parla jamais de lui. L’héroïsme est souvent banal quand il n’est pas celui des exploits qu’on étale.

Le grand-père de Ben n’est pas un héros lui non plus. Sinon qu’aux yeux de son petit-fils qui, ce jour-là, ne comprend pas où son aîné veut en venir quand ils s’assoient côte à côte dans un autobus d’un autre temps, au Henry Ford Museum. Or, aujourd’hui, maintenant que Ben est assez grand pour comprendre l’Histoire, son grand-père va lui raconter, au moyen d’une anecdote, l’exploit d’une femme noire qui changea à tout jamais le cours de celle-ci en refusant de se lever afin de donner sa place à un Blanc.

Cette femme, c’est Rosa Parks. Celle qui brava cette loi ségrégationniste et la fit changer. Et Ben est assis là où elle était assise ce jour de 1956 alors que son grand-père est assis là où il était assis ce jour-là. À côté de Ben. Afin de lui raconter dans les moindres détails ce qui se passa dans l’autobus en cette fin d’après-midi. Afin de lui parler de cette femme exceptionnelle, de ce qu’elle a fait pour les siens, de ce pasteur qui s’est aussi battu. Afin qu’il sache d’où il vient et qu’il ne l’oublie jamais.

Un album émouvant qui redonne à Rosa Parks ses lettres de noblesse. En même temps qu’il nous rappelle de ne pas baisser les bras devant l’injustice.

À offrir à tous les enfants de votre entourage.

Un si petit chapeau

petit chapeau

Il était une fois un ours qui avait possédait un petit chapeau, un très petit chapeau, un chapeau minuscule, en fait. Un chapeau bien trop petit pour lui, un chapeau qui ne lui tenait pas sur la tête, mais auquel il était attaché. Un chapeau qu’il décida de déposer sur un banc pour qu’il trouve tête à sa taille. Ce qui finit par arriver, puisque le chapeau disparut.

Bien sûr que l’ours fut triste. Et qu’il s’ennuya de son ami disparu. Même si le bonnet tricoté par sa grand-mère le tenait bien au chaud, ce que n’avait pu faire le minuscule chapeau.

Le temps passa. Puis vint le printemps qui ramena un oiseau parti se réchauffer les plumes durant la saison froide. Un oiseau tout petit qui portait sur la tête le tout petit chapeau. Et qui avait pour l’ours un cadeau : un chapeau à sa taille, identique au sien.

Une histoire toute simple, avec peu de mots, des illustrations de Marjorie Béal s’étalant sur deux pages. Un album qui a le goût du bonheur et qui fait battre le cœur des enfants et des grands. Un album rouge où les larmes sont bleues.

Coup de foudre assuré. Si, si. Rien de moins. À moins que vous ne fassiez partie de ces gens (infréquentables) revenus de tout.

Les échasses rouges

échasses

J’aime les contes qui me surprennent et me ravissent, qui me font rêver et qui m’attendrissent. Et j’aime les lire et les relire quand ils possèdent à mes yeux toutes les qualités. C’est le cas du très bel album écrit et illustré par Éric Puybaret, Les échasses rouges, où il est question d’une ville sur pilotis, de ses habitants qui utilisent des échasses pour se déplacer, et de Léopold, qui a des échasses tellement grandes qu’il a la tête perchée dans le ciel.

Et de là-haut, on ne se rend pas toujours compte de ce qui se passe en bas, beaucoup plus bas, parce qu’il y a les nuages, les étoiles et la pie, son amie. Jusqu’au jour où celle-ci, vêtue de ses plus beaux atours, abandonne Léopold à ses hauteurs afin de participer à la fête annuelle qui se tient là-bas, en bas, vraiment bas. Si bas qu’il lui faut se pencher, se pencher et se pencher pour découvrir ce qui s’y déroule. Et surtout ce qui ne s’y déroule pas, la réserve de bois étant tombée à l’eau, ce qui empêche la fête de battre son plein, car impossible de faire un feu sans bois sec.

Et pourtant… il y eut un feu. Un immense feu de joie. Grâce à Léopold qui sacrifia ses échasses pour le bonheur des autres.

N’est grand que celui qui a un grand cœur. Ce conte magnifique nous le prouve. Quant aux illustrations, chacune d’elles est un poème.

Un album parfait.

echasses-rouges

Pour amateurs de superhéros

jules

En général, les jeunes lecteurs lisent un produit fini. Ils ne savent donc pas comment il est né, quel travail a été fait par l’auteur, à quel moment les illustrations ont été ajoutées, ou même si celles-ci ont précédé le texte.

Pour son premier album, Paul Martin a choisi de mettre l’imagination à l’honneur et de donner toute la place à Jules, un jeune garçon qui passe ses journées à dessiner, ou plutôt qui « passait ». En effet, Jules est à court d’inspiration. Mais heureusement, Bob Batry est là!

Bob Batry est un des personnages inventés de toutes pièces par Jules et il a besoin de son créateur pour sauver la Terre, ce qui va donner lieu à une mise en abyme, procédé courant dans la littérature pour adultes, beaucoup plus rarement utilisé dans les livres qui s’adressent aux jeunes, tout particulièrement aux premiers lecteurs.

Ce que vont vivre de pair Jules et Bob Batry, aux prises avec le méchant Zack, ne pourra trouver son dénouement que si le garçon dessine l’histoire au fur et à mesure de son déroulement dans le cahier rouge que lui a offert Bob. L’un et l’autre deviennent donc, le temps de cet album, des superhéros à l’image des Superman de tout acabit.

L’album ne constitue pas un apport remarquable à la littérature jeunesse, laquelle fourmille de très beaux et très bons albums, même s’il a quelque chose de sympathique dans sa démarche et dans sa forme. Fallait-il vraiment, pour nous montrer le pouvoir de l’imagination, faire appel aux superhéros? L’album de Paul Martin ne m’en a pas convaincue.

Texte publié dans

Un sujet rarement abordé

jl

C’est plus le sujet de La mission secrète de Julia Léveillée que l’écriture qui retiendra l’attention des enseignants, des parents et des jeunes. Avec raison. La schizophrénie est un sujet rarement abordée quand il est question de fiction et je ne crois pas qu’elle ait été traitée dans la littérature jeunesse au Québec.

Or, elle existe. Des jeunes y sont confrontés. C’est parfois un parent qui est atteint, ou un frère, une sœur, ou encore un membre de leur famille plus éloigné. Dans le premier roman de Julie Vincelette, c’est une voisine, mère d’une des filles de sa classe avec qui elle n’est pas vraiment liée. Une femme qui se berce toute la journée en fumant et en poussant des cris, ce qui fait dire aux uns et aux autres qu’elle est une sorcière ou tout simplement une folle qu’il faut éviter d’approcher. Mais Julia veut comprendre.

L’occasion lui est donnée grâce aux pouvoirs que lui a légués sa grand-mère, lesquels lui permettent de communiquer avec un écureuil qui lui expliquera en quoi consiste la maladie de sa voisine et les conséquences de celle-ci sur sa famille. Cela vous semble compliqué? Vous êtes loin de la vérité. J’ai eu du mal avec tous ces moyens détournés pour parler de maladie mentale empruntés par l’auteure qui, j’en suis certaine, voulait bien faire en apportant un peu de magie dans tout cela.

Malgré tous ces détours pour arriver à ses fins et les éléments de fantastique intervenus pour faire progresser l’histoire, avec lesquels certains pourraient avoir du mal, Julie Vincelette s’en tire assez bien et nous raconte une histoire qui tient la route, attendrissante et éducative, qu’on ne peut abandonner tant qu’on n’en connait pas l’issue.

De plus, même si la maladie mentale est au cœur de La mission secrète de Julia Léveillée, d’autres sujets sont finement abordés, comme l’éducation, la famille, l’amitié, le sens du devoir et des responsabilités, la méchanceté des enfants, la différence et la peur du jugement d’autrui. Ce qui ajoute au sujet de départ et fait de ce roman quelque chose d’étoffé qui pourra aider nombre de jeunes dans la même situation.

Texte publié dans