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En ce jour qui est le sien

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tantôt Odile
douce et fragile
parfois Géraldine
qui lit entre les lignes
souvent Lilas
elle est toutes à la fois
chacune d’elles est l’amie
une sœur de cœur dans ma nuit

puis-je ne faire qu’un vœu
lui dire un jour les yeux dans les yeux
tu es une fleur de mon jardin
un morceau d’un ciel qui ose
un sourire sur mon chemin
comme l’éclat pur d’une rose

et en ce jour qui est le sien
lui tenir la main
on a encore tant à traverser
tant à voir et à goûter
tant à vivre et à partager
que même l’éternité
ne nous suffira pas

*photo d’Armando

Soir d’octobre

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Comme il est bon de rentrer après avoir longuement marché. Surtout quand il fait en plein mois d’octobre un temps de la fin août. Où les fleurs continuent de pousser alors que les arbres se colorent et qu’on est encore pieds nus dans des sandales. Oui, comme il est bon de rentrer, de trouver là mes livres et ce pays qui a fait le bonheur de quelques-uns aujourd’hui, et beaucoup le mien.

Les fenêtres sont ouvertes. Il y a un petit vent tiède.

La vie est douce comme dans la toile de Konstantin Korovin.

La pergola

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À une autre époque, je me serais assise sous la pergola, à l’instar de la lectrice d’Oscar Bluhm, au milieu des feuilles chatoyantes et tout doucement une partie de la journée aurait passé ainsi, à lézarder. Peut-être même qu’un poète serait venu me lire ses derniers vers en me faisant le baise-main comme autrefois. Et que nous aurions causé une partie de l’après-midi si bien qu’il serait peut-être reparti avec un baiser moins chaste… Quoi, j’ai de l’imagination? Je sais, je sais.

Ces heures…

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J’aime la lumière du jour qui doucement s’infiltre tandis que je sirote longuement le premier café du matin et que quelques oiseaux se murmurent des mamours.

Ailleurs, c’est déjà le début de l’après-midi, alors que j’ai encore toutes ces heures devant moi. Ces heures pour écrire, pour préparer les jours à venir et même certains dimanches. Ces heures pour faire le tour de mon jardin où les uns se posent à leur aise, pour leur bonheur, pour le mien. Ces heures où je me promènerai dans ma galerie question de sortir quelques tableaux à raconter, ces heures où les personnages d’une autre vie viendront traîner dans ma mémoire pour que je les raconte. Ces heures où j’ouvrirai des livres, où je m’imprégnerai de mots et d’images. Ces heures où la vie est presque parfaite, avec les rires des enfants dehors et où je ne ferai que vivre. Pleinement. En souriant.

*sur une toile de John Varriano

Pas la seule

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Elle a ouvert le livre, au milieu, au hasard. Elle aime surprendre les phrases sans qu’elles s’y attendent. Les phrases qui paressent, qui pensent qu’elles ont le temps. Qu’il y a tant de pages avant elles qu’elles peuvent sommeiller à l’ombre des mots clos.

(Sorj Chalendon, Une promesse)

Et probablement que la lectrice de Miriam Cojocaru n’est pas la seule…

J’ai longtemps été incorrigible

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Le livre ouvert sur la table, la tasse de café à portée de main, je pense soudainement à elle. Probablement à cause de toutes ces photos de Bretagne étalées ici et parce que la dernière conversation que nous avons eue, alors qu’elle rentrait d’un voyage là-bas pour lequel je lui avais apporté mon aide, a tourné au vinaigre. Je n’étais pas assez présente. Je ne l’appelais pas assez souvent. Personne ne l’aimait. Elle était toujours toute seule. Elle ne connaissait personne. Ou ceux qu’elle connaissait n’avaient pas de temps pour elle. La litanie habituelle de ceux et celles qui font tout pour qu’on finisse par se lasser d’eux.

Elle allait de l’un à l’autre, parce qu’elle vidait les gens de leur énergie au fur et à mesure. Elle mettait tellement de temps à énumérer ses problèmes, tous ces désagréments avec lequel tout un chacun vit sans en faire un drame, qu’ils prenaient tout son temps. Elle ne faisait que penser à sa collègue qui, à son voisin que, à son patron qui, à son père que…

Elle ne regardait jamais le ciel. Ni les nuages. Ni les fleurs. La musique la fatiguait. Les livres la fatiguaient. Marcher la fatiguait. Vivre ici, qui était le troisième pays où elle vivait, la fatiguait. Même sa fille qu’elle avait abandonnée pour aller vivre sa vie ailleurs alors qu’elle n’avait pas dix ans la fatiguait parce qu’elle ne voulait plus l’écouter.

Bien entendu que le problème ne pouvait venir d’elle. Bien entendu.

Et moi, j’étais fatiguée. Fatiguée des doléances en continu. Des reproches. De cette espèce de procès, parce que je ne vivais pas ma solitude avec son mal de vivre à elle.

Je n’ai plus répondu à ses appels téléphoniques, pas même le dernier avant qu’elle ne rentre en France, en ayant fini avec ce pays où personne ne la comprenait, et je n’ai plus répondu à aucun courriel. Une autre page de ma carrière d’aidante venait de se tourner. Mais d’autres viendraient. J’ai longtemps été incorrigible.

*sur une toile de Mikhail Shkanin

Le lourd prénom

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Elle porte un prénom rare, issu de la mythologie, cadeau d’un père écrivain et d’une mère qui aurait voulu être une grande actrice, mais qui ne l’a jamais été. Elle le porte comme un emblème et comme une tare, elle n’a jamais su faire la différence entre les deux.

Je l’ai connue autrefois, il y a de cela un quart de siècle. Il y avait déjà en elle qui n’avait pas vingt-cinq ans tous les signes de l’épave qu’elle allait devenir. Et moi qui ne connaissais rien à la vie je tentais de la sauver. De l’empêcher de tomber. De lui faire voir autre chose que ce monde des illusions dans lequel elle baignait depuis l’enfance. Mais celle dont elle portait le prénom qui avait inspiré poètes et musiciens au cours des siècles et à laquelle elle s’identifiait avait pris une trop grande place. Elle serait muse. Elle serait la grande actrice que sa mère n’avait pas été. Elle écrirait comme son père. Elle avait tout décidé. Elle serait même plus connue que celle issue de la mythologie.

Elle se perdait de lit en lit, de bar en bar. Elle se consumait et accumulait les impairs. Elle fabulait. Et plus personne ne la croyait. Comme celle dont elle portait le lourd prénom.

Et je tentais de la sauver. De la ramener à une réalité banale dont elle ne voulait pas. Si bien qu’un jour je n’ai plus fait partie de son monde. Je préférais être à paraître, et elle ne supportait pas la petitesse de mes ambitions. La scène a été théâtrale, comme il se doit.

Je n’avais pas réussi à la sauver. Les liaisons avec tout ce qui lui tombait sous la main des deux sexes, l’alcool et la folie allaient détruire ce qui restait d’elle.

P. la croise quelquefois, ils habitent la même ville. Lui non plus n’a su rien faire pour elle. Il ne peut que constater les dégâts irréversibles. Les frasques qui continuent d’être sa marque de commerce, celles qui lui ont fermé toutes les portes.

Elle ne sera jamais une grande tragédienne sur scène. Ni dans la vie. Mais toujours à la poursuite de cette autre en elle dont elle porte le prénom damné.

Je ne l’ai pas sauvée. Ni aucun de ceux que j’ai pris en charge par la suite. Nul n’est en mesure de sauver quiconque des démons qui le poursuivent. Il m’a fallu plus de vingt ans pour le comprendre et l’accepter.

*sur une toile d’Anthony Frederick Augustus Sandys

À vivre ou à me laisser vivre…

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Tandis que tranquillement la lumière gagnera la pièce, je ne sentirai pas sur moi la pression des jours ordinaires. Je pourrai prendre mon temps et même ne rien faire de celui-ci. J’ai décidé de soustraire sept heures à ma banque d’heures accumulées. Sept heures pour moi. Pour vivre, pour faire autre chose que courir. Ce qui fera que je ne retournerai au bureau que mardi, puisque lundi c’est férié et que c’est cette semaine que je ne travaille pas pas vendredi.

Cinq jours de suite juste pour moi… À vivre ou à me laisser vivre. Tout en douceur, comme la lectrice d’Eileen Graham. Le bonheur est une chose simple.

Toutes ces histoires qui me viennent en tête

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Toutes ces histoires qui me viennent en tête, qui m’empêchent d’aller au lit, qui m’éveillent au milieu de la nuit, qui me font me lever aux petites heures ou me dépêcher de rentrer, toutes ces histoires ont-elles une raison d’être? Apportent-elles quelque chose à quiconque ou ne font-elles que satisfaire celle qui les écrit? Il m’arrive de me poser cette question. Et peut-être que l’écrivaine peinte par Otto Willem Albertus Roelofs se pose-t-elle la même question. Mais l’interrogation ne dure pas. Le besoin d’écrire est plus grand. Plus pressant. Souvent même, urgent.

Plus je les écoute et plus je me tais

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Plus je les écoute et plus je me tais. Je n’ai pas d’opinion sur tous les sujets et quand j’en ai une sur un sujet quelconque, je me rends bien compte qu’elle est si divergente qu’il vaut mieux ne pas en faire part, parce que ça fait de la houle inutilement. Je n’ouvre pas la télé, j’ouvre des livres. Je ne connais pas les lieux branchés de Montréal, je ne connais que ceux où je suis bien. Je n’ai pas d’agenda, parce que je n’ai rien à y inscrire ou parce que je préfère faire travailler ma mémoire.

Plus je les écoute et plus je me tais. Et plus je lis et plus j’écris. J’ai ce lieu qu’ils n’ont pas. J’ai cet univers qui ne ressemble à aucun autre et dont je ne parle pas. Où je ne cherche à convaincre personne. Où je vais au gré de mon inspiration. Sans demander mon chemin.

Plus je les écoute et plus je me tais. Une table pour m’écrire m’attend. Quelques olives ou des morceaux de gingembre confit. Du café, du thé, de l’eau citronnée ou du jus d’abricot. Des fenêtres. Et cette vie dont je leur ne dirai rien.

*toile d’Anne-Catherine Phillips