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Maintenant que tout est rangé

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J’aime, quand j’en ai la chance, faire des courses pour longtemps. Comme ça, plus besoin d’y penser. Il y a donc du poisson, des épinards, des poires, des tranches d’ananas séché, des brioches, du lait, du café, des moules, des pommes de terre douces, de la soupe, des pâtes. Tout ce qu’il faut pour survivre.

Je peux ainsi, maintenant que tout est rangé, profiter de la vie, m’installer avec mes bouquins et une tasse de café, comme le fait la lectrice de James Abbott McNeill Whistler. Ou écrire. Ou écouter de la musique. Pieds nus, de préférence. Et me dire que j’ai de quoi nourrir autre chose que mon esprit…

L’arôme du café

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Notre amitié est née au détour d’une petite annonce dans la revue Christiane. C’était il y a presque 30 ans. Il fut même une époque où nous nous écrivions tous les jours, où nos lettres se croisaient au-dessus de l’océan. La visite de Saint-Malo, un repas dans une crêperie de Josselin, le lait encore chaud quand elle vivait encore dans la ferme familiale reprise depuis par son frère, l’Île aux Moines un jour de juillet, une promenade dans Paris où nous avions acheté le même pull rose, les rues de Québec et de Montréal où nous avons aussi laissé les traces de nos pas, les poèmes qu’on écrivait et qu’on échangeait. Tellement de souvenirs. De ceux qui ne s’effacent pas et auxquels on revient parce qu’ils sont heureux.

Oui, tous ces poèmes qu’on écrivait sur les coins des tables et qu’on s’envoyait. La plupart des miens sont restés dans des cahiers. Mais mon amie Chantal Couliou ne les a pas laissés dans des carnets.

Et je relisais hier Le chuchotement des jours ordinaires, regards posés sur les traces du quotidien, regards tendres. Et j’ai pensé à cette lectrice de Miriam Cojocaru à laquelle les mots de Chantal collent à la perfection :

L’arôme du café se défroisse
dans la frivolité
d’un matin qui s’éveille.

Et ma vie commence

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Avait-elle raison celle qui un jour avait dit que je n’avais pas de vie? Qui avait aussi affirmé – et ça, sans me connaître, mais par l’image qu’elle avait de moi – que j’étais une vieille fille qui ne voyait personne et qui n’avait pour tout compagnon que son ordinateur?

Il m’arrive de me poser la question alors que je me dépêche de rentrer pour retrouver mon univers douillet où il y a des livres, et de quoi écrire partout. Or, la réponse est vite trouvée. Non, elle n’avait pas raison. J’ai une vie. Probablement différente de la sienne et de celle de la majorité des gens. Une vie où je sors peu. Très peu. Parce que je n’en éprouve pas le besoin. Une vie où je vois des gens au travail, mes parents de temps en temps et très peu de gens en dehors de ça. Parce que je n’en éprouve pas le besoin non plus.

Mais cela est-il signe d’absence de vie? Est-il signe que j’ai tout de la vieille fille? À la première interrogation, je dis non. À la seconde, je refuse de répondre. Ce serait valider tous les à priori et les idées toutes faites sur le sujet.

Et tout cela soulève une autre question. Pourquoi toujours ce besoin de mettre une étiquette sur les gens? Ce besoin de regarder dans leur cour pour voir ce qui cloche chez eux?

J’ai bien autre chose à faire. Des toiles à raconter. Ou un peu de moi, parfois. Quand l’envie me prend de le faire. Des musiques à écouter. Des livres à lire. Les nuages à regarder.

Et je penche la tête, comme le fait le personnage peint par Jennifer Edwards. Je tiens la plume serrée entre mes doigts et ma vie – car j’en ai une – commence.

L’ombrelle verte

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Je me glisserais dans la toile de Susan Ricker Knox. Je me laisserais envahir par le vert de l’ombrelle, par la lumière et par les mots. Mais il me faut déjà penser à me préparer. Ce n’est pas jour pour une ombrelle, mais pour des bottes et des gants.

Cadeau de naissance

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Bien sûr que j’ai collaboré au cadeau que nous offrons à ma collègue qui part aujourd’hui en congé de maternité pour un an. Bien sûr. Mais j’aime bien ajouter ma touche personnelle. Non pour me démarquer, ce n’est pas ça. D’ailleurs, j’ai fait les choses bien discrètement. Seule celle qui a reçu ce cadeau et moi savons qu’il existe. Je n’ai pas besoin de faire cela devant tout le monde.

Ça peut paraître curieux, mais je voulais que la petite Mia à naître ait quelque chose qui ne soit pas neuf, qui ait vécu. Un livre de ma bibliothèque dans lequel je mettrais un mot. Et c’est ce que j’ai fait. J’ai choisi sur mes rayons Les plus beaux ballets du monde, juste parce que la maman un jour nous a montré des photos d’elle gamine en train de danser. Un clin d’œil, quoi. Et aussi quelque chose de soi pour l’enfant à naître. Un livre dont a tourné les pages qu’elle tournera à son tour.

Ce n’est pas la première fois que je fais cela. Et c’est chaque fois un grand sourire qui m’accueille. Je crois donc que je vais continuer à le faire. Et qui sait, cela donnera peut-être à d’autres l’idée de le faire?

Plongée dans une revue de poésie

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Je ne verrai rien. Je n’entendrai rien. Je serai la lectrice peinte par Darren Thompson, avec pour tout compagnon un vieux numéro de la revue Vagabondages retrouvé. Un numéro qui porte sur le voyage, l’ailleurs. Et je me laisserai emporter par les mots, par les images d’ailleurs, par les plages et les paysages, par les villes et leur musique, par des ailleurs où on laisse ses pas, par quelques vers plus beaux que d’autres. Et peut-être que je lèverai les yeux juste à temps pour ne pas oublier de descendre.

Ensevelis

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Je crois qu’elle m’a soufflé à l’oreille d’aller marcher et de prendre des photos. Je l’ai fait. Voici la preuve : nous sommes bel et bien ensevelis…

Je crois qu’elle m’a aussi soufflé : écris, n’oublie pas, je continuerai à te lire. Oui, France, j’écrirai. Promis. Tous les jours. Comme avant. Même si parfois moins envie. Comme aujourd’hui. Mais je ferai du café, je m’asseoirai à la table, je me rappellerai ce souper qui avait duré des heures et où on avait mangé comme des ogresses. Et parlé de poésie. Et j’écrirai. Promis. Et puis, je t’entends rire. Tu as raison. Que faire d’autre quand nous sommes ainsi ensevelis et qu’on ne peut circuler sur les trottoirs?

Tu brilleras l’éternité

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Je ne savais pas que cette fois ce serait le dernier combat. Je savais seulement ces mots qu’elle m’écrivait le 21 février :

… cette envie de vivre… toute cette beauté autour… tout cet amour, cette amitié… Je suis donc là! Malgré tout… dans cette sérénité, cette harmonie… cette volonté de vivre 1 jour à la fois et de vivre pleinement la journée… Je suis heureuse!

La radiothérapie allait reprendre une fois de plus deux jours plus tard. Exactement comme en 2005. France était confiante. La douleur avait diminué, l’énergie revenait. Nous allions bientôt nous voir.

Je ne savais pas qu’elle se battait pour la dernière fois. Je savais seulement que Lise lui tenait la main dans cette nouvelle épreuve et qu’elle était heureuse. Vraiment.

Ceux qui l’ont connue se rappelleront toujours de la battante qu’elle était. Ceux qui l’ont connue la porteront toujours en eux et vivront et goûteront à la vie commme elle leur a montré à le faire. Ceux qui l’ont connue ne l’oublieront jamais. Même ceux qui auraient souhaité la rencontrer comme Armando.

Elle a semé des mots et des images au pays de Lali qui ne s’effaceront jamais. Pas plus que tous ces moments d’amitié dont je conserverai toujours un souvenir impérissable.

Elle a été une fleur de mon jardin pendant plus de 25 ans. Une fleur épanouie. Une fleur généreuse. Une fleur qui se donne et s’ouvre aux autres. Une fleur exceptionnelle, comme on en croise peu dans sa vie.

France, comme l’a écrit un jour quelqu’un, « tu brilleras l’éternité ».

Je ne serai jamais une personne raisonnable

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Je sais, je ne suis pas plus raisonnable que ne l’est la lectrice de James Fitton qui a comme moi préparé du café à des heures impossibles, plutôt que d’aller domir. C’est que je n’ai pas envie… Il y a tant de livres à lire. Et puis la neige qui tombe et que je regarde par la fenêtre. Et puis, c’est si bon le café. Et puis, j’ai envie de musique et d’écriture. Et puis, je ne serai jamais une personne raisonnable quand je ne suis pas tenue de l’être.

La semaine de relâche tire à sa fin

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Nous voici au vendredi de la semaine de relâche de la plupart des enfants du Québec. Qu’ont-ils fait de leur semaine? Je n’en ai pas vu beaucoup dehors. Les parents auraient-ils une fois de plus installé leurs enfants devant des DVD ou les auraient-ils abruptis devant des jeux vidéo? J’ose espérer que quelques-uns ont échappé au je-m’en-foutisme de certains parents. J’ose espérer que certains sont aller glisser sur la montagne, que d’autres sont allés patiner au Vieux-Port, que certains sont allés voir le ciel au Planétarium ou les bébites à l’Insectarium, ou qu’on les a emmenés à la grande bibliothèque faire provision de livres comme dans la toile de Jacob Lawrence. Mais je n’en sais rien. Je ne peux que souhaiter que quelques-uns aient échappé aux écrans de télévision et d’ordinateur.