Nous ne sommes que de passage. Dans la vie des autres comme dans la vie tout court. On me l’a rappelé récemment.
Mais il y aura toujours ceux et celles qu’on n’oubliera jamais, et d’autres dont on voudrait oublier les traces dans nos vies.
Il y aura aussi des moments inoubliables, des sourires, de la complicité, des souvenirs partagés. Et une envie que s’éternise mon passage dans la vie de certaines personnes et qu’il en soit de même du leur dans la mienne.
J’ignorais totalement que j’avais conservé des carnets d’adresses qui datent sûrement de trente-cinq ans, voire davantage. Ils étaient sagement rangés dans une boîte, avec des lettres, des cartes postales, des programmes de théâtre, entre autres, attendant leur heure. Il a fallu un déménagement et du tri pour que je les retrouve et que j’en examine le contenu.
À l’époque, mon amie Roseline n’avait pas quitté la maison familiale, à deux rues d’ici, mon oncle Guy était toujours vivant, de même que mon cousin Philippe et mon ami Normand. Et tant d’autres. Chantal vivait alors à Vannes, Pauline en Chine, Sonia à Montréal, et j’avais des correspondantes en Turquie, en Roumanie, en Belgique et en France. Les parents de ma filleule ne vivaient pas encore ensemble. D’autres couples se sont séparés depuis. Mais mon amie Marie-Francine a toujours le même numéro de téléphone.
De plus, ces carnets contiennent les numéros de téléphone personnels de plusieurs écrivains québécois, ce qui m’a étonnée. Mais c’est probablement normal, car j’animais alors une émission littéraire à la télévision communautaire.
Nombreux sont les noms qui ne me disent rien du tout. Qui est donc cette Véronique qui habitait Tours? Cette Monique de Madagascar? Cette Mariza du Brésil? Peu importe. Tout est passé à la déchiqueteuse.
Je mérite une pause lecture. La meilleure façon de passer du passé au présent.
Tout ce tri au quotidien, qui fait remonter des souvenirs quasi oubliés, qui réanime des objets enfouis au fond de boîtes, qui remet en scène celle que je fus à différentes périodes de ma vie, a de quoi me bouleverser certains jours. Mais cet exercice est nécessaire. On ne va pas de l’avant sans tourner certaines pages, sans laisser derrière soi l’inutile ou le trop lourd.
Chaque objet dont je me défais, que je le donne, que je le jette, que je le range, avait une histoire. Ou n’en avait pas. Il est d’ailleurs plus facile de me départir de bibelots, de vêtements, de meubles, de livres qui ne font surgir aucune émotion.
Le passé occupera toujours une place dans mon futur. Mais pas toute la place ou une trop grande place. Et quand chaque bibelot, chaque tableau, chaque livre, chaque photo sera là où il doit être dans cette maison où j’ai grandi et qui devient petit à petit celle où je vivrai quelques années sûrement, je pourrai lire, lire, lire et encore lire sans penser à tout ce qui n’est pas encore trié.
J’ai passé des heures à lire. D’autres à écrire et à nager. Et je rêvais que quelqu’un me chante cette chanson interprétée par les Bay City Rollers qui jouait à la radio cet été-là. Ce n’est qu’avant-hier que j’ai appris que Dusty Springfield avait été la première à chanter I Only Want To Be With You douze ans plus tôt. Ce qui m’a donné le goût de réentendre la version des cinq Écossais. Un peu de nostalgie ne nuit pas. Au contraire.
Souvent, j’ai envie d’entrer dans un tableau, de prendre la place de la lectrice qui s’y trouve et d’y passer la journée. Aujourd’hui est une de ces journées. Je me laisserais volontiers porter par une histoire, j’oublierais l’heure, je ne lèverais la tête que pour regarder la mer et verser du thé dans ma tasse.
Le 12 avril, je voulais écrire quelques lignes sur le fait qu’à cette date, il y a 62 ans, mes parents emménageaient dans la maison où je m’installe petit à petit. J’avais alors un peu moins de huit mois.
Je l’ai quittée en juillet 1986. Je ne pensais pas y vivre à nouveau un jour. Or, la vie en a décidé autrement. Puissé-je y être aussi heureuse que je l’ai été enfant et dans mes souvenirs retrouvés grâce à ce billet publié il y a douze ans.
Comme je voudrais trouver du temps pour ne penser qu’à moi, pour faire autre chose que travailler et m’occuper des travaux, du changement de saison et de tout ce que cela implique, de la paperasserie, du tri. Certains soirs, même ouvrir un livre me semble impossible tant je suis fatiguée et parce que j’ai trop de choses en tête. Je n’arrive qu’à chercher des images sur la toile parce que ça demande peu de concentration.
Oui, tout me pèse en ce moment. Et comme j’aimerais trouver du temps pour moi. Juste pour moi.
En ce jour de la Saint-Patrick, en tant qu’arrière-arrière-arrière-petite-fille de Gilbert O’Connor, né dans le comté de Limerick en 1813, je ne rate jamais la Saint-Patrick. Je porterai du vert, bien entendu. Et j’écouterai Leahy, un groupe réunissant 11 membres d’une famille fière de ses origines irlandaises.
Bonne Saint-Patrick, que vous ayez des origines irlandaises ou non!
Je ne pourrai pas tout conserver des livres de mes parents et des miens. Je dois donc me départir d’une bonne partie de ce que nous avons accumulé au fil des ans. J’ai d’ailleurs commencé. Certains livres sont déjà chez des amis. D’autres font partie de la bibliothèque tournante du bureau, un projet dont je suis plutôt fière puisque j’en suis l’instigatrice. Quelques-uns ont trouvé le chemin de revendeurs qui leurs procureront une nouvelle vie.
Mais je suis loin d’avoir fini de tout trier. Et encore moins d’avoir mis en boîte tout ce que je conserverai. Mais ça viendra. Il faut y aller petit à petit. Or, j’ai hâte de ranger mes livres sur les rayons. J’ai toujours rêvé d’avoir une pièce qui serait une bibliothèque. J’en aurai bientôt une.
En cette Journée internationale des droits des femmes, je suis fière de dire haut et fort que je suis la petite-fille d’une femme inoubliable qui a milité en faveur du droit de vote des femmes.
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