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Heureusement qu’il y a les livres…

APPLE (Linda) - 19

Il pleut et il va pleuvoir toute la journée demain. Ce n’est pas ça qui va faciliter la vie de mes voisins, de mon facteur et la mienne. En effet, voilà des mois que des travaux sur le domaine rendent notre vie misérable. Des grues et des camions ont arraché le gazon, détruit l’asphalte, créé de profondes ornières, tant et si bien que pour sortir de chez soi et marcher vers le trottoir est une expérience de haute voltige et des plus salissantes.

J’ai laissé mes talons dans un trou que je n’ai pas réussi à éviter, je me suis enfoncée dans tellement de boue que je pensais m’enliser, j’ai lancé un petit morceau de glace dans un lac pour en tester la profondeur – un mètre, selon mes calculs – et j’ai failli tomber une cinquantaine de fois.

Et les travaux n’avancent presque pas. Certains n’ont plus de balcon depuis octobre. Des murs sont en cours de briquettage depuis des semaines.

Heureusement qu’il y a les livres. Des cartes postales à envoyer. Des billets a écrire pour le pays de Lali. Ça m’empêche de regarder dehors et d’y voir les lacs, des ornières et de la boue.

Je vais fermer les stores jusqu’à dimanche.

*toile de Linda Apple

Un peu de bleu dans ma tasse

BASCOVE - 14

Aller des livres aux images. Et puis rêver d’ailleurs et de couleurs. Pour contrer le gris qui s’étale au-delà de l’horizon.

Puis siroter une gorgée de café. Me réchauffer aux souvenirs pour mettre un peu de bleu dans ma tasse.

*toile de Bascove

Bras

BELENIKIN (Valeriy)

Quelques traces de rose vacillent au loin, déformant la ligne d’horizon, comme si le jour hésitait à s’installer. Comme s’il voulait rester encore un peu dans les bras de la nuit.

Je sais ce qu’il ressent. Je le sais si bien.
Le bonheur est au creux de bras qui ne nous retiennent pas.

*toile de Valeriy Belenikin

Et plus rien n’existe que quelques tulipes

Tulipes
(carte postale reçue hier du Danemark)

On dit chez nous que l’hiver n’est pas terminé avant la tempête de la Saint-Patrick. La fête nationale des Irlandais étant dans cinq ans, peut-on espérer que la tempête qui sévit actuellement sur le Québec (20 à 40 cm selon les régions) sera vraiment la dernière? Ou doit-on se dire que, peut-être, comme ça a été le cas plusieurs années, y en aura-t-il une autre après le 17 mars?

Je ne veux même pas songer à cette possibilité. J’ai fermé les stores pour ne pas voir que tout est blanc dehors encore une fois. Mais j’entends certaines fenêtres claquer tant le vent est présent et puissant. Je ne peux donc pas faire totale abstraction de ce qui se passe dehors.

Mais j’ai la possibilité de rêver — une de mes spécialités, d’ailleurs. Alors, je regarde la carte postale que j’ai reçue hier du Danemark. Et plus rien n’existe que quelques tulipes.

Le blanc a disparu. Et je crois même que le vent s’est tu. Il suffit d’une carte et d’un peu d’imagination.

Pour continuer à rêver

Pebbles - Photo de Laurent Pinsard
(carte postale – photo de Laurent Pinsard)

J’aime les roches. Celles qu’on trouve sur les plages qui bordent les océans où se plient et se déplient des vagues à l’infini. Celles qu’on ramasse sur le bord des lacs aux petites heures du matin quand les canards font leurs toilettes. Depuis longtemps. Tout comme les coquillages. De toutes les formes et de toutes les couleurs.

J’aime les roches. Les lisses et les moins lisses. Avec des rayures, des reflets, des cassures et des nervures, comme autant de signes de vie posés sur elles.

Je n’ai jamais cessé de les ramasser depuis que je suis haute comme trois pommes. Et depuis deux ou trois ans de les prendre en photo. Et plus récemment de recommencer à acheter des cartes postales dont elles sont les vedettes. Comme celle-ci.

Les regarder. Me laisser bercer par les histoires qu’elles racontent, sans savoir si elles disent vrai. Puis fermer les yeux et m’endormir avec, au creux de la main, une roche ramenée de Lake George ou de Rockport. Pour continuer à rêver.

Maïs soufflé et souvenirs

mais

Et ce soir la vie ressemble à un bol de maïs soufflé.

Ça faisait longtemps que je n’en avais pas mangé. Deux ans? Trois? Je sais juste que c’est un goût qu’on n’oublie pas. Un de ceux qui ressemblent aux souvenirs d’enfance, alors qu’il fallait être patient et bien surveiller le chaudron quand on en faisait éclater. Et dont l’odeur se répandait dans toute la maison.

Bonheur de deux petites sœurs qui partaient avec un grand bol s’installer devant les dessins animés, un casse-tête ou leurs poupées. Inséparables, complices. La grande laissait toujours la fin du bol à la petite. Tout comme elle tentait de son mieux de réparer (ou de dissimuler) les dégâts que la plus jeune laissait derrière elle, car celle-ci avait déjà une âme de scientifique et faisait à l’occasion de certains jeux des expériences. Heureusement, jamais explosives!

Bonheur, plus tard, de deux adolescentes qui n’avaient pas perdu le goût du maïs soufflé. Image de films loués qu’elles écoutaient côte à côte, installées sur le coussin géant, au milieu de la salle familiale. Inséparables, complices.

Bonheur du jour où je pense à elle. Si différente, mais pas tant que ça. Qui vit trop loin.

Où je pense à nous. En souriant. La vie nous a tout de même conservées complices et inséparables.

Et le bonheur, c’est quoi?

HANNA (H. Craig)

C’est tout ce qui nous anime et nous fait sourire. Tout ce qui nous fait pousser un grand soupir et nous donne envie de ne plus bouger parce que tout est là. Dans l’instant.

En cette minute, le bonheur, c’est une toile signée H. Craig Hanna dans laquelle je me suis glissée et où je compte bien passer le reste de la journée.

Ne me dites pas que la vie est simple

BULLEID (George Lawrence) - 2

Je pense parfois à elle. Elle dont le poste a été coupé à dix-mois de la retraite. Elle qui ne s’y attendait pas. Elle qui a quitté le bureau une dernière fois un jour où je n’y étais pas. Elle à qui je n’ai pu dire un véritable au revoir. Pour qui je n’ai pas trouvé les mots à écrire. Et pourtant, je sais ce qu’elle vit. Du moins en partie.

Et maintenant que trois semaines ont passé, peu à peu les mots me viennent. L’envie qu’on se voie hors de notre cadre habituel. Parce que nous avions du plaisir à discuter ensemble et que nous n’habitons pas loin l’une de l’autre.

Mais il y a en moi ce doute. Veut-elle couper les ponts avec ceux et celles qui ont fait partie de son quotidien pendant près de cinq ans? Y a-t-il des gens avec qui elle veut garder contact alors qu’elle fait face à une situation qu’elle n’a pas imaginée une seconde?

Je ne sais pas. Je sais juste qu’en ce qui me concerne il m’a fallu beaucoup de temps avant de faire le deuil de ce qui avait été ma vie pendant près de vingt-deux ans. Je sais aussi que des mois, voir des années, ont été nécessaires avant d’être en mesure de revoir certaines personnes. Parce que la blessure était là. Le retour en arrière impossible. Et que cette impression d’échec me suivait partout.

Peut-être aussi que j’ai attendu un signe qui n’est pas venu et qu’elle attend aussi un geste, un mot.

Ne me dites pas que la vie est simple.

*toile de George Lawrence Bulleid

Ménage ou lecture?

RACZYNSKA (Agata)

L’illustratrice Agata Raczynska a bien compris le dilemme auquel je suis confrontée semaine après semaine.

Or, on ne peut pas en même temps passer l’aspirateur ET lire. Je le sais, j’ai essayé.

Maintenant, qui des deux va gagner aujourd’hui?

Bon anniversaire Armando!

Books # 73

Puisse-il y avoir toujours du bleu dans tes nuages — et dans ceux des pépés qui fêtent aussi leur anniversaire aujourd’hui — afin que tes photos continuent de nous émerveiller longtemps encore!

*toile de Ted Wen