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Contempler la Meuse à nouveau

palmaerts

Parce que dans neuf mois, à moins d’un imprévu, je ne serai probablement pas loin de la Belgique ou peut-être déjà là, je rêve déjà des bords de Meuse. Et cette toile de Roland Palmaerts, un Belge installé au Québec depuis 1980, a tout pour m’inspirer. Et pourtant, je reste là, pantoise.

Et c’est au poète mosan François Bovesse que je laisserai le soin de décrire la Meuse, lui qui l’aimait tant et que d’autres m’ont fait aimer:

Ô Meuse, mon pays, mon doux pays, Ô Meuse

Je t’aime pour ce qui te fait ce que tu es

Pour chaque matinée à l’écharpe brumeuse

Où dans le brouillard bleu, chaque jour tu renais.

Je t’aime mon pays pour ta fine lumière

Qui met des reflets roux sur le bleu nos toits,

Et des baisers dorés sur nos maisons de pierre

Où de simples bonheurs parlent un lent patois.

Les frites de Poulseur

frites

Elles ne goûteront jamais celles de Poulseur. Les premières de mes frites belges. Celles du soir de l’arrivée aux Guillemins sous une pluie battante. Celles d’une friterie en bord de route où tout nous émerveille, parce qu’on a si attendu si longtemps, qu’on a réussi, que ça y est, on a conquis la Belgique qui d’avance, avait conquis celle attablée devant ses boulets/frites.

On m’aurait offert un trésor, voire la lune, je n’aurais pas été plus heureuse. Probablement émue. Il y avait là l’homme qui avait tout déclenché, qui avait donné à la curieuse que je n’ai jamais cessé d’être, le goût de sa Belgique, des routes vertes de Wallonie, de la langue aux expressions imagées, du surréalisme de ses artistes. Et il y avait des frites, de tous les emblèmes celui qui caractérise le plus – le mieux ? – ce pays qui fait partie de moi au même titre que celui de mes origines.

Et elles étaient bonnes. Et j’étais affamée. Pas juste du ventre mais de l’esprit et du cœur. J’allais enfin m’en mettre plein les yeux de ces paysages qui illustraient mes guides. J’allais enfin entendre au quotidien cet accent grave des Wallons aux A bien cassés qui ressemblent à ceux de chez nous. J’allais enfin pendant 18 jours vivre à l’heure belge, sans décalage horaire, puisqu’il y avait des mois que je vivais entre les deux. Et tout cela, je le voyais dans mes frites que je plongeais dans la mayonnaise.

Et ce midi, alors que je dinais avec Sophie et Marie-Eve, nous partagions tout haut toutes sortes de pensées et de réflexions. Ainsi, celle de la meilleure bouteille de vin qui nous serait offerte et qui nous paraîtrait insipide si nous la buvions seules. Alors qu’une piquette avec des gens qu’on aime est un délice.

Et je crois bien que ces frites ,qui n’étaient sûrement pas les meilleures que j’aie mangées en Belgique au sens gastronomique du terme, étaient malgré tout les meilleures tout court, parce que j’étais dans l’enthousiasme, avec quelqu’un séduit par mon appétit pour la vie et pour ce pays qui est le sien. Non, je ne crois pas qu’un jour Jacques pourra oublier ces minutes où je dévorais mes frites comme je dévore chaque minute qui m’est donnée.

Quand Comblain-la-Tour était un haut lieu de jazz

comblainlatour

Ce soir, je pense à ces fois où j’attendais le train à Comblain-la-Tour, village natal de l’artiste wallon Joseph Huberty, juste là, à côté de la sculpture des jazzmen . Souvenir de cette époque, pas si lointaine, où s’est tenu dans ce joli village de l’Ourthe un festival de jazz. Première édition en 1959 et dernière il y a 40 ans cette année.

Je me souviens de cette fois chez Sylvia où j’ai parlé de cette sculpture qui avait attiré mon regard. Je ne pouvais mieux tomber, et je ne le savais pas. C’est dans sa maison – qui était alors celle de ses parents – qu’a logé Joe Napoli, le grand manitou du festival, toutes les années où il a eu lieu. Village qu’il avait choisi entre tous pour l’accueil qu’il y avait reçu en tant que GI en 1944.

Je revois les yeux de la mère de Sylvia quand elle parlait de Joe Napoli qui est revenu visiter ses amis régulièrement, bien après que le festival n’existe plus. Je la revois demander à Sylvia d’aller chercher une photo tandis qu’elle me racontait la bonté et la chaleur humaine qui se dégageaient de cet homme.

Il suffisait d’un train à prendre, d’une gare où trône une sculpture et d’une question pour que s’ouvre à moi un pan de la petite et grande histoire de Comblain-la-Tour. Comme j’aurais envie en cette minute de me retrouver là, à attendre un train qui me mènerait vers Liège, Huy, Bruxelles ou Ostende. Je ferme les yeux et je l’entends entrer en gare.

La belgophilie est une maladie qui s’attrape

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C’était fête hier chez Frite Alors de la 9e avenue. C’est là que se sont retrouvés des Belges de Montréal pour signaler la fête nationale et chanter La Brabançonne. Pour manger des frites, boire de la bière, causer et danser. L’endroit, même si bondé et où il faisait une chaleur accablante, avait quelque chose de convivial qui donne un goût de revenez-y. Et c’est dans la bonne humeur, avec les assiettes qui passaient au-dessus des têtes, qu’André, le patron, faisait de son mieux pour que tout le monde ait un verre ou de quoi manger, tandis qu’Alain, le g.o. de la soirée, s’occupait de la musique.

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Les frites étaient bonnes – c’est la spécialité de la maison-, les saucisses aussi, mais c’est encore plus l’ambiance que je retiendrai de cette soirée. Les conversations entre gens qui ne se connaissaient pas et qui se retrouveront pour une autre fête en septembre. La chaleur humaine et la compagnie de mes amies. Je crois bien que je vais en faire des belgophiles: je suis contagieuse.

Bonne fête chers amis belges!

bieresmeuse

Seront-elles de Meuse ou d’ailleurs celles que je goûterai ce soir à la fête des Belges ? Elles seront belges, c’est la seule chose que je sache. Et que je trinquerai avec Christiane et Francine, à la santé de tous ceux que j’aime et qui sont à des milliers de kilomètres d’ici.

Je lèverai haut mon verre à la santé de:

– Alain et Annick, qui tiennent la taverne de la Tour, à Comblain-la-Tour;

– Armando, le Portugais de Bruxelles;

– Carine et les siens, Yunes et Nohra, qui me feront découvrir Andenne l’an prochain et qui font partie de mon quotidien;

– Chantal et sa tribu, Simon, Denis et Lucie, à Antheit, peut-être en train de profiter de l’immense jardin;

– Christel, à Luttre, petite fée qui ensoleille la vie de ceux qu’elle croise, même si elle en doute;

– Elfi, qui s’ennuie toute seule dans sa campagne près de Charleroi et avec qui je ferai du bœuf bourguignon l’an prochain;

– Eugénie, à Eupen, pour toutes ces heures ensemble l’été dernier;

– Fabien, mon frère poète de La Louvière, sans qui il manquerait à ma vie tant d’amour;

– Gina, du café des Sports de Hamoir, qui doit être bien occupée à servir de la bière aujourd’hui, comme Nathalie et Jean-Claude;

– Jacques, à Comblain-la-Tour, celui qui a ouvert mon cœur à la Belgique;

– Jean-Louis et les siens, à Alleur, que je verrai aussi en 2007 si tout va bien;

– Jean-Marc, l’homme de Profondeville qui ne dort pas la nuit et qui est ce soir aux Francofolies de Spa;

– Jocelyne, la sauvage d’Anthisnes, ma sœur adoptive;

– Marie, qui vit près d’Arlon et dont je suis sans nouvelles mais pour qui j’espère le meilleur qui tarde à venir;

– Nathalie, à Villers-le-Bouillet, qui aura toujours dans mon souvenir les yeux émerveillés qu’elle avait à Bruges;

– Olivier et Lisa, que j’irai voir à Enghien ou ailleurs l’an prochain;

– Patrick, à Luttre, peut-être en train de survoler quelque coin du pays en hélico;

– Ricardo, l’homme de Namêche et à jamais pour moi le corsaire complice de Dinant;

– Sébastien, à Lessines, que je considère aussi comme un petit frère et avec qui j’ai traversé des orages, les siens comme les miens;

– Sylvia et ses parents, à Comblain-la-Tour, pour une glace à Durbuy et plus encore;

– Sylvia, Marcel et les enfants, à Thieu, que j’imagine au camping en train de fêter.

C’est à eux tous que je pense en ce 21 juillet, jour de fête nationale, que je fête comme si c’était la mienne.
C’est à eux tous, amis avec qui j’ai trinqué il y a un an et ceux avec qui je trinquerai que je pense.
Et c’est, une fois de plus, le cœur en fête, que je m’apprête à partir, petits messages envoyés aux uns et aux autres, ou alors sms, pour leur dire que je fête avec eux.

Mais savent-ils à quel point ils me sont essentiels et combien je les aime ?

Je crois bien que je suis un peu belge

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Sous un soleil qui brûlait – mes bras en ont fait les frais-, j’ai servi de la Leffe une bonne partie de l’après-midi hier, non sans une pensée pour Gina et Nathalie, mes copines du Café des sports de Hamoir, qui passent leurs journées à faire ce que je faisais. Et je ne me gênais pas, quand on me posait des questions, pour parler de l’abbaye, de Dinant qui est à côté et même d’Adolphe Sax. Mon enthousiasme avait quelque chose de contagieux et je crois que c’est pour cette raison que certains sont passés plus d’une fois demander un gobelet de dégustation.

J’ai passé un bel après-midi hier, boulevard de Maisonneuve, où se dressait une scène où se sont succédés des musiciens tandis que sous les parasols on jouait au couillon. Dommage que la chaleur ait retenu autant de gens loin de cette activité, car ils ont raté là une occasion de frayer avec l’humour et la simplicité des Wallons.

C’est au cocktail puis au souper où j’ai été conviée par le délégué que j’ai pu prendre le temps de connaître Charlotte, son adjointe ainsi que Gilles, son mari et Linda, la sœur de celle-ci. Incidemment, ou par la force des choses, le quatuor québécois s’est déployé à un bout de la table alors que le reste de la tablée avait un délicieux accent wallon.

Le pays des Belges, où je suis si bien, est parfois outremer, d’autres fois juste en compagnie de ceux qui en viennent ou même – et là je pense à un autre belgophile avec qui j’ai eu l’occasion de discuter – de ceux qui aiment ce pays et ses gens, sa culture comme ses paysages.

Curieusement, j’étais chez moi hier. Je dois être un peu belge, finalement. Et de plus, wallonne.

Un après-midi belge à Montréal

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Le soleil est là. Le café est bon. Et moi, j’ai des ailes.
La seule perspective de participer à l’après-midi Wallonie-Bruxelles dans le cadre du festival Juste pour rire en tant que bénévole a fait disparaître le spleen des derniers jours et c’est le cœur léger que je me prépare à aller rejoindre l’équipe pour le montage vers midi.

Comme si la Belgique venait à moi aujourd’hui, puisque je ne sais pas fouler son sol cet été.
Et bien entendu, je porterai les couleurs du pays et j’apporterai mon chapeau à clochettes, objet-souvenir d’une coupe du monde, rapporté dans mes bagages, ceux-là même que je bouclais l’an dernier, veille du retour.

C’est le cœur joyeux que j’aborde ma journée.
Je ne suis pas belge de naissance et pourtant… je sens que c’est un peu ma fête aussi aujourd’hui. Parce que, peut-être, il y a un an, j’ai trouvé une part de mes racines à 6000 km de chez moi. Et que c’est parce que je suis éloignée de celles-ci que de temps en temps le manque est trop fort.

Un jour, peut-être, je pourrai faire deux ou trois séjours belges dans une année. Il n’est pas interdit de rêver!

I left my heart in Dinant, Belgium (sur un air connu)

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Jean-Marc a raison quand il dit que ma tête est ailleurs en ce moment, à des milliers de kilomètres d’ici, dans des souvenirs qui me nourrissent. Dans des images auxquelles j’ai parfois peur de trop m’accrocher, même si je sais que sans elles, sans la pensée que je retrouverai la Belgique l’an prochain, je serais sûrement moins vivante. Oui, bien entendu, je serais fonctionnelle. J’irais travailler, je ferais ce que j’ai à faire, je me poserais moins de questions. Mais surtout, je rêverais moins. Enfin, je crois. Mais peut-être aussi rêverais-je à autre destination que la Belgique. Or, c’est à la Belgique que je rêve. À mes amis belges qu’il me tarde de revoir ou de connaître enfin. À des paysages et des villes. À des promenades et au partage.

Et alors que je me faisais une telle joie il y a encore quelques mois de repartir, tout cela bien avant que ma vie change du tout au tout, c’est maintenant, depuis quelques jours, que je réalise encore plus le manque. Je ne suis pas en cette minute là où mon cœur est.

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Car il est là-haut, à la citadelle de Dinant, depuis un an. Non pas parce que c’est là, fort probablement, que je suis tombée amoureuse, car ce n’est que plus tard que je ne l’ai compris. Mais pour ce sentiment de plénitude qui m’avait envahie.

Il y a, dans mon parcours, de nombreux instants où j’ai vécu ce sentiment. Ici ou ailleurs, seule ou pas, devant une toile ou un paysage, en pleine session d’écriture ou en parcourant les mots des autres, en savourant un plat ou en humant des parfums. Oui, ils sont nombreux ces moments où j’ai ressenti cette sorte de plénitude. Mais aucun de ces moments de grande sérénité, de bonheur et de paix avec moi-même, ne ressemble à aucun autre. Chacun d’eux a sa couleur. Et Dinant sera à jamais un des plus marquants.

Rêver pour effacer la distance

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J’aime repenser à Bruges. J’aime revoir une à une les photos de cette journée mémorable en compagnie de Nathalie. Et c’est ce que je fais ce soir, alors qu’un an tout juste a filé depuis. Je revois nos visages de gamines émerveillées et ils sont aussi beaux que l’architecture de cette ville.

Nath et moi rêvions de Bruges depuis si longtemps qu’il nous fallait la voir ensemble. Et si l’amitié était née depuis quelque temps, c’est là qu’elle a été scellée. Peut-être à la minute où je l’ai poussée à acheter ce collier qui lui faisait envie. Ou avant, dans une de ces rues qui nous laissaient béates. Ou parce que ce jour-là les longs trajets en train nous ont donné l’occasion de faire le tour de nos vies.

Nath me manque beaucoup ce soir. Il y a tellement de moments qu’on ne peut pas partager à distance. Des conversations qui n’ont pas lieu. Des rires complices qu’on imagine devant une scène qui se déploie sous nos yeux. Oui, ce soir, je voudrais être à Bruges avec Nath à étirer le plus possible cette journée comme il y a un an. Ou même ailleurs, sur les marches de l’escalier de la gare de Bruxelles, devant une glace à Esneux, les pieds dans l’eau à Hamoir, devant un café chez elle ou à boire une bière à Ciney.

Quand nous nous retrouverons, deux ans ou presque auront passé. L’amitié sera-t-elle intacte ? La plupart du temps je suis sûre que oui. Mais il m’arrive de douter, de penser que cela va s’effriter. Alors, je pense à Bruges, à notre Bruges, et je sais que la vie nous réunira encore. Il y a trop de paysages qui nous attendent.

Histoire d’amour des livres à Redu

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Je trépignais d’impatience de voir arriver Fabien à la gare de Charleroi. C’était il y a un an. Un an jour pour jour. Et je souris en revoyant la scène, car dès la minute où il a été là, l’impatience m’a quittée. Le reste de la journée n’a été que lenteur, paysages et amitié. Le temps n’avait plus cours. C’était notre journée à nous, juste à nous, dans ce périple belge qui m’alimente depuis.

La seule destination au programme de cette longue promenade à travers la Belgique était Redu. Of course. Parce que les livres, les auteurs et la poésie avaient entretenu notre amitié depuis des mois. Elle devait conséquemment nous mener au village du livre, nous voir flâner côte à côte d’une librairie à l’autre.

Ce jour-là, devant les étals de livres, entre deux rayons surchargés, au hasard de tables grossièrement dressées et elles aussi surchargées, j’ai vu s’allumer dans le regard de Fabien la passion des livres qui me suit depuis toujours. Et pour ça, je sais que plus jamais je ne serai seule. Il y a quelque part quelqu’un qui, au contact des livres, en les feuilletant, en les examinant, sait comme moi les caresser et les aimer.