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Quand une toile me parle de moi

gregallen

C’était après l’amour, il y a des années de cela. Fermez bien les rideaux et rapetissez la pièce pour une image plus près de la réalité, et remplacez le violoncelle par un violon.

Je croyais que deux êtres qui viennent de partager un tel moment pouvaient rester dans la même pièce, chacun livré à sa passion, Michel à sa musique, moi à mes livres. Que comme j’avais su lui inspirer une de ses plus belles compositions, je n’allais pas l’envahir en restant allongée là, à le regarder du coin de l’œil, amoureusement — sûrement — entre deux pages tournées. Car j’aimais ce corps à corps qu’il avait avec son violon. Car j’aimais cette façon qu’il avait de le tenir contre lui, le menton sur son épaule.

Mais une scène sembable à celle peinte par Greg Allen n’a pas eu lieu. Je pouvais écouter s’il avait toute mon attention, mais non pas faire autre chose. Je crois même que les pages froissées l’auraient dérangé.

Mais ça allait au delà de ça. Le désir assouvi, je n’avais plus lieu d’être là, si c’était pour être dans ma propre bulle. L’obsession du « ensemble » ou rien du tout; une peur atroce du « côte à côte ». Et si, des années plus tard, nous nous sommes retrouvés tantôt chez lui, tantôt chez moi, j’ai toujours pris soin de ne pas traîner après et de ramasser les vêtements épars pour me rhabiller vite fait, partir dans la nuit ou le raccompagner à la porte.

Peut-être est-ce depuis ce soir d’hiver que je n’ai plus été capable d’un éventuel côte à côte hors de l’amitié qui elle, permet cela. Peut-être. Car, même après, je ne lisais pas quand l’homme avec qui j’ai vécu, était là. Je gardais cela pour moi. Tout comme écrire, tout comme ma musique.

Et c’est peut-être la raison pour laquelle je suis si bien comme je suis. Et aussi celle pour laquelle j’ai raconté une très belle histoire à un ami récemment. Celle d’un homme assis dans un fauteuil qui regarde celle qu’il désire, allongée sur le lit, lire. Et qui attend, patiemment, qu’elle se consacre à lui. Même s’il lui faut pour cela patienter jusqu’à ce qu’elle termine le livre.

Il faudrait bien que je l’écrive, au fait, cette nouvelle, au lieu de rêver devant des toiles.

Petite réflexion sur le bonheur

kurihara

Le bonheur? Celui avec un grand B ou un petit? Celui que les uns et les unes recherchent inlassablement tout en trouvant fades les bonheurs parce que LE bonheur doit bien exister quelque part? Celui-là même qu’au bout de la route, ceux qui l’ont en vain espéré, n’ont pas trouvé?

Faut-il à tout prix partir à sa quête? Faut-il réduire l’importance de tous les petits au profit de ce grand et unique qui va supposément tout changer? Si oui, je n’ai rien compris, mais vraiment rien.

Car le chercher, ça aurait été me priver de tous ces merveilleux instants de bonheur qui ont jalonné ma route, ça aurait été minimiser un geste ou un regard, les joies et tout ce qui fait que je suis en vie. Et ça, je suis incapable de le faire. Je préfère de loin sortir un microscope pour examiner de près un événement pour d’autres banal mais dont je conserve un souvenir inaltérable plutôt que regarder au loin avec des jumelles ce qui va venir et qui s’annonce comme exceptionnel.

La seule assurance de bonheur, c’est celle qu’on porte en soi, c’est notre façon de regarder les choses. Et quand on sait le faire, TOUT est bonheur. Et c’est cette addition de petits détails qui fait que le soir venue, je suis rassasiée. J’ai trouvé du bonheur partout.

Dans une carte postale de Bayreuth dans la boîte aux lettres. Dans le morceau de pain arraché à une baguette et que j’ai couvert de pâté de campagne. Dans les pubs de Vincent Delerm et Renaud que j’ai trouvées sur le net. Dans mon miroir alors que j’essayais de faire de quoi avec ma tignasse. Dans mon café du matin qui sentait bon un vendredi de congé. Dans l’heure passée au lit avec un livre, installée à la manière de la lectrice de James Kurihara.

Il était partout aujourd’hui, le bonheur. Dans les CD prêtés par maman. Dans la pizza de ce midi. Dans la perspective de déjeuner en famille dimanche et de revoir Denise, la belle-fille de ma sœur.

Et je devrais chercher le bonheur avec un grand B à tout prix ? Nul besoin. Je suis heureuse et ce n’est pas parce que je me contente de peu, mais bien parce que je vois le bonheur où il est sans chercher ailleurs, sans l’attendre. Il est en permanence là où on sait regarder. « Avec les yeux du cœur », comme le chantait si bien Gerry Boulet. Il n’y a pas, je crois, d’autre manière pour que le bonheur ne soit non pas à nos portes, mais chez soi, bien au chaud.

Bon vent !!

voldoiseaux

Je les ai entendus bien avant de les voir. Leurs battements d’ailes et leurs voix ont fait un tel vacarme que je me suis précipitée sur mon balcon pour les voir couvrir le ciel. Étaient-ce des oies blanches qui filaient déjà ce soir vers le sud ? Ou des fous de Bassan ? Ou encore des mouettes rieuses ? Ou bien les oiseaux volent-ils ensemble, toutes races confondues ?

Le ciel était à eux ce soir. Et je me demande bien comment ils ont fait pour savoir que c’est cette nuit que se fera le passage officiel de l’été à l’automne, alors que bien des gens, pour ne pas dire la plupart, l’oublieront.

Je leur ai fait signe de la main, je ne sais pas si l’un d’entre eux l’aura vu. Mais comme ils disaient au revoir, il me semblait logique de leur répondre. Et leur rappeler de ne pas oublier de revenir au printemps…

Souhait de fin d’été

automne

Étaient-elles déjà là hier ou avant-hier ? Ce n’est que ce matin que j’ai vu les premières au sol, jaunes pour la plupart. Je sais que les autres couleurs suivront, graduellement et que mes yeux profiteront de chaque nuance. Du moins, s’il ne vente pas trop, ce qui précipiterait leur chute.

Ça m’a fait tout drôle. Des feuilles au sol, alors qu’il fait 26 degrés cet après-midi. Comme si l’été voulait nous signifier sa présence avec intensité encore une fois, alors que dans moins de cent heures il lui faudra laisser la place à l’automne qui, ce matin, a donné un signe infaillible de son arrivée.

Si le magicien des couleurs me lit, qu’il ne laisse pas les arbres se déparer de leurs ors, leurs ocres et leurs rouges sitôt que ces riches couleurs seront partout. Qu’il me laisse me gaver. Je veux en avoir plein la vue. Et le plus longtemps possible.

Le pont Jacques-Cartier

pjc

Aujourd’hui, c’est à quelqu’un qui habite près de Verviers, que je dédie mon billet, comme c’est son anniversaire le 14, et qu’en Belgique, c’est déjà demain.

Et si j’ai choisi le pont Jacques-Cartier qui sépare Montréal de la rive sud pour illustrer cette journée, c’est d’abord pour une raison. Le grand-père de cette verviétoise, parti de Liège, fait partie de ceux qui ont bâti ce pont, et il avait pour projet d’installer sa famille ici. Le destin en a décidé autrement puisqu’il a perdu la vie sur un chantier liégeois quelques jours avant la grande traversée.

Il y a aussi un pont entre la Belgique et Montréal, il s’est installé petit à petit au fil des mois depuis mon retour en juillet 2005. Et je puis vous assurer qu’il est drôlement solide et qu’il ne va pas s’écrouler de sitôt.

Et ce pont Jacques-Cartier auquel une légende urbaine aurait prêté quatre tours Eiffel décoratives offertes par la France, alors que celles-ci faisaient partie du plan de départ, est le plus beau de tous les ponts qui relient l’île à l’une ou l’autre des rives. Lui qui n’a que trois quarts de siècle se dresse fièrement au-dessus du Saint-Laurent. Lieu de rassemblement lors des feux d’artifice, il sert de point de liaison le reste du temps.

Il est à l’image des êtres généreux et enthousiastes, qui cherchent toujours à faire plaisir et à réunir ceux qu’ils aiment, qu’ils soient de tous les horizons ou de la porte à côté et dont plusieurs font partie de ma vie.

Une lectrice prévoyante

jllf

Cette toile de Jose Luis Lazaro Ferre a quelque chose de rassurant. Car je trouve inquiétant, dans mon cas, le fait de ne pas avoir de livres d’avance, bien davantage que celui de voir à l’occasion les tablettes du frigo peu garnies.

J’ai besoin de cette abondance, de pouvoir choisir à même mes livres non lus, sélectionnés pour leur auteur, pour le sujet, pour l’impression fugace lors de l’achat. Puisque je ne lis pas tout de suite ce que j’achète, mais emmagasine, pour après choisir une seconde fois, comme si je me constituais une propre librairie à domicile, où tous les livres m’appelleraient à tour de rôle.

Enfant, quand nous partions en vacances, il m’importait plus d’avoir suffisamment de livres que de vêtements. Je n’ai pas trop changé, je crois. C’est encore dans les librairies et chez les disquaires que je me sens le mieux, et non pas dans les magasins de vêtements.

Manquer de livres ne m’est heureusement jamais arrivé. Alors que la phrase de celles qui ont trop de vêtements est « Je n’ai rien à me mettre! » Preuve, peut-être, que le jeu de séduction entre lecteur et le livre dure beaucoup plus longtemps que celui entre magasineuse et vêtements.

Oui, décidément, j’aime beaucoup cette toile, le semi-confort de celle qui lit et qui a, autour d’elle, réuni en piles les projets des jours et des semaines à venir. Pousserai-je jusqu’à dire qu’elle a le sens des valeurs ? Oserai-je ? Allez, pourquoi pas ? Voilà ici une vraie lectrice, une dévoreuse de livres. Et il fait bon me retrouver en elle.

Pour ceux qui me lisent jour après jour

coquillages

On croit qu’on écrit pour soi, pour quelques amis seulement, qui nous lisent régulièrement ou à l’occasion.

Car on n’imagine pas que quelqu’un, un jour, sera guidé vers nos pages, qu’un autre – Un blog par jour – a choisi de souligner ce blog sur le sien le 6 septembre, ce qui a donné l’idée à certains de venir jeter un œil ici. C’est le cas de Marianne, dont je ne connais que la plume pour le moment, qui aurait bien voulu laisser un message, mais dont le mot de passe a dû être intercepté et considéré comme indésirable. C’est donc en lui faisant signe parce qu’elle s’était inscrite que j’ai pu lire son commentaire qu’elle m’a transmis par courriel.

Je vous livre ici quelques lignes de celui-ci, car les lire a constitué un grand moment de ma journée. Je crois que vous comprendrez pourquoi…

Ce que je reproche un peu aux blogs littéraires en général c’est que les auteurs émettent des opinions sur tout ce qu’ils lisent, les films qu’ils voient ou les disques qu’ils découvrent mais on ne sait rien d’eux, d’elles le plus souvent, de leur personnalité, leur âge….
Donc, le commentaire est trop anonyme pour qu’on y ajoute foi d’emblée.

Vous c’est différent: l ‘intérêt est de découvrir qui vous êtes à travers une belle écriture, de splendides images en même temps qu’on découvre ce que vous aimez.

J’ai adoré votre petit billet sur les fleurs qui perdent leurs pétales avec une grâce de danseuse et celui sur votre migraine , parce que c’est la première fois que j’entends une femme soutenir calmement qu’ainsi elle ne renonce à rien. Il y a une telle sensualité dans vos propos, un tel sentiment de bien-être, d’assurance tranquille et de disponibilité au monde qu’on vous croit volontiers et qu’on partage totalement votre plaisir.

Ajouter quelque chose serait superflu.
Mais je le fais quand même. Nous sommes tous des coquillages échoués sur la grève. Pas tous colorés, pas tous beaux, pas tous en bon état ni remarquables. Mais il suffit qu’un seul nous remarque et nous donne le goût d’être ce que nous sommes pour que nous ayons envie de ne pas changer. C’est l’effet qu’a eu sur moi le billet de Marianne, dont je ne sais rien, sinon qu’elle partage avec moi un amour pour les mots. Je sais aussi je la lirai avec plaisir le jour où elle aura aussi ses pages.

Et j’ajouterai un mot pour mes quatre fidèles lecteurs, Carine, Christiane, France et Jean-Marc. De savoir que vous me lisez jour après jour, que vous me donnez vos impressions, me donne aussi le goût de poursuivre. Vous constituez, au même titre que mes voyages, mes lectures, mes coups de cœur, mes clins d’œil, le sel de mon inspiration.

Pas de regrets pour ma vie de libraire

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Jean me demandait il y a deux semaines si la vie de libraire me manquait. Et sans une seconde, j’ai affirmé que non et sincèrement, je ne mentais pas. Il est vrai qu’il a lui-même vécu avec une libraire qui n’a jamais pu se détacher du monde de la librairie, même après avoir vendu sa boutique. Mais elle n’avait peut-être pas une vie parallèle, comme j’en ai toujours eu une. Et c’est peut-être au bénéfice de cette autre vie que celle de libraire qui a été la mienne pendant un quart de siècle, que je ne range plus quotidiennement des livres sur les rayons ni ne rencontre des représentants ou forme du personnel. Une vie où les mots ont pris toute la place, où je tente de trouver le plus juste, celui qui fait sens dans le contexte, quatre jours durant, afin que les autres je puisse avoir une vie où je lis, où j’écris, où je découvre.

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Et je le redis pour Jean, dubitatif face à ma réponse : non, la vie de libraire ne me manque pas. Je suis heureuse de l’avoir vécue, mais ma vie est ailleurs… Et je puis désormais, sans avoir le cœur retourné en tous sens, entrer dans une librairie, faire le tour des nouveautés, regarder les titres en inventaire et commander un livre. Il m’arrive même, comme aujourd’hui avec Danielle, alors que nous étions aller chercher un livre qui va nous être utile au bureau, de replacer un ou deux livres qui avaient échappé à l’ordre alphabétique de la section poche. On ne se refait pas.

Et j’aime bien cette librairie que j’ai choisie. Une vraie de vraie librairie et à deux pas de chez moi. Une librairie vaste mais à l’échelle humaine, avec un personnel qui aime ce qu’il fait.

Où que je sois, dans n’importe quelle ville du monde, j’aimerai toujours entrer dans une libraire. Car bien avant qu’une en particulier ne devienne ma seconde demeure, je les aimais. Comme j’aime aussi celles de la peintre montréalaise Laurie Campbell qui donnent envie de franchir le seuil et de fouiner.

Une vraie librairie, pas ces self-services sans âme et interchangeables, invite à la prospection. On y entre sans savoir ce qu’on cherche et avec l’intime conviction de l’avoir trouvé. Et c’est ce plaisir-là que je retrouve, ce plaisir d’avant, venu de l’enfance et qui fait que non, décidément, cette vie ne me manque pas, même si je l’ai aimée.

Laissez-moi rêver…

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Oh oh laissez-moi rêver oh laissez-moi rêver
Oh laissez-moi rêver c’est pas grand chose
Oh oh laissez-moi rêver oh laissez-moi rêver
Oh laissez-moi rêver

(Nicolas Peyrac)

Ne me dites pas que la vie est autre que celle qu’il y a dans ma bulle. Ne me dites pas que je vais tomber de haut quand je vais réaliser que. Ne me dites pas que je devrais être « réaliste ». Non, ne me le dites pas, je vous en prie.
Ne me dites pas les guerres, je les connais. Ne me dites pas l’injustice, je connais aussi. Ne me dites pas la faim, la peur et le froid. Je sais tout cela aussi.

Ce soir, je ne veux penser à rien de tout cela. Je veux juste préparer ma journée de congé, tracer mon itinéraire et partir à l’aventure, comme si j’allais au bout du monde.
Ce soir, je ne veux penser qu’à moi. Je le fais si peu. N’intervenez pas, ne me dites pas ce que je sais déjà et que j’ai rangé ce soir. Ne me répétez pas ce qu’on voit aux infos. Ne me racontez pas ces scènes. J’ai envie d’une journée sans tout ça.

Oh oh laissez-moi rêver oh laissez-moi rêver
Oh laissez-moi rêver c’est pas grand chose
Oh oh laissez-moi rêver oh laissez-moi rêver
Oh laissez-moi rêver

Quelques heures…

Celui qui me tient éveillée

davidross

Et lui seul me tiendra éveillée, moi qui suis capable de m’endormir n’importe où, alors qu’autour de moi on débat approximativement d’une question qui ne mérite pas un tel acharnement. Et lui seul me tiendra éveillée, moi qui au bout d’un moment, décide que j’ai assez échangé, pour aller le retrouver. Et lui seul me tiendra éveillée, moi qui tout à l’heure ai trouvé le sommeil avant l’heure, fatiguée.

Et lui seul m’a tenu éveillée toutes ces années, seul ou en compagnie de ses semblables, au lit, au bain, au parc. J’ai pour lui des yeux d’amoureuse affamée, comme en a sûrement la lectrice de David Ross, dont on ne voit pas le regard. J’ai pour lui des yeux que je n’ai jamais eu pour aucun homme.