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Il fait encore noir

Il fait encore noir. J’en suis déjà à mon deuxième bol de café. J’ai préparé une pile de livres. Sur le dessus, celui commencé hier soir, Aujourd’hui, j’ai envie d’une journée sans rendez-vous, sans urgence, sans problème à résoudre. D’une journée pour moi.

*dessin au fsain d’Angelika Lomako

Premier café

À l’heure du premier café de la semaine, je me pose la question qui me vient en tête tous les lundis à la même heure. Pourquoi les fins de semaine passent-elles si vite? Une fois de plus, je n’ai pas réussi à faire tout ce que j’avais prévu pour ces deux jours.

Il y a toujours autant de livres dans ma pile. Je n’ai pas fait le tour des étages avec l’aspirateur. Ma correspondance n’est pas à jour. Mais j’ai préparé un grand plat de macaroni au fromage, recette de ma mère, plat réconfortant idéal pour oublier l’hiver.

*dessin de Luis Key

Il a encore neigé

Il a neigé jeudi. Il a encore neigé cette nuit. Et aussi ce matin. Et il va encore neiger ce soir. Bonne raison pour ne pas sortir et tirer un livre de la pile qui m’attend sur la table du salon. Et pour m’offrir une grande tasse de thé gingembre citron en écoutant la radio où s’enchaînent des titres d’une autre époque.

*illustration de Sandrine Joy

M’approprier les lieux

Ce n’est pas tout de suite que je me sentirai vraiment chez moi dans la maison familiale, mais je m’approprie les lieux peu à peu. Chaque fois que je passe chez moi, qui est de moins en moins chez moi puisque je n’y ai pas dormi depuis la mi-décembre, je vide la boîte aux lettres et je remplis des sacs. Vêtements, chaussures et articles de toilette ont été les premiers articles à transiter d’un endroit à l’autre. Puis, des bijoux, des foulards, des enveloppes, des cartes postales, des timbres, du papier à lettres. Du thé, des livres, des CD, un diffuseur, mon koala en peluche, les cahiers contenant mes poèmes, des paires de lunettes.

Mais il faudra encore du temps pour que je me sente chez moi, pas juste en transit. Tant que le grand ménage ne sera pas terminé, tant que la salle de bains ne sera pas adéquate, tant qu’un chauffagiste n’aura pas examiné la fournaise, tant qu’un spécialiste n’aura pas confirmé que les différentes craques dans les murs ne sont pas dues à un problème de structure, tant qu’il y aura de la peinture à faire, tant que je n’aurai pas installé mon bureau de façon définitive, tant que je n’aurai pas tous mes livres sous la main, tant que je ne passerai plus mon temps à faire des listes de ce que je dois penser à déménager lors de ma prochaine visite, je serai toujours une nomade.

Mais ça ne durera pas. Je pense qu’en octobre, voire avant cela si tout va bien, je n’aurai plus qu’un seul domicile.

*tableau de Loré Pemberton

Tous les lundis

Tous les lundis, je me pose les mêmes questions. Pourquoi la fin de semaine a-t-elle passé si vite? Pourquoi me faut-il quitter la maison pour aller travailler et socialiser? Pourquoi ne puis-je pas passer l’avant-midi aur le sofa en compagnie d’une pile de livres? Et ça me revient. Je n’ai pas encore pris ma retraite. Et je me prépare un bol de café. Je peux au moins m’accorder ce plaisir.

*illustration signée Yejukoo

Les lectrices allongées

Est-ce l’un des effets secondaires des récents 75 cm de neige qui sont tombés sur Montréal que l’envie de prendre la place des lectrices de l’artiste berlinoise Skadi Engl?

Une phrase, juste une phrase

Parfois, il ne faut pas plus d’une phrase, juste une, une seule, pour que je remonte le temps et que je mette à rêver. Je me télétransporte, je voyage, je ne suis plus d’ici, je suis d’une autre époque. Je deviens une héroïne de roman, une muse ou bien celle que je fus plus jeune. Les mots ont un pouvoir immense.

*toile de John White Alexander

Tous les lundis

Tous les lundis, je me pose la même question. Je ne trouve jamais la réponse. J’ignore comment la fin de semaine a pu s’envoler sans que j’aie pu lire plus qu’une heure ou deux.

Ce lundi, comme tous les lundis, la question est là, tout comme la pile de livres sur la table à café du salon dans laquelle je me promettais de trouver le roman qui allait occuper deux jours. Elle est intacte. Et je n’ai nulle envie de descendre les huit marches menant à mon bureau à domicile qui deviendra plus tard ma salle de lecture en attendant de prendre possession du bureau de mon père.

Je n’ai qu’une envie : lire. Mais je crois que ça devra attendre à ce soir. Hélas.

*toile signée Henri Beau

À l’intérieur

Nous avons reçu 35 cm de neige jeudi. Nous en attendons 40 autres demain. Bonne raison pour demeurer à l’intérieur, lire, écrire quelques lettres, des cartes postales et des billets pour le pays de Lali. Oserai-je rester en pyjama?

*sur des toiles de Robert Strong Woodward

Rester au chaud

Si je n’avais pas à faire des courses, à passer chez moi voir s’il y a du courrier et pour préparer deux ou trois sacs, je resterais bien au chaud dans la maison familiale et je regarderais la neige accumulée.

*tableaux de Debra Tate Sears