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Mes mots comme cadeau de Noël

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Et puis, j’ai enfin classé toute la musique accumulée depuis un mois. Des chansons offertes du fond du cœur par Armando et que je ne remercie pas suffisamment pour tout ce bonheur qu’il me donne. Et il me semble que maintenant que tout est rangé, à sa place, organisé, je puis enfin commencer ma journée… même si je suis debout plus de trois heures. J’avais besoin de mettre chaque chose à sa place comme j’avais besoin de mettre de l’ordre dans ma tête, où tout se bouscule.

Et maintenant, je me sens un peu mieux, plus légère. Il y a encore des courriels auxquels répondre. Celui de Chantal, à Brest. Celui de Jean-Yves et Hoai, depuis le Laos, qui m’offrent leurs meilleurs vœux. Celui de Nathalie et Denis, qui m’annonce la naissance de leur fils, là, tout à côté de la rivière Richelieu. Celui de Gaëlle, la Belge de passage à Montréal, que j’espère revoir ces jours-ci. Celui d’Andrée, à Rivière-du-Loup, avec des souhaits venus du cœur. Celui d’Antonio, à Verviers, celui de Jean-Louis à Alleur, celui de Christel à Luttre, chacun porteur de vœux venus de cette Belgique que j’aime tant. Celui de Lyne, à vingt minutes d’ici, que je ne vois pas assez. Celui de Gaëtan, court mais sincère et qui dit tout. Celui de Fabien qui m’annonce son mariage en 2007.

Et les sms de Jacques, d’Eugénie, qui pensent eux aussi à moi de là-bas, de ce plat pays auquel je rêve si souvent. Et un appel de Ric, toujours de là-bas. Un autre de ma cousine Anne, que je vois trop peu.

Et à tous ceux-là qui pensent à moi, qui ne m’oublient pas, même si je suis souvent absente, dans ma tête, avec mes mots et la musique, et à ceux que j’ai probablement omis sans le faire exprès, je dis merci. Vous êtes plus importants que vous ne l’imaginez. Et si je semble vous négliger, ce n’est pas volontaire.

Ma passion pour les mots reste ce qu’il y a de plus fort en moi. Et même quand je crois qu’il n’y a plus rien, que le désert s’est installé, il reste toujours ça. Et ces mots, je vous les offre. Jour après jour. Parce que je n’ai que ça. Et des rêves.

Un Noël de paix

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La nuit est tombée sur la ville de celle qui a bien marché cet après-midi pour profiter de la lumière qui nous a manqué ces derniers jours. La nuit est tombée et la soirée sera douce. Petite bouteille de mousseux, mousse de foie de canard, biscottes, chocolat tant belge que suisse. Un bain plein de mousse, probablement. De la musique. Mon Noël de paix à moi.

Où que vous soyez, avec qui que vous soyez, puisse le vôtre vous ressembler, vous rendre heureux et être aussi paisible. C’est là ce que je vous souhaite, du fond du cœur.

Un réveillon sans neige

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Il pleut. Et pas qu’un peu. J’ai beau ne pas être folle des Fêtes, je les préfère tout de même couvertes de neige. Sans quelques flocons, on dirait que ce n’est tout simplement pas pareil, qu’il manque ce petit quelque chose qui me motiverait. Heureusement, dans ma boîte de papiers de Noël, j’ai trouvé de quoi faire illusion. Si le décor dehors n’est vraiment pas de saison, les cadeaux bien étalés sur la table et que je vais emballer tout à l’heure, le seront, eux. Papier rouge métallique, avec des sapins ou des couronnes de Noël. Tout à fait appropriés et éclatants.

C’est ce soir que les paquets feront la route jusqu’à l’Île Bizard, chez ma sœur, où la fête a lieu, afin d’éviter deux gros repas de suite, puisque lundi, soir de Noël, nous allons au restaurant. Et qui donnera lieu à mon 24 en solo avec mon lion en peluche. Ça, c’est du luxe. Surtout qu’il ne me volera pas une goutte de mousseux avec sa bouche cousue.

Tout ça pour dire que nous voilà en plein dedans. Les festivités commencées hier au bureau se poursuivent… Tout de même, j’insiste, un peu de neige, ça aurait été bien.

Premier jour d’hiver

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Et l’hiver est là, c’est officiel. Et je sais que comme chaque fois qu’il arrive, et même les semaines qui précèdent, je commence à me terrer, à me fermer sur moi. Comme si j’hibernais à la manière des ours. Enfin, pas tout à fait. Puisque je continue à sortir, à aller marcher, à parcourir les rues de Montréal. À regarder avec mes yeux émerveillés tout ce qui est beau autour de moi.

Mais le début de l’hiver, c’est aussi la saison des bilans, des constats. C’est le regard sur des rêves qui ont été remplacés par d’autres. Ce sont ces liens qu’on tisse et qui font qu’on se demande ce qu’il adviendra d’eux. Ce sont ces moments magiques qui changent la vie ou qui semblent la changer. Ce sont ces sourires échangés au cours d’une année qui s’est inscrite bien différemment de toutes celles qui ont précédé.

Et je ne peux m’empêcher de faire un travelling sur tous ces moments. De retenir une poignée de détails.

Je ne sais de quoi sera faite la saison qui débute. Je ne sais où elle m’emportera, ni sur quels chemins. Quels rêves prendront le pas sur d’autres, ni lesquels je réaliserai. Je sais seulement que là où j’irai, ce sera seule. Avec mes mots pour tout bagage.

Une nuit sans sommeil

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Pas besoin de chercher au loin: les décors de Noël illuminent çà et là les fenêtres et le voisinage. Partout, les signes sont là.

Et j’ai laissé mon arbre dans sa boîte, avec ses guirlandes, ses instruments de musique miniatures et ses lumières. Nulle envie de toute cette agitation qui fait tant plaisir aux autres et à laquelle je me plie, sauf pour le 25 où nous ne serons qu’entre nous et où je n’aurai rien à prouver.

Et pourtant, je ne peux nier que c’est joli. Et pourtant, je ne peux pas dire que je n’ai pas déjà aimé tout cela autrefois. Et pourtant, tout cela me semble si lointain. Et je n’ai pas encore 100 ans…

Quand la magie a-t-elle disparu ? Peut-être s’est-elle éteinte à force de travailler comme je l’ai fait pendant des années dans un commerce ? Peut-être ai-je perçu à quel point tout ça ‘est une corvée et non un plaisir pour la plupart des gens ? Ou alors suis-je si bien dans ma bulle que j’ai du mal à suivre tout ce qui est « obligatoire » ou qui s’en donne les airs ?

J’aime donner quand j’en ai envie et pas quand je dois le faire. J’aime donner à qui j’ai envie et pas à ceux à qui je me sens obligée de donner. Et c’est peut-être tout ça qui me dérange. Tous ces gens qui s’attendent à quelque chose, qui prennent. Et là, je ne parle plus des Fêtes, mais de la vie en général. De ceux qui demandent et n’offrent jamais, de ceux qui vous coupent vos élans et qui font que certaines nuits on tourne en rond, incapables de trouver le réconfort du sommeil. Et je parle d’une nuit comme celle-ci où aucun livre ne sait tenir entre mes mains, où aucune musique ne m’apaise. Où je me pose des questions où il n’y en a peut-être pas.

Et les guirlandes de Noël brillent dans la nuit, insolentes.

Que sont mes amis devenus

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Je suis d’une ville qui compte quatre universités et des souvenirs me rattachent à chacune d’elles, même si une seule sera à jamais mon alma mater. Et si j’ai passé un nombre incalculable de soirées au conservatoire d’art cinématographique sis dans un des pavillons de l’Université Concordia, cette dernière n’aura été que ça, un lieu de cinéma. Et si j’ai assisté à des concerts ou des partys à l’Université McGill et si j’ai maintes fois promené mes pieds dans les couloirs de l’UQAM, celles-ci n’auront été que des lieux de passage.

Il est un seul endroit qui est mien, un seul endroit qui a connu mes 20 ans et mes rêves sur ses bancs. Et curieusement, son symbole, cette tour – en haut de la côte – qui se dresse vers le ciel et qu’on voit de très loin, est un des lieux que je n’ai pas fréquentés, la tour de l’Université de Montréal étant réservée à la pharmacie, la médecine et autres. Le pavillon des arts et sciences officiait ailleurs, en bas de la côte, rue Jean-Brillant.

Comment sont-ils aujourd’hui, ces étudiants en études françaises qui ont remplacé ceux que nous étions il y a 25 ans ? Sont-ils heureux comme nous l’étions ? Se gavent-ils de tout ce qui leur tombe sous la main, livres, films, pièces, concerts, comme nous le faisions ? Rêvent-ils de se voir un jour publiés comme c’est arrivé à une poignée d’entre nous ? Vont-ils danser au Clan Destin ou marcher dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges à la recherche de la tombe de Nelligan, comme nous ? Le Soulier de satin, notre café du huitième étage, aux nappes roses et au décor feutré existe-t-il encore ou a-t-il été récupéré pour en faire un bureau pour les chargés de cours, ce qu’il était avant que nous n’occupions ce haut lieu de conversations profs-élèves ? Qui était aussi ce vieux sofa de velours rouge dont on avait hérité et où on s’affalait pour un café ou un match de scrabble ?

Je pensais à tout cela hier matin alors que j’étais au cimetière pour les derniers adieux au père de Christiane et que la tour se dressait là, pas loin. Je nous revoyais tous autour d’une bière au Café Campus ou dans une salle de cours découvrant Baudelaire ou Villon, intimidés ou alors extravertis quand il s’agissait de transmettre oralement un travail. Et je souriais.

Combien d’heures passées là à partager nos rêves, à se lamenter sur un cours, à s’enthousiasmer pour un autre, à vivre en gang pour la dernière fois de notre vie avant que chacun ne vole de ses propres ailes ?

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés?
chantait Ferré, en reprenant les vers de Rutebeuf.

Pour Christiane

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Je voudrais trouver les mots pour lui dire autre chose que des banalités. Lui dire autre chose que Je suis là. Lui dire quelque chose qui lui ferait sentir à quel point je l’aime et combien je voudrais prendre un peu de sa douleur sur mes épaules. Et peut-être ai-je réussi.

La mort de quelqu’un qu’on aime, c’est toujours une épreuve. La mort d’un père, ce doit être une épreuve terrible. Et depuis le matin, je me demande ce que je pourrais faire pour Christiane, comment la soutenir. Mais je peux juste lui dire Je suis là. Pas loin, au bout du fil, à quarante minutes de route.

Il y a des douleurs que des mots maladroits peuvent aggraver. Des douleurs qu’une présence silencieuse peut atténuer. Car quand la mort survient, tout devient désordre. Les souvenirs affluent, on ne sait lequel privilégier, lequel est le plus important, lequel nous aidera à surmonter l’absence qui semble prendre toute la place.

Je suis là. Je ne puis te dire que ça, Christiane. Et aussi que j’écrirai, que je continuerai de raconter tous ces jours où tu ne me liras pas. Pour qu’au retour tu trouves ce billet et tous les autres, signe de ma présence indéfectible auprès de toi, auprès de ceux que j’aime, auprès de ceux qui me lisent et que je connais pas, beau temps, mauvais temps.

Le silence pour tout argument

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J’ai toujours eu du mal avec les disputes, avec ceux qui prenaient toute la place, avec le ton qui monte. Parce que peut-être que m’en mêler n’a fait qu’emmêler davantage les autres et moi-même en ne réglant rien. Et puis, je ne sais pas me défendre, je ne fais pas partie des gens qui ont des arguments et qui savent analyser. Maman me le disait encore récemment. Un reproche, une remarque, un éclat de voix et je devenais muette. Démunie. Et je finissais par déserter la pièce, à retrouver les seuls qui ne me blessaient jamais: mes livres.

Adolescente, à l’heure des guerres pour un rien, je laissais les autres se tirer les cheveux — façon de parler, bien entendu — et j’allais trouver refuge dans le silence de la bibliothèque. Plus tard encore, les jours où mes bonnes idées ne plaisaient pas à mon patron et récoltaient des semonces, j’encaissais sans rien dire pour ne pas envenimer les choses. Et je classais les livres, sans rien dire, le sourire disparu, tentant de me faire la plus transparente possible.

Bien plus tard, alors que j’ai partagé la vie de quelqu’un qui s’en prenait à tous, à la société en général et en particulier, qu’il hurlait même, je me taisais et tirais une couverture sur moi en prenant un livre au hasard. Pas les premières fois. Mais j’ai compris bien vite que tout ce que je pourrais dire ne servirait à rien.

Et la dernière fois où je me suis emportée, où je me suis vidé le cœur, il y a un an et demi de cela, ça ne m’a rien valu, je n’avais pas les mots, moi qui d’habitude sais les trouver quand je suis devant l’écran. Alors, quand il y a tempête quelque part, je la laisse se faire sans moi. Non pas parce que je n’ai rien à dire, mais parce que le silence m’a toujours servi. Et que le calme revient toujours se poser quelque part. Comme sur ce salon vide d’Amy Dixon.

Le ciel est blanc de blancs moutons

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Dans une comptine de mon enfance, il y avait cette phrase que j’ai toujours retenue: « Le ciel est blanc de blancs moutons ». Et c’est cette phrase qui me vient en tête alors que nous avons aujourd’hui la première tempête de neige de l’hiver. Pas une bien grosse, mais une qui laissera assez de blanc pour nous assurer que nous voilà bien entrés dans la saison nouvelle.

J’hésite entre regarder la neige tomber par la fenêtre et aller marcher pour tâter comment elle est, cette première de la saison. Il fait si bon chez soi…

Les flocons virevoltent comme les plumes à l’issue d’une bataille d’oreillers. Et je m’émerveille en gamine que je ne cesserai jamais d’être. Même que je me retiens pour me taper des mains !

Le pin est si chargé qu’il est presque aussi blanc que le ciel. Et la danse des flocons a tout de « Für Elise ». Il fallait que je vous raconte.

La passion des dictionnaires

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D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les dictionnaires . Au point que sur une île déserte, je crois bien que je choisirais l’un d’entre eux pour me tenir compagnie. Plus qu’un recueil de poèmes que je finirais par réciter par cœur. Plus qu’un roman dont les lectures successives finiraient par me lasser ou ne plus me faire assez d’effet pour que je puisse continuer d’être aussi réceptive.

Oui, loin du monde, isolée, je me verrais bien avec un dictionnaire comme compagnon, si on m’offre le choix d’un livre et non d’un individu. Il me semble que je n’arriverais pas à en faire le tour de sitôt. Qu’il me faudrait des années avant de maîtriser l’orthographe et le sens de tous les mots, l’étymologie de chacun de ceux-ci, et apprendre les proverbes, les dictons, l’Histoire.

Je me souviens en cette minute que pour mes 13 ans j’avais demandé comme cadeau de Noël le Robert 2 alors que mes amies préféraient de loin les disques des chanteurs à la mode ou des vêtements. Et combien d’heures ai-je passé à vouloir tout apprendre, de chaque département français en passant par l’histoire de la littérature. J’avais enfin trouvé une mine de savoir qui n’allait jamais me décevoir. Et encore aujourd’hui, je le consulte toujours toujours, m’y abreuve avec le même plaisir.

Pas étonnant, au fond, que j’aie fini par travailler dans un domaine où je passe mes journées à fouiner dans les dictionnaires et les grammaires. Je me sens si bien auprès d’eux. Je ne leur ai pas encore donné de noms comme l’écrivaine Anne Dandurand le faisait, elle pour qui l’un était un mari, l’autre un amant, un meilleur ami, un amant occasionnel… Mais il est pas interdit qu’un de ces jours je me plie à ce jeu.