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Un an et quelques heures avant Bruxelles

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Je préparais mon itinéraire. Trop de choses à voir dans la capitale en une seule journée. Je le savais, mais je prenais plaisir à la parcourir avant même d’arriver à la gare. Et je crois bien que je chantais Bruxelles de Brel. C’était il y a un an.

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Dans quelques heures, j’allais voir la grand’place et le Manneken-Pis. Et manger une gaufre. Et me gaver d’images, car chaque rue empruntée offre un nouveau paysage. Et c’est à ces images que je vais rêver cette nuit. Envie que de celles-là, à défaut d’être sur place.

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Rêver de Chastre et de Belgique

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Il y a un an, je me réveillais à Chastre. Je revois encore les rues, le village, la route jusqu’à Louvain-la-Neuve. Et le sourire de Christian.

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Mais je n’ai plus de nouvelles de l’homme de Chastre avec qui j’ai vu Bruxelles, avec qui il était bon d’écouter de la musique, de parler et de rire. C’est dommage que le jour où il est devenu amoureux il ait coupé les ponts avec ses amis, sans rien dire. Mais je me dis qu’un de ces quatre, je le verrai à nouveau débarquer sur MSN, ou alors que je lui téléphonerai.

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Ce soir, je rêve aux maisons de Chastre, à la route de Blanmont, aux arbres et aux fleurs du jardin de Christian. Ce soir, j’ai une fois de plus la tête en Belgique. Est-ce un refuge ou un rêve ? Un besoin ou une évidence ? Je sais seulement l’omniprésence de la Belgique dans ma vie, le besoin de ces amitiés belges, le désir de retourner là-bas. Le goût pour les livres et les musiques de là-bas.
Ce soir, il me tarde d’être à un an d’ici. Ce soir, j’ai envie de ces paysages et de ces amitiés. Ce soir, j’ai à nouveau une envie très forte de Belgique, même si elle est inscrite à même ma peau. Alors, je regarde des paysages et je rêve…

29 juin 2005

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La gare du Nord était bondée il y a un an. J’y étais bien avant l’heure, trop heureuse de partir pour Liège où allait m’attendre Jacques. C’était il y a 365 jours, mais le souvenir est toujours aussi vif. Ma valise était lourde du sirop d’érable que j’apportais aux uns et aux autres, il faisait très humide et j’avais téléphoné pour être bien sûre qu’on ne m’oublie pas à l’arrivée. Même si un rendez-vous pareil, ça ne s’oublie pas !

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Assise sur une banquette du Thalys, je voyais le paysage défiler et le ciel s’assombrir. Il était clair que j’allais arriver en Belgique sous une pluie diluvienne: on annonçait même que certaines voies entre Liège et Aix-la-Chapelle étaient tellement inondées qu’il y aurait de sérieux retards. Le plat pays allait être à la hauteur de sa réputation. Ma jolie robe noire allait être cachée sous mon ciré jaune, tant pis. Et le train roulait. Il traversait des villages, longeait des champs et je regardais l’heure. Il me tardait tant d’arriver à destination, d’entendre partout l’accent liégeois.

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J’étais dans ma bulle. Mes histoires belges étaient commencées depuis un an et demi, mais allaient prendre là une autre dimension. Je ne savais pas encore laquelle. Elles sont toujours en pleine évolution et quotidiennes. Vivement le prochain arrêt aux Guillemins. Ou à Huy. Ou à Namur.

Mais toujours je me souviendrai de ce 29 juin 2005 où j’étais attendue.

Un an jour pour jour

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Il y a un an, à cette heure-ci, je le présentais à la porte d’embarquement, direction Paris. Trois jours plus tard, ce serait la gare du Nord, direction Liège. C’est probablement pourquoi j’avais un peu les bleus aujourd’hui. J’ai trouvé un emploi qui me plaît, mais je ne pars pas, alors que j’espérais vraiment repartir cette année. J’aurais voulu être là pour l’anniversaire de Sébastien jeudi et aller en Champagne, comme on en avait parlé le 1er janvier, Olivier et moi. J’aurais voulu faire ces promenades avec Jocelyne, aller au concert avec Nathalie et voir Fabien voler.

Mais la vie a choisi un autre chemin pour moi. Il n’y aura ni Belgique, ni Champagne, autrement qu’en rêve ou en maintenant solides ces liens créés.

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Au fond, mon séjour en Europe de l’été dernier, après huit ans de vacances les pieds cloués au sol, m’a tout simplement redonné des ailes que je n’avais plus ou alors qu’occasionnellement. Je ne peux pas perdre de telles ailes, elles sont trop importantes. Même si le vent qui me porte a modifié la direction que je pensais prendre quand je suis rentrée.

Je ne suis plus certaine de vouloir vivre un jour en Belgique et pourtant, comme j’ai pleuré quand je l’ai quittée. Mais je ne ressens plus l’appel de la Meuse, comme je l’ai senti. Sinon que par moments où, encore, il m’arrive de vouloir tout quitter et d’écrire, dans une petite maison de pierre, près d’un ruisseau, dans ce plat pays qui n’est pas le mien, mais qui résonne en moi et m’appelle.

Oui, la Belgique m’a d’une certaine façon changée. Elle m’a redonné mes 20 ans, ceux de tous les rêves et de toutes les audaces. Ceux de l’amitié sans frontières et de ma soif de dire et d’inscrire. Et ces 20 ans retrouvés ne m’ont pas quittée depuis que je les ai retrouvés. Sans eux, je n’aurais pas su traverser les tourmentes des derniers mois. Sans mes 20 ans retrouvés, je serais peut-être restée prostrée. Oui, la Belgique m’a changée. Elle a estompé les reliefs des années de souffrance et a ouvert à nouveau sur le monde des voyages et de l’amitié. C’est bien pour ça qu’elle est marquante et que je ne peux m’en défaire.

Oui, la date d’aujourd’hui me marque et réveille toute l’année qui vient de se dérouler devant mes yeux. Des sourires. Des paysages. De la musique. L’amour venu et reparti aussi vite. Les changements de cap et les déceptions. Les constats et les décisions, comme les doutes. Et puis, la vie qui gagne. Et l’espérance de repartir, mais plus pour un point de non retour. Ma vie est ici dans ce Montréal que j’ai refait mien et que j’ai envie de partager avec ceux qui viendront me visiter. Ma vie est ailleurs, en Belgique et en France, où il y a beaucoup de gens que j’aime.

Non, je ne veux plus avoir les bleus. Je veux croire que la vie va encore m’apporter des billets d’avion. J’y crois déjà.

Belgique passion

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Il y a un an, je ne rêvais que de Belgique. J’avais le nez dans les guides et je lisais des romans belges. Je traversais le pays le doigt sur les cartes et j’allais de site en site sur le net. Je me gavais de tout ce qui était belge, je préparais avec minutie et passion ce qui allait être un voyage marquant.

Et la Belgique a été à la hauteur de mes espérances, et même davantage, puisqu’elle ne m’a jamais quittée. Un an plus tard, je lis toujours les auteurs belges, je poursuis ma quête inlassable à travers la musique, la poésie, la peinture. Jamais repue, toujours plus avide.

Les amitiés nouées avant le départ sont, pour la plupart, devenues plus fortes, et de plus, indéfectibles. D’autres, depuis, se sont tissées. Et toutes ces amitiés m’incitent à rêver à nouveau, à me dire que j’ai devant moi un an pour préparer un nouveau séjour, puisqu’avec les imprévus de 2006, tout ça est bel et bien reporté. Il n’y aura pas de traversée en juin cette année. Mais il y aura pour la prochaine année des livres, des fous rires sur MSN, des courriels, des photos.

J’ai vécu tant d’émotions en un an. Mais reste encore cette passion non assouvie pour la Belgique.

Quand la musique celtique s’empare d’Anthines

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Il y a toujours un point de départ. Hasard ou destin ? Comment savoir ? Ça arrive un jour, comme ça, sans qu’on s’en doute. Une rencontre par hasard, dans un café, sur le net, ou ailleurs. Et ça a été au scrabble que ça s’est passé. La Belgique est entrée dans ma vie en tentant de placer le Z et en discutant théâtre.

À cause de cet homme, j’ai voulu tout savoir de la Belgique. Les villes et la campagne, le wallon et les musées, la peinture et la bière, le chocolat et les carnavals. Et la musique.

Il se tient cette fin de semaine un festival de musiques celtiques, les Anthinoises, auquel je rêvais d’assister. Un événement qui ne revient qu’aux deux ans. Mais je n’y suis pas, sinon qu’en pensée. Et ce festival, je l’ai trouvé à force de fouiller, de vouloir tout savoir sur la région de cet homme d’Anthisnes. Et s’il n’était pas entré dans ma vie, il me semble qu’il me manquerait quelques chose aujourd’hui.

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Je ne saurais peut-être rien de Perry Rose qui participait aux Anthinoises en 2004. Je ne danserais pas sur « Glasgow », une de mes chansons préférées de ce troubadour belge, d’origine irlandaise.

Hasard ou destin ? Je me le demande de moins en moins, je sais seulement que la Belgique est entrée dans ma vie pour y rester et me nourrir. Elle est mon pain quotidien au même triste que ma vie montréalaise. L’homme que j’ai aimé m’a fait entrer dans un univers qui me colle à la peau et m’émerveille. L’amour n’est plus, l’amitié toujours. L’objet de ma passion n’est plus un homme, mais un pays.

Et dans deux ans, je serai peut-être dans ce pays pour les Anthinoises. Rayonnante et heureuse. Car la Belgique et tout ce qu’elle est ont cet effet sur moi.

Il vente comme il ventait à Ostende

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Il vente, comme il ventait ce jour de juillet à Ostende. Et mes cheveux balaient mon visage, ainsi qu’ils le faisaient ce jour où je suis allée sur les pas du roman de Jacqueline Harpman, ce jour où je me suis butée à la porte fermée de la maison de James Encor, ce jour où je suis entrée dans la toile de Spilliaert.

Il vente, comme il ventait à Ostende.
Un immense souffle qui soulève tout sur son passage, jusqu’aux questions troublantes sur la vie.

Comme à Ostende et comm’ partout
Quand sur la ville tombe la pluie
Et qu’on s’demande si c’est utile
Et puis surtout si ça vaut l’coup
Si ça vaut l’coup d’vivre sa vie

chantait le grand Léo et chante encore Arno.

Et si ce jour de grand vent où j’ai pleuré à Ostende, cette question est venue embrouiller mon esprit, alors que je fredonnais moi aussi, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Éole a gardé ses questions pour lui.

J’ai calqué mes pas à son souffle et j’ai souri. Ostende n’est plus triste. Mais belle et inscrite à même ma peau.

Nos souvenirs
Font des îles flottantes
A Ostende

chante Bashung.

Et je danse sur la plage d’Ostende.

Printemps à Anthisnes

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J’aime les premières fleurs du printemps, celles qui osent et qui n’attendent pas les autres, celles qui pointent timidement ou alors, fièrement, comme dans le jardin de Jocelyne, à Anthisnes. Elles se dressent vers l’ouest, comme pour se signaler à moi.

J’aime les fleurs du jardin de mon amie belge. Ce ne sont peut-être que des photos pour vous. Pour moi, ce sont les premières nées de ce jardin que je connais en juillet, un jardin que Jocelyne entretient avec amour. Et ces fleurs, dès qu’elles ont jailli du sol, il lui fallait me les faire voir, les partager avec moi.

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Je les regarde et j’imagine Jocelyne, penchée sur elles, toute émue de les voir arriver, pressée de me les montrer. Elle, qui s’émerveille de tout, m’émerveille, moi. Elle est plus qu’une inspiration, plus qu’une complice avec qui je ris ou je pleure, plus qu’une amie au loin à qui je fais découvrir mon bout du monde et elle le sien. Elle est de ma famille. Elle est ma grande sœur.

J’aime quand elle me parle de sa grand-mère qui tenait une libraire à Spa et qu’elle allait aider, gamine. J’aime sa passion pour les livres qui a germé de ces journées à les palper et les ranger. Une passion qui ne l’a jamais quittée et qui fait que dans toutes les pièces de sa maison il y a des livres. Mais il n’y a pas que les livres qui nous unissent.

Je ne saurais dire tout ce qui nous lie tant tout cela est vaste, tant notre curiosité est identique, tant nous aimons les mêmes choses, tant les mots nous viennent au même moment, tant même le silence est plein de partage.

Ces fleurs, elle me les a offertes, et je vous les offre à mon tour pour vous transporter à Anthisnes, au pays d’Ourthe Amblève, là où vit une femme exceptionnelle et généreuse qui veille sur moi.

Une bière à Ciney

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Avec le beau temps arrive la saison des bières prises aux terrasses des cafés. C’est pourtant une chose que je fais vraiment très rarement. Je crois que c’est parce que je déteste la foule, la proximité des tables, aussi, et la quasi impossibilité d’avoir une conversation dans ce genre de lieu.

Il faut avouer que les terrasses sont rares, donc prisées, par beau temps. Y va-t-on pour autre chose que pour regarder ou être vu ? Y va-t-on pour déguster une bière au soleil ? Je suis sceptique. C’est peut-être pourquoi l’idée de sortir prendre une bière sur une terrasse n’est pas, à priori, une idée qui m’enchante.

Par contre, j’ai apprécié celle prise à Ciney, avec Ric et Nathalie. La table n’était pas minuscule, nous n’avions pas de voisin qui épiait nos conversations et la bière était bonne. Et je n’ai pas bu de bière dehors depuis ce 15 juillet. Je n’aurais pas trouvé ici d’équivalent, ni le lieu, ni la Ciney.

Il est des moments qu’il faut vivre quand ils se présentent. Et surtout, ne pas chercher à les reproduire à tout prix. Le moins possible instaurer des rituels et des habitudes. De toute manière, j’en suis incapable. J’ai trop besoin de ma liberté chérie et de ne pas savoir d’avance le programme. Et aussi une nécessité absolue de ne pas faire comme tout le monde. Et si cela signifie se précipiter aux terrasses aux premiers rayons du soleil, oubliez-moi, je ne suis pas partante. Je préfère une longue marche sans but, et seule.

Mais je goûterai sûrement à une autre bière belge lors de mon prochain séjour en Wallonie. Où ? Avec qui ? L’occasion fera le larron.

J’irais bien manger une glace à Esneux

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Déjà, il faut savoir où est Esneux, parce que c’est tout petit. Et aussi, il faut connaître La Charlotte aux fraises, le must des glaces au pays d’Ourthe-Amblève.
Et si à ça vous ajoutez la présence de Nathalie et d’Eugénie, voilà une fin d’après-midi absolument parfaite. Un de ces moments qui s’impriment à jamais.

Était-ce à cause d’Esneux, de la glace fabuleuse ou de la complicité avec mes copines ?
Je sais seulement les fous rires gravés à jamais et la même gourmandise pour les paysages et la crème glacée. Il ne faut pas souvent plus.

Oui, aujourd’hui j’ai une folle envie de l’amitié autour de glace au chocolat. Encore une de mes lubies.
Peut-être pour rêver le temps que je range l’appartement qui en a bien besoin. Parce que, vraiment, je n’aime le ménage que quand il est fait. Autrement, je n’y trouve du plaisir que si je rêve en même temps ou si j’écoute de la musique qui me pousse à m’activer.

Allez, je vais rêver à Esneux. Et tant pis si c’est plus long que si je faisais le ménage sur une musique endiablée. Le souvenir vaut bien que je m’y attarde.